L’Arcep veut donner un coup de pousse à l’IPv6

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Orange aborde l'IPv6 par la Pologne
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Face à la pénurie d’adresses IPv4 et aux enjeux économiques, le régulateur dégaine un plan pour inciter les acteurs du Net à accélérer la transition vers l’IPv6 en France.

C’est avec quelques mois de décalage que l’Arcep (Autorité de régulation des communications électroniques et des postes) a rendu public son rapport, vendredi dernier, sur l’état du déploiement de l’IPv6 en France. Demandé en début d’année par Axelle Lemaire, secrétaire d’Etat chargée du Numérique, cet avis élaboré en collaboration avec l’Afnic (Association française pour le nommage internet en coopération), l’agence chargée de l’attribution des .fr et .re, vise notamment à proposer des solutions pour accélérer l’adoption du nouveau protocole Internet.

Rappelons que, codé sur 128 bits, l’IPv6 permettra d’adresser des milliards de milliards d’adresses Internet (de l’ordre de 3,4 x 1038*). De quoi largement palier les 4,3 milliards d’adresses des 32 bits de l’IPv4 aujourd’hui arrivées en bout de course. Les derniers blocs d’adresses IPv4 sont aujourd’hui épuisées. Leur raréfaction est telle que des escrocs tentent de se faire passer pour les propriétaires d’adresses dormantes afin de les revendre à prix d’or. Surtout, « la gestion actuelle de la pénurie d’adresses IPv4 conduit à brider certaines applications ou certains usages, limitant le caractère pleinement ouvert d’internet et la liberté des utilisateurs ». Un bridage qui pourrait bien limiter le développement du marché de l’Internet des objets (IoT) appelé à se connecter au réseau mondial par dizaines de milliards d’unités.

La France en retard sur l’IPv6

Si l’IPv6 est taillé pour supporter les nouveaux usages (et probablement ceux qui s’ensuivront), force est de constater sa faible adoption dans le monde, et notamment en France. Alors que le protocole fêtait ses 20 ans en décembre 2015. Selon les statistiques fournies par Google, à peine plus de 12% des adresses Internet sont en IPv6 en France. L’Hexagone accuse un certain retard face aux 25 % constatés en Allemagne, les 14% du Royaume-Uni, 18% du Portugal, les 26% de Grèce ou même les 46% de la Belgique. Une disparité mondiale qui tire aussi vers le bas comme en Espagne ou Italie avec moins de 1% d’adoption, toujours selon Google. Les Etats-Unis affichent pour leur part une transition à 28% de taux d’adoption.

C’est ce manque d’entrain des acteurs du Net français que l’Arcep entend aujourd’hui faire sauter même si l’on sent une certaine dynamique depuis le printemps dernier en France. « Derrière la question de la migration vers IPv6 se cache un enjeu de compétitivité, justifie le régulateur. Les pays qui sauront accélérer vers IPv6 pourront développer une expertise et un savoir-faire qui contribueront à leur rayonnement international. L’enjeu est donc aussi l’attractivité de la France sur la scène numérique mondiale. »

Six actions et un observatoire

Pour accélérer le passage de l’IPv4 à l’IPv6 par les fournisseurs d’accès principalement (les infrastructures DNS, intermédiaires et équipementiers sont plus avancés), l’Arcep déploie un plan en six actions : d’abord rendre tous les sites web et services de l’Etat accessibles en IPv6 « dans des délais ambitieux  » afin de « montrer l’exemple »; généraliser l’enseignement de l’IPv6 dans l’ensemble des formations; ouvrir des espaces d’échanges sur les bonnes pratiques et les expériences individuelles; rendre publiques les intentions de court et moyen termes des acteurs majeurs afin d’améliorer leur coordination; mieux informer les utilisateurs; et préparer la fin de l’IPv4 qui permettra aux acteurs de rationaliser la gestion de leurs réseaux.

Un plan ambitieux qui s’enrichira de la mise en place d’un observatoire national de la transition vers IPv6 en France. Géré par le gendarme des télécoms, cet observatoire s’appuiera sur des données internes et externes pour faire le point annuellement sur l’adoption de l’incontournable protocole IP et d’en identifier les éventuelles sources de blocage. Néanmoins, aucun calendrier ni objectif de taux d’adoption n’est proposé à ce jour. Une version beta de cet outil devrait être présentée au public d’ici la fin de l’année.

* 340 282 366 920 938 463 463 374 607 431 768 211 456 adresses en IPv6 précisément.


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