Avis d’experts – Scality : L’approche multi-cloud : l’avenir du stockage

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Traditionnelle, flash, hybride… Quel est l’avenir de l’architecture de stockage idéale pour l’entreprise ? CEO de Scality, Jérôme Lecat livre quelques pistes.

« Hybride » ce terme est aujourd’hui omniprésent dans le monde du stockage, comme en témoignent les expressions “stockage hybride” (associant mémoire flash et disques durs traditionnels rotatifs), et “Cloud hybride” (associant Cloud public et privé). Cependant, comme avec tous les mots et expressions que l’on peut qualifier de « tendance », il serait bon de se demander ce que l’avenir réserve vraiment aux architectures hybrides.

Le futur du stockage hybride

J’ai récemment lu un article qui affirmait que les architectures de stockage hybride, associant mémoire flash et disques durs traditionnels, étaient toujours un mauvais choix. La technologie hybride est un compromis entre un concept historique et un nouveau concept perturbateur. A long terme, c’est le nouveau concept qui représentera 100% du marché, laissant la solution hybride désavantagée. Je suis d’accord avec l’idée qu’une architecture hybride ne répond pas véritablement aux besoins de ce monde, et j’ajouterais même le Cloud hybride à la liste des infrastructures inadaptées. Cependant, je ne crois pas que les architectures de stockage vont passer au tout-flash prochainement.

Nous évoluons désormais dans un monde numérique dans lequel la majeure partie de la valeur d’une entreprise est créée sous une forme numérique. Par conséquent, les entreprises stockent toujours plus de données, sous la forme d’IoT (Internet des objets), de données générées par les utilisateurs, de vidéos, de documents, de sauvegardes, d’archivage en tout genre… Et stocker tous ces éléments sur des SSD entraînerait un coût prohibitif, même en utilisant des technologies de compression et de déduplication, tout particulièrement si l’on tient compte du fait que la majeure partie des données non structurées d’aujourd’hui ne peuvent pas être compressées davantage ni dédupliquées dans un premier temps.

À l’avenir, nous nous attendons à un monde avec deux types de stockage

Le premier type de stockage répond au besoin de latence extrêmement faible (inférieure à la milliseconde). Il est idéal pour les bases de données relationnelles, les postes de travail virtuels, les répertoires, les fermes de machines virtuelles et l’analyse des métadonnées. Pour ces usages, les données doivent être disponibles instantanément. Les solutions tout-flash et les systèmes hyperconvergés sont adaptés aux besoins de ces technologies.

Le deuxième type de stockage répond aux besoins de capacité pour le stockage de données volumineuses, nouveautés de l’ère du numérique, en commençant par les sauvegardes, les vidéos et les lacs de données. Pour les entreprises classées au Global 2000, les médias, les sociétés de divertissement, l’industrie de la santé et les fournisseurs de services, le stockage d’une telle quantité de données sur des systèmes tout-flash ou hyperconvergés n’est pas économiquement viable. L’architecture appropriée à cette situation est un système distribué, au sein duquel les données sont stockées sur des serveurs à bas coûts, aux normes de l’industrie, et à l’aide de disques durs de grande capacité associés à un logiciel capable de reconstruire la donnée, garantissant sécurité et répartition autonome de la charge. C’est cette solution qu’utilisent les géants du Cloud, et c’est ce que nous souhaitons proposer avec notre plateforme de stockage objet intégrant toutes les fonctionnalités standard en entreprise, à commencer par l’authentification et la sécurité.

Au-delà du Cloud hybride : l’avenir sera “multi-Cloud”

Redéfinir le Cloud hybride constitue un changement bien plus important que le stockage hybride. Je ne crois pas au Cloud hybride : je crois au “multi-Cloud”. Nous ne pensons pas que les entreprises classées au Global 2000 vont migrer 100% de leurs informations vers le Cloud public. Car, encore une fois, ce n’est tout simplement pas viable d’un point de vue économique. Lorsque les données sont actives, lorsqu’une instance de calcul est utilisée 100% du temps, le Cloud public se révèle bien plus cher qu’une infrastructure Cloud privée soigneusement conçue.

Ce que nous prévoyons pour les technologies de l’information des entreprises Global 2000 est une infrastructure composée de multiples Cloud. Les grandes entreprises ne parviendront pas à gérer la transformation numérique avec leur infrastructure IT traditionnelle, même si celle-ci est virtualisée. Autrement dit, cette option ne sera pas compétitive. À une époque où la majeure partie de notre valeur économique mondiale est créée au niveau numérique, si le coût de votre infrastructure numérique est supérieur à celui de vos concurrents, comment pourriez-vous gagner la partie ? Les entreprises Global 2000 devront transformer leur IT en « IT Cloud », en associant Cloud privé et Cloud public de la façon la plus rentable pour elles. Elles devront déplacer leurs données d’un Cloud à une autre de façon programmée en fonction des charges de travail. Par exemple, si vous produisez des vidéos, vous souhaitez sans doute conserver le dépôt principal en interne.

Si vous voulez diffuser une vidéo aux quatre coins du monde via l’Internet, vous en faites une copie sur un Cloud public, vous utilisez les capacités de calcul hébergé de ce Cloud pour transcoder la vidéo en de multiples formats, puis vous utilisez le réseau CDN (réseau de diffusion de contenu) du Cloud pour distribuer la vidéo de manière efficace. À la fin de la campagne de diffusion, vous pouvez tout simplement supprimer la vidéo du Cloud et ainsi éviter des frais de stockage supplémentaires. Et une fois la vidéo devenue obsolète, vous pouvez l’archiver en la déplaçant vers un Cloud d’archivage tel qu’Amazon Glacier. Il s’agit bel et bien de déplacements de données, qui est tout à fait différent d’une approche hiérarchisée (avec des niveaux de donnée) classique.

Pour rester compétitives tout en répondant aux exigences internes et externes, les entreprises doivent trouver des technologies novatrices leur permettant de garder le contrôle de leurs actifs critiques tout en administrant leurs données non structurées dans un monde multi-Cloud.

Le stockage d’entreprise vit des changements radicaux et nous le redéfinissons afin de prendre en charge les entreprises numériques d’aujourd’hui. À l’heure où les paradigmes du stockage évoluent à pas de géants, le stockage multi-Cloud et la gestion des données sont des clés de voûte cruciales du Software Defined Storage de demain.

crédit photo © Nicotombo – shutterstock
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CEO et fondateur
Scality
Depuis plus de 20 ans, Jérôme Lecat, CEO et fondateur de Scality, est un entrepreneur en série. De 2003 à 2010, Jérôme a mené Bizanga, le principal MTA d'email pour les fournisseurs de services, qu'il a fondé avec Olivier Lemarié, Marc Sheldon et Giorgio Regni. En 2001, Jérôme est egalement devenu président du Board of Data Center Technology (DCT), une start-up basée en Belgique qui a développé une technologie unique de stockage de contenu. Jérôme a également été actif en tant que business angel et membre du conseil d'administration de plusieurs sociétés technologiques de pointe, dont Vision Objects, leader mondial de la reconnaissance de l'écriture manuscrite, qui a été vendu à DoubleDay en 2009. Jérôme détient un diplôme d'ingénieur de l'Ecole Nationale des Ponts et Chaussées, et une maîtrise en sciences cognitives de l'Université Paris VII. Il a assisté au programme AMD à l'INSEAD et joue un rôle très actif de passerelle entre la Silicon Valley et la scène technique française.
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