D-Wave décuple la puissance de son ordinateur quantique

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La société D-Wave, qui affirme commercialiser le premier ordinateur quantique au monde, double les capacités de son système et donne la priorité aux développements applicatifs, notamment autour du Machine Learning.

Malgré le scepticisme qui entoure ses développements, la société canadienne D-Wave poursuit la montée en puissance de ce qu’elle présente comme le « premier ordinateur quantique commercialisé au monde ». Avant de mettre sur le marché d’ici deux à trois ans un nouveau design de processeur, la firme annonce qu’elle lancera, dès l’année prochaine, une nouvelle version de son système renfermant 2 000 qubits, l’équivalent quantique des bits de nos bons vieux ordinateurs. Soit le double de l’actuel système vendu par D-Wave, le 2X. Selon Jeremy Hilton, le vice-président de D-Wave en charge des systèmes, ce nouveau modèle sera de 500 à 1000 fois plus puissant que son prédécesseur, une machine notamment installée au sein d’un laboratoire de la Nasa, à Moffet Field en Californie, auquel est associé Google. Rappelons qu’il y a un an, la société canadienne avait vu son partenariat avec Google et la Nasa étendu pour 7 années supplémentaires. Des machines D-Wave ont également été achetées par Lockeed Martin et le laboratoire de recherche national de Los Alamos (Nouveau Mexique).

En décembre dernier, Google affirmait que la machine installée dans le laboratoire de la Nasa bénéficiait bien dun effet d’accélération quantique. Mais le test se limitait à mettre aux prises le système D-Wave et un banal PC (animé par un unique processeur). Certes la machine quantique se révélait alors 100 millions de fois plus rapide, mais uniquement sur un algorithme très particulier (le recuit simulé, par analogie à un processus utilisé en métallurgie), pour lequel la machine de D-Wave est précisément conçue. La publication de ce test n’avait pas suffi à gommer le scepticisme de la communauté scientifique, dont une large part ne considère pas les systèmes D-Wave comme de vraies machines quantiques. Dans un rapport datant d’avril dernier, le cabinet d’études IDC résumait la situation de la manière suivante : « certains scientifiques affirment avec force que le système D-Wave est bien un ordinateur quantique plein et entier, tandis que d’autres le nient avec force ».

« Rien n’a été démontré pour le moment »

Comme l’explique Romain Alléaume, maître de conférences à Télécom Paris Tech et membre du centre parisien de recherche sur l’informatique quantique (PCQC), l’approche de la société canadienne consiste à fabriquer des systèmes comprenant potentiellement beaucoup de qubits, mais sans garantir qu’il s’agit de « vrais » bits quantiques. « Il est possible que l’approche suivie par D-Wave permette, en pratique, de résoudre certains problèmes plus efficacement que les ordinateurs traditionnels, mais cela n’est pas établi, ni démontré pour le moment », ajoute-t-il.

La polémique que crée D-Wave dans la communauté scientifique tient à son approche particulière de l’informatique quantique (on parle de calcul adiabatique quantique). Une approche qui ne permet ni de garantir un réel effet d’accélération quantique, ni de s’attaquer à tous types de problèmes (les machines de D-Wave sont limités à des problématiques d’optimisation).

D-Wave : priorité aux applications

D’autres équipes de recherche suivent d’autres voies, en assemblant des systèmes renfermant une poignée de qubits seulement. C’est le cas d’IBM qui a récemment ouvert l’accès, via le Web, à un système quantique renfermant 5 qubits. Ou de Google, encore lui, associé à l’équipe de recherche de John Martinis, un professeur de physique de l’Université de Californie. Celui-ci vient de mettre au point un système à 9 qubits et envisage de monter à 50 qubits avant la fin de 2017. Un seuil à partir duquel l’informatique quantique devrait être en mesure de dépasser les plus puissants supercalculateurs actuels pour quelques problèmes bien choisis, estime le chercheur américain.

puce D-Wave
La puce D-Wave.

Mais, pour D-Wave, la priorité est ailleurs. Au cours de sa conférence utilisateurs qui se tiendra la semaine prochaine, la société entend insister sur le volet du développement applicatif, sa machine étant programmable en C++ ou via des modèles de Machine Learning comme TensorFlow ou Caffe. Jeremy Hilton explique que sa société entend faciliter l’accès des développeurs à son architecture et espère que ses systèmes auront bientôt des applications pratiques dans l’analyse d’images, la santé ou la finance. Voir D-Wave s’intéresser de près aux applications d’intelligence artificielle sur ses systèmes est tout sauf une surprise. Google voit en effet l’informatique quantique comme la clef permettant de créer de vraies machines intelligentes. Récemment, dans les colonnes de la MIT Technology Review, Harmut Neven, qui dirige le laboratoire d’intelligence artificielle quantique de Google, expliquait : « Le Machine Learning va se transformer en apprentissage quantique. On parle beaucoup de créer des machines plus créatives, mais les systèmes les plus créatifs que nous pourrons créer seront des intelligences artificielles quantiques ».

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