Air-Lynx met la 4G au service des réseaux professionnels

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La solution 4G transportable de la start-up française Air-Lynx apporte les applications IP aux réseaux privés des entreprises.

Créée en 2013, la société Air-Lynx est née d’un constat simple : celui que les services mobiles professionnels étaient loin de fournir l’équivalent des applications tout IP dont bénéficiaient les utilisateurs grand public avec la 4G. Philippe Saenz, expert en radiocommunications professionnelles, dans la norme Tetra notamment, et Didier Raffenoux, qui bénéficie de plus de 30 ans d’expérience dans l’industrie des télécoms, fondent alors Air-Lynx avec la volonté de combler cette absence. « Il y avait un décalage, se rappelle Didier Raffenoux, la première mission qu’on s’est donnée a été de fournir des solutions 4G au monde professionnel pour réseaux privés. »

Air-Lynx FONDATEURS
Philippe Saenz et Didier Raffenoux, co-fondateurs de Air-Lynx.

Après deux ans de développements, essentiellement logiciels, le projet se concrétise par la mise au point d’une solution radio 4G tout-en-un portable et facile à déployer. Une offre qui, dans une grosse valise de moins de 30 kg (« dont une bonne partie due au revêtement antichoc », souligne Didier Raffenoux), regroupe un cœur de réseau (EPC) et une station de base (e-NodeB), y compris la tête radio (qui génère les signaux) directement connectée à l’antenne. « C’est un vrai réseau 4G avec 2 x 20 Watts MIMO, soit une puissance comparable à un réseau grand public », assure le codirigeant d’Air-Lynx. De quoi couvrir entre 10 et 20 km de rayon autour de l’antenne avec un débit de 100-150 Mbit/s en réception selon la largeur de bande. Le module est alimenté en 220 V. sur le réseau électrique traditionnel ou une autre source d’énergie (batterie, groupe électrogène…). Un réseau interconnectable avec ceux des opérateurs nationaux mais aussi avec les infrastructures standards professionnelles PMR comme Tetra, P25, etc. « L’entreprise conserve ainsi son réseau professionnel historique pour basculer progressivement vers le LTE », justifie Didier Raffenoux.

Une station radio 4G et un coeur de réseau qui tient dans une valide de 30 kg facilement transportable
Une station radio 4G et un coeur de réseau qui tient dans une valide de 30 kg facilement transportable

Un réseau 4G en deux minutes

A la simplicité de la mise en œuvre de la solution, « qui démarre en deux minutes », s’ajoute l’offre applicative. En plus de la téléphonie classique, Air-Lynx a développé le Push-to-talk (talkie-walkie IP), la vidéo dotée de fonctions de partages – « c’est la killer application, s’extasie le responsable, on peut y raccorder des smartphones, des caméra IP, des drones… » –, ainsi qu’un service de géolocalisation qui permet d’afficher sur les terminaux une carte avec la position des autres utilisateurs du réseau.

Le Push-to-Talk, une des applications Android IP 4G développé par Air-Lynx
Le Push-to-Talk, une des applications Android IP 4G développé par Air-Lynx

Si Air-Lynx est un constructeur de réseaux 4G, il ne fournit pas les terminaux. Mais « la solution fonctionne avec n’importe quel smartphone, assure Didier Raffenoux. Nous avons développé une application sous Android livrée avec le réseau intégré qui permet au client d’utiliser le service de communication immédiatement sur ses smartphones. » Un bon moyen d’alimenter l’offre des terminaux Android durcis qui s’étoffe sur le marché pour répondre aux usages de terrain.

L’IoT aussi

La start-up installée au sud de Paris et animée par 26 personnes aujourd’hui (dont une quinzaine d’ingénieurs et développeurs) s’adresse donc à des opérateurs, la plupart du temps des entreprises qui ont besoin de maîtriser leur réseau dans le cadre d’opérations critiques (et doivent obtenir les licences d’exploitation relatives du réseau hertzien). Comme, notamment, la SNCF qui a utilisé la 4G d’Air-Lynx pour la sécurité ferroviaire dans le cadre de l’Euro de football, et l’exploite aujourd’hui pour un système de drones dédiés à la surveillance de sites. Citons également la DCNS qui utilise la solution pour faire remonter les données des systèmes de mesure de bruits rayonnés (sous-marins).

La solution d'Air-Lynx exploitée par la DCNS pour la mesure de bruit rayonnés.
La solution d’Air-Lynx exploitée par la DCNS pour la mesure de bruit rayonnés.

Le marché de l’Internet des objets (IoT) constitue en effet un gros marché potentiel pour Air-Lynx. « Les solutions 4G viennent en complément des réseaux bas débit de Sigfox et Lora pour des besoins de débits plus élevés », indique notre interlocuteur. La société est d’ailleurs en discussion avec des intégrateurs pour fournir des solutions dans le cadre de déploiements avec des usages de robotique, de capteurs, d’audiovisuel, etc., sur un même réseau. Air-Lynx devrait d’ailleurs profiter du Mobile World Congress (MWC) de Barcelone fin février pour annoncer une solution NB-IoT, l’un des protocoles du 3GPP (l’association de standardisation des technologies mobiles) pour objets connectés sur réseau mobile.

La 4G au service des collectivités

L’offre 4G d’Air-Lynx peut également servir d’extension de réseau fixe. En Guyane française, les opérateurs Caribsat et Veldissimo Telecom s’appuient sur la solution de la start-up française pour couvrir en LTE une zone de 6 km2 et apporter l’Internet haut débit aux habitants des villages de Maripasoula et de Papaïchton. La solution a donc le profil pour adresser les zones blanches. L’agrégation de plusieurs stations-valises (alors proposées en format rack) permet en effet d’étendre la portée du réseau 4G et assurer sa résilience. Si « nous sommes les seuls à disposer d’une tête radio à large bande (690-960 MHz) pour les marchés professionnels, configurable de manière logicielle, nous savons travailler dans les autres bandes », indique Didier Raffenoux. A savoir les bandes 1, 3, 4, 5, 10 et 20. Une flexibilité à même d’intéresser les collectivités locales qui déploient leurs réseaux très haut débit (THD). « Des discussions sont en cours avec elles », confirme le responsable qui n’en dira pas plus pour le moment.

Les développements technologiques vont se poursuivre. Pour répondre aux besoins de l’IoT notamment mais aussi en vue de l’arrivée de la 5G. Son offre essentiellement logicielle ouvre facilement la voie à la virtualisation de sa technologie dans le cadre d’une transposition dans le Cloud. Là encore, Air-Lynx pourrait créer la surprise à Barcelone. En attendant, la start-up française va poursuivre son développement, notamment à l’international. Pour cela, il repart en recherche de financement et espère annoncer une deuxième levée de fond l’été prochain. La première s’était élevée à 1,5 million d’euros auprès d’Innovacom et le soutien de BPI France. « Le marché démarre et il faut se structurer pour vendre partout », estime Didier Raffenoux qui entend profiter de son avance technologique. A l’international, Air-Lynx est aujourd’hui présent en Norvège, Italie, Malaisie ou encore au Pérou grâce à un modèle de vente indirecte basé sur des accords intégrateurs qui servent une vingtaine de clients dans le monde. Pour 2017, la société espère doubler son chiffre d’affaires sur lequel elle ne souhaite pas communiquer pour le moment. Mais à l’heure où la mobilité prend une tournure de plus en plus incontournable pour les entreprises, le potentiel est porteur.


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