ARM est maintenant Japonais !

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God save the Silicon Fence, qui perd son fleuron technologique ARM, dont le savoir-faire, la propriété intellectuelle et les revenus sont maintenant entre les mains du Japonais SoftBank.

Mi-juillet, le Japonais SoftBank annonçait l’acquisition du concepteur de cœurs de processeurs ARM, pour un montant de 32 milliards de dollars. Voir à ce propos notre précédent article « ARM, revendu à SoftBank pour 32 milliards de dollars ».

SoftBank vient de finaliser cette opération, pour un montant de 24 milliards de livres, soit 32 milliards de dollars ou encore 28,7 milliards d’euros. Une somme colossale pour une société dont le chiffre d’affaires au cours du dernier trimestre se fixait à seulement 268 millions de livres, pour 122 millions de livres de bénéfices.

La cotation de la société sur le London Stock Exchange s’arrêtera dès aujourd’hui. Le siège d’ARM restera à Cambridge, avec des effectifs qui pourraient doubler au Royaume-Uni. Les promesses n’engageant toutefois que ceux qui les font, ce point sera à surveiller.

Attention aux faux espoirs

Reste à espérer que SoftBank ne surestime pas la capacité de croissance d’ARM, qui n’est pas Intel et ne le deviendra jamais. Les revenus de la société sont en effet tirés des licences accordées aux industriels concevant des composants ARM. Le succès de ce modèle est dû en grande partie à des prix abordables et au fait que la société ne cherche pas à concurrencer ses clients, en ne produisant aucune puce elle-même.

SoftBank devra donc être prudent avant toute tentative de booster les résultats d’ARM via une augmentation du prix des licences. Le Japonais ne devra pas non plus trop compter sur l’IoT pour décupler le chiffre d’affaires du Britannique. Certes, les objets connectés promettent de se multiplier à l’avenir, mais les puces ARM sont d’ores et déjà omniprésentes dans les objets du quotidien via une multitude de microcontrôleurs. L’IoT ne fera qu’apporter une connectivité à ces composants.

Un groupe surendetté

Masayoshi Son, propriétaire de SoftBank, a tout d’un Patrick Drahi à la japonaise, avec une boulimie d’acquisitions qui met son groupe dans une position délicate : croître ou s’effondrer. SoftBank a mis la main en 2013 sur l’opérateur Sprint pour 22,2 milliards de dollars. La société a enchaîné par la suite les acquisitions de moindre importance (mais comptant toujours en milliards de dollars), avant de casser à nouveau sa tirelire pour mettre la main sur ARM.

La dette du groupe se fixait à 115 milliards de dollars au 31 mars 2016. Somme à laquelle il faut donc ajouter maintenant 32 milliards de dollars complémentaires. Total : 147 milliards de dollars de dettes. Avec des revenus sur 2015 d’environ 85,7 milliards de dollars et un résultat opérationnel de seulement 8,8 milliards de dollars, cette somme ne sera pas remboursée de si tôt. Une situation devenue tellement inextricable que certains organismes de notation envisagent sérieusement d’abaisser la note attribuée à SoftBank.

Une bonne affaire pour le Japon

Dans le monde des semi-conducteurs, cinq grands clusters sont en lice : Intel (côte ouest des États-Unis), TSMC (Taïwan), Samsung (Corée), IBM (côte est des États-Unis) et STMicroelectronics (Europe). Les clusters sont essentiels dans le monde de l’électronique, car ils permettent d’allier dans un cercle vertueux de la recherche, de la propriété intellectuelle et un outil industriel. Une véritable manne économique pour les pays les hébergeant.

Le Japon fait donc ici une excellente affaire. Il redonne de la puissance à son cluster autrefois numéro un (avec des acteurs comme Nec, Toshiba ou encore Hitachi)… tout en déshabillant à la fois la Silicon Fence britannique et le cluster formé par STMicroelectronics (voir à ce propos « Rachat d’ARM : avis de tempête sur la Silicon Fen britannique » et « STMicroelectronics, ce géant méconnu des semiconducteurs »).

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