Dell Technologies, un géant de l’IT face aux enjeux de l’intégration

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Le rachat de la galaxie EMC par Dell va être finalisé demain avec le lancement de Dell Technologies. Un succès financier qui ne doit pas faire oublier les enjeux d’intégration.

Demain, Michael Dell va officiellement lancer Dell Technologies. La société issue du rachat de la fédération EMC va voir le jour après une année d’intenses tractations financières et politiques pour obtenir l’accord des autorités de régulations. Avec l’accord de la Chine, Dell a levé le dernier obstacle pour porter sur les fonts baptismaux, Dell Technologies. Pour autant, la naissance de ce géant de l’IT pose encore des questions. Petit tour d’horizon des incertitudes.

Un mastodonte endetté et délesté

L’histoire commence en octobre 2015 quand à la surprise générale, Dell annonce vouloir racheter EMC pour 67 milliards de dollars, avec le soutien du fonds d’investissement Silver Lake. Un record dans l’IT et un coup de poker magistral pour Michael Dell. Après le délai de prévenance pour savoir si une offre concurrente émergerait, la firme Texane s’attaquait à la question de comment financer un tel rachat. L’endettement est le maître mot pour 45 milliards de dollars. A la mi-mai, Dell a lancé un emprunt obligataire qui a été souscrit à hauteur de 20 milliards de dollars (alors que le groupe n’en espérait que 16). Le Texan a également émis des obligations, remboursables en 2021 et 2024, en levant 3,25 milliards de plus. En juin dernier, Dell a présenté des résultats trimestriels montrant sa capacité à rembourser sa méga-dette.

Un moyen pour Dell d’alléger la dette a été de se séparer d’activités non stratégiques et capables de générer du cash rapidement. Premier dans le viseur, l’activité service issue du rachat de Perot Systems en 2009 pour 3,9 milliards de dollars. Elle a été vendue au japonais NTT Data pour 3 milliards de dollars, moins que les 5 à 6 milliards escomptés. Autre cible, Dell Software comprenant Quest et SonicWall a été racheté par deux fonds d’investissement, Elliot Management et Francisco Partners. L’opération est estimée à plus de 2 milliards de dollars. A noter que ce deal ne concerne pas Boomi, spécialiste de la gestion des infrastructures Cloud. Autre méthode, l’introduction en bourse de la branche sécurité de Dell, Secureworks. Elle s’est déroulée le 21 avril dernier, mais n’a pas suscité l’engouement escompté en ne levant que 112 millions de dollars. Le sort de Documentum était aussi sur la sellette. Au total, Dell tablait sur 10 milliards de dollars de cessions d’actifs pour se désendetter.

Un géant en cure d’amaigrissement salarial

Dell Technologies se présente comme un géant de l’IT affichant 140 000 salariés dans le monde. Mais avant de finaliser le rapprochement, EMC et VMware ont taillé dans leurs effectifs. Le spécialiste la virtualisation a annoncé la suppression de 800 postes à la fin du 1er trimestre 2016. Une annonce plus dictée par les pressions financières pour dynamiser le cours de bourse de VMware que par des contingences économiques. De son côté, EMC a annoncé au début de l’année 2016 un plan de réduction des coûts de 850 millions de dollars qui passera par des suppressions de postes. Les chiffres de 3500 à 4000 départs ont été avancés.

Dell avait déjà amorcé cette cure d’amaigrissement salarial en 2014 avec une charrette de près de 10 000 personnes. Au total, Dell Technologies se présente donc avec 140 000 salariés, soit un dégraissage de près de 30 000 personnes par rapport à l’annonce de la fusion (100 000 pour Dell et 70 000 pour EMC). Ce niveau d’effectifs sera-t-il nécessaire dans l’avenir ? Ou peut-il servir de variable d’ajustement pour réaliser des économies ? Il faudra aussi attendre la fin effective de l’intégration pour savoir si d’autres suppressions de postes sont prévues.

Une intégration à concrétiser

Si l’acte I est validé, la fusion Dell et EMC va se confronter maintenant à l’intégration des différents produits, canaux de distribution, des équipes, etc. Cette intégration devrait prendre 6 mois à compter du 7 septembre pour uniformiser les catalogues, les roadmaps et mettre les partenaires en ordre de marche.

Le cas d’école va se trouver dans le stockage. EMC et Dell disposent chacun d’un portefeuille dans ce domaine et les doublons existent. Lors d’EMC World, Michael Dell a confirmé qu’il y avait des recoupements sur certains produits, mais pour lui, « EMC est un géant du stockage pas Dell ». Une manière de trancher en faveur de celui qui a le plus gros portefeuille clients. Selon le dirigeant, Unity et Compellent ne s’adressent pas aux mêmes clients et se retrouvent donc complémentaires. Certes, mais quid d’Equallogic dont le sort n’a pas été évoqué.

Autre question en suspens, l’arrivée des serveurs Dell dans les offres de stockage d’EMC et plus particulièrement dans les offres de convergence et d’hyperconvergence. VCE n’a cessé de clamer son attachement à un contrat avec Cisco. Mais on voit mal comment Dell pourrait rester absent d’un marché pesant plusieurs milliards de dollars et ne pas s’imposer dans les vBlock ou les VxRack.

VMware, un électron libre aux actionnaires actifs

Dès l’annonce de la fusion, la question de la pépite VMware s’est posée, avec un accueil glacial fait à Michael Dell lors du VMworld Europe de 2016. Au point que quelques jours après, le dirigeant a pris la plume pour rassurer «  le joyau de la couronne de la fédération EMC » en expliquant que « nous ne prévoyons pas de faire quelque développement propriétaire que ce soit autour des technologies VMware par rapport à Dell ou EMC, ou d’ériger quelque barrière que ce soit à la capacité de VMware à signer des partenariats avec d’autres entreprises ». La réponse est donc nette: pas question de voir Dell se réserver un niveau d’intégration plus avancé avec les technologies VMware, aux dépens de ses concurrents.

Un engagement qui s’est concrétisé lors du dernier VMworld à San Francisco où l’éditeur a annoncé des partenariats sur le Cloud comme AWS, Azure et IBM. Saluant ce dernier partenariat, le dirigeant de VMware Pat Gelsinger, un brin taquin, soulignait qu’ « IBM n’était pas un grand partenaire de Dell en étant concurrent sur plusieurs marchés ». Toujours selon le dirigeant de VMware, la création de Dell Technologies devrait apporter jusqu’à 1 milliard de dollars de revenus à l’éditeur. Faut-il s’attendre dans le futur à des réclamations plus pressantes de la part des actionnaires de VMware ?

Michael Dell va devoir composer avec les actionnaires de VMware qui ont vu le cours de leurs actions chuter de 30% depuis l’annonce du rachat. Ils se sont fait entendre lors de l’affaire Virtustream. Cette dernière avait vocation à devenir le navire amiral du Cloud (comprenant vCloud Air, Cloud Foundry et les services de Cloud managé de VCE). Or EMC prévoyait la création d’une société commune sous le même nom avec un partage du capital entre VMware et le spécialiste du stockage. Devant la grogne des actionnaires, cette participation avait été réduite. Il reste maintenant à savoir comment Dell va gérer ce mécontentement à l’avenir.

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