L’Agence du numérique amalgame haut débit, French Tech et usages

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Inaugurée plusieurs mois après sa création officielle, l’Agence du numérique est prête à passer à l’action pour construire la société numérique de demain.

Plus d’un an après la publication du décret en février 2015 validant sa création, l’Agence du numérique vient officiellement d’être inaugurée, hier, mardi 7 juin, dans le cadre de l’Usine I/O, dans le 13e arrondissement parisien. « L’Agence du numérique a déjà quelques mois, reconnait Antoine Darodes, directeur du nouveau projet administratif depuis bientôt un an. Mais nous avons préféré être prêts pour présenter l’Agence ». Ce qui se traduit essentiellement par la constitution d’une « équipe prête pour relever les différents défis que l’on va lui assigner ».

Et les défis ne manquent pas. L’Agence du numérique a pour mission de répondre aux enjeux de transformation de la société française dans un environnement numérique désormais incontournable. Pour cela, elle réunit trois missions, jusqu’alors isolées et pourtant complémentaires, que sont le Plan France Très Haut Débit (qui vise à raccorder tous les foyers et entreprises avec des liaisons à plus de 30 Mbit/s d’ici 2022), l’initiative French Tech (programme de soutien au développement des start-up) et le programme Société numérique (ex-délégation aux usages de l’Internet, qui vise à structurer le réseau et à accompagner les citoyens dans la maîtrise des outils numériques). Trois pôles qui seront dirigés respectivement par Ghislain Heude, David Monteau et Béatrice David et animés par une quarantaine de personnes au profil plutôt jeune, puisque la moyenne d’âge n’est que de 31 ans.

« Pas un think tank mais un do tank »

Comment le directeur entend-il s’y prendre pour « porter les valeurs de la République numérique qui doit profiter à tous les citoyens où qu’ils se trouvent et quelle que soit leur catégorie socioprofessionnelle » ? Par l’action ! « Nous ne sommes pas un think tank mais un do tank, explique Antoine Darodes. Nous sommes plus une salle des machines qu’une timonerie [quitte] à perturber les ambiances feutrées. […] Je suis convaincu qu’il faut parfois sacrifier la forme pour atteindre rapidement nos objectifs. » Une rupture de forme qui passera par l’établissement de liens avec les différentes composantes des secteurs concernés, les collectivités, les entreprises et les citoyens. « Notre job est de créer des liens entre les gens qui ne se parlent pas assez pour générer des énergies. » Dans ce sens, la nouvelle institution du ministère de l’Economie, de l’Industrie et du Numérique, rattachée à la Direction générale des entreprises (DGE), entend s’appuyer sur les territoires pour mener à bien sa mission. « Nous avons la conviction que la richesse de la révolution numérique viendra de la province », assure le jeune dirigeant en faisant référence aux emblématiques Sigfox (Toulouse) et OVH (Roubaix) notamment.

Une vision que ne contredira pas Axelle Lemaire, venue soutenir l’Agence qu’elle a contribué à lancer avec Emmanuel Macron, grand absent de la soirée, officiellement « pour cause d’inondations ». La secrétaire d’Etat déléguée au numérique rappelle son attachement au « choix de la République numérique qui fait la spécificité de notre pays, c’est-à-dire la richesse et la diversité de ses acteurs qui ne sont pas monopolistiques ou oligopolistiques et sont ancrées dans des territoires qui […] veulent se servir de l’innovation pour affirmer une nouvelle identité dans le monde ouvert et international d’aujourd’hui. ».

Faire différemment

Selon elle, l’Agence du numérique doit « faire différemment ». « S’il y a un mot d’ordre, une seule instruction ministérielle, c’est celle-là, faire différemment, lance Axelle Lemaire. C’est l’agilité, la souplesse, la définition des solutions par les outils et par la data au service des usagers qui va dicter l’action de l’Agence ». Et, de faire l’analogie avec le lieu hôte de la soirée, réputé pour la réalisation de prototypes d’alliage industriels de métaux. « L’Agence du numérique est l’alliage de trois métaux précieux […] pour que ces trois mondes interagissent pour définir des politiques publiques dans l’intérêt de tous. »

Si la secrétaire d’Etat attend de l’agence « qu’elle soit fluide dans ses interactions constantes et permanentes avec ceux qui font le numérique en France », elle n’entend pas la laisser en roue totalement libre. Outre son ministère de tutelle, la nouvelle administration sera surveillée par un conseil d’orientation stratégique. Indépendant et composé d’entrepreneurs réputés (Pascal Cagni, ancien dirigeant d’Apple Europe, Bernard Liautaud, co-fondateur de Business Object), d’élus (Johanna Roland, maire de Nantes, Karine Dognin-Sauze, vice-présidente de Lyon en charge de l’innovation et du développement numérique) et d’observateurs experts (Francis Pisani, journaliste, conseiller en smart cities, et Geoff Mulgan, directeur du National Endowment for Science Technology and the Arts), ce conseil se réunira plusieurs fois par an pour donner son avis sur l’action de la nouvelle agence et proposer des orientations stratégiques.

Lutter contre la tentation technocratique

D’ici là, l’Agence du numérique annonce ses prochains rendez-vous dans le courant de l’été autour du 3e bilan du Plan France THD, de l’ouverture de la 2e saison du French Tech Ticket et du lancement de la Fondation des acteurs pour une société numérique et inclusive. « La France telle qu’on peut l’imaginer demain est une France qui agit au niveau local, mais qui pense le monde dès le départ, s’ouvre et a la tête à l’international […] et l’Agence définira la politique du numérique en luttant contre la tentation technocratique », conclut Axelle Lemaire.


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