DataJob : la bulle autour des Data Scientists retombe-t-elle ?

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Si l’engouement autour des profils de Data Scientists persiste, l’hystérie de ces dernières années semble se calmer. Même si les salaires de la profession restent plantureux. Y compris pour les débutants.

Pour sa 3ème édition, qui se tenait ce 26 novembre à Paris, DataJob, le salon dédié au recrutement des spécialistes de la donnée, a conservé ce qui fait sa force : l’engouement des étudiants qui se pressent autour des stands pour déposer leur CV. « C’est le principal événement en la matière. Sur cette journée, nous allons rencontrer 70 % des profils que nous recruterons dans l’année », explique Guillaume Bourdon, le co-fondateur de Quinten, un prestataire spécialisé dans le Big Data présent sur le marché depuis 2008.

Si les cabinets de conseil et prestataires spécialisés (Deloitte, Quantmetry…) ont répondu présent, les deux grands noms autour desquels s’agglutinaient les candidats en 2014 – Axa et Société Générale – ont zappé cette édition. Par contre, Safran, Bouygues Télécom, Cdiscount ou encore le Crédit Mutuel Arkea sont, eux, bien là. La banque bretonne est ainsi en train de constituer sa cellule de Data Scientists, en parallèle de la constitution d’une équipe pluridisciplinaire (sur les principes du Devops) pour gérer la connaissance client. « Très tôt, nous avons monté notre cluster Hadoop et l’avons intégré à notre SI. Nous cherchons aujourd’hui des profils intervenant sur les projets transverses du groupe et permettant de mieux exploiter cette plate-forme qui compte aujourd’hui 150 nœuds », détaille Philippe Legoff, responsable systèmes au sein du Crédit Mutuel Arkea.

De 30 000 à… 60 000 euros

Reda Gomery
Reda Gomery

Si la demande pour ces nouvelles stars du Big Data que sont les Data Scientists, qui doivent combiner compétences en mathématiques et statistiques, capacité à coder ainsi que débrouillardise et curiosité, selon la définition de Laure Lucchesi, la directrice d’Etalab – ne se dément pas, elle devient plus structurée. La surchauffe sur les salaires d’embauche semble ainsi quelque peu retomber. Reda Gomery, associé chez Deloitte, parle ainsi d’un salaire pour les débutants inférieur à 45 000 euros. C’est toutefois bien plus que le salaire moyen des jeunes diplômés de 2014 (Mastère 2 ou plus) embauchés dans l’IT, soit en moyenne 31 200 euros selon une récente étude Apec pour le Syntec Numérique.

Chez Quinten, les salaires d’embauche varient plutôt entre 30 000 et 40 000 euros bruts par an pour les jeunes Data Scientists. « Comme toutes les start-up, nous nous positionnons plutôt dans le bas de la fourchette, dit Guillaume Bourdon. Mais, dans notre entreprise, tout le monde est concerné par un variable, pas seulement les commerciaux. » Selon Télécom ParisTech, qui a sondé les étudiants et diplômés de son master spécialisé Big Data, qui a aujourd’hui 3 ans d’existence, ses jeunes diplômés se voient attribuer un salaire brut moyen de près de 60 000 euros par an (primes comprises). L’école d’ingénieurs explique encore que 100 % des diplômés de son mastère ont trouvé un emploi, dont 89 % en moins de deux mois. 56 % de ces professionnels occupent des postes de Data Scientists.

Embaucher des seniors : mission (quasi) impossible

Toutefois, pour le co-fondateur de Quinten, société qui emploie aujourd’hui 32 personnes et prévoit d’embaucher une quinzaine de personnes dans les 6 mois qui viennent, les jeunes candidats sortis d’école ne sont pas immédiatement opérationnels. « En moyenne, il faut les former 9 mois pour qu’ils le deviennent. Tous les candidats ont de bonnes connaissances techniques et une appétence pour le développement. Mais il leur manque une composante essentielle : la stratégie métier. Autrement dit la compréhension du contexte et la définition de la bonne stratégie d’analyse pour parvenir au résultat attendu. » Selon lui, en la matière, les formations spécialisées comme les mastères Big Data ne se différencient pas des écoles d’ingénieurs traditionnelles. « Ces formations restent très théoriques, regrette le dirigeant. Même si les candidats qui en sont issus montrent par leur cursus un réel intérêt pour la Datascience ». Quant à embaucher des profils expérimentés, c’est presque mission impossible. « Il y a là un super marché… mais avec personne dedans ! », s’amuse Guillaume Bourdon.

Obama réélu en 2012 avec la donnée

Michael Slaby, l’invité d’honneur de cette édition de DataJob (en photo en haut de page), relève lui aussi l’importance déterminante de cette articulation entre maîtrise technique et compréhension des enjeux. Pour le responsable innovation de la campagne présidentielle de Barack Obama en 2012, au cours de laquelle l’analyse de la donnée est considérée comme une des clefs de la réélection de l’actuel président des Etats-Unis, si les applications Big Data sont déconnectées de la stratégie de l’organisation, « les gens ne vont pas changer leur culture. Ils vont observer les résultats des Data Scientists avec intérêt puis retourner à leurs tâches habituelles sans changer quoi que ce soit. »

Michael Slaby n’estime toutefois pas que l’exploitation des données ont permis de gagner l’élection : « c’est le président Obama qui l’a gagnée. Mais le bon usage des données a permis à notre organisation d’être plus efficace, notamment pour influencer les indécis. Contrairement à l’élection de 2008 (date de la première élection d’Obama, NDLR), celle de 2012 était beaucoup plus concurrentielle. Malgré cela, nous n’avons perdu que deux états. La marge de cette victoire est en partie due au rôle qu’a joué la donnée dans l’articulation entre notre mission – la réélection du président – et les actions sur le terrain. »

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