Docker : la start-up vedette qui aurait dû être française

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La start-up Open Source la plus en vogue du moment, Docker, a d’abord été créée en France. Avant de franchir l’Atlantique ; ses fondateurs n’ayant pas trouvé de financement dans l’Hexagone.

Google, Microsoft, IBM, Red Hat… En quelques mois, Docker, une start-up de la Silicon Valley, est devenue la société la plus courtisée de l’Open Source. Logique : sa technologie de conteneurs, embarquant une application et toutes ses dépendances, amène un degré de flexibilité supplémentaire aux infrastructures Cloud. «  Ma théorie personnelle, c’est que Docker était au bon endroit, au bon moment et répond à une tendance qui le dépasse largement », expliquait récemment Solomon Hykes, le co-fondateur de cette société qui vient de lever 40 millions de dollars et est déjà valorisée environ 400 millions.

Docker est le fruit de deux mutations profondes. La première d’entre elles est bien connue. A l’origine, la technologie de conteneurs a été conçue comme un sous-jacent de ce qui était alors le produit qu’entendait commercialiser cette start-up : un Paas nommé dotCloud. Dans le jargon de la Silicon Valley, on dit que la société a fait un pivot, autrement dit qu’elle a changé du tout au tout son modèle économique. Décision qui a entraîné la revente de l’activité dotCloud en août dernier. « La première version de la technologie Docker est née sous dotCloud. C’était la technologie utilisée pour faire tourner le PaaS, explique Julien Barbier, le directeur du marketing et de la communauté de la start-up. Solomon a ensuite décidé de réécrire cette technologie en Open Source (en langage Go) et de la partager avec la communauté. Cela répondait à un énorme besoin dans la communauté à la fois chez les développeurs et chez les administrateurs système. Le succès a tout de suite été au rendez-vous. »

Pas d’investisseurs en France

L’autre transformation de Docker est, elle, moins connue. Elle remonte à décembre 2010, date à laquelle dotCloud, la société au sein de laquelle est née la technologie de conteneurs, a mis fin à ses activités… en France ! Car, avant d’aller tenter leur chance dans la Silicon Valley, Solomon Hykes et l’autre co-fondateur, Sébastien Pahl (parti en décembre 2011 et aujourd’hui chez CloudFlare), ont créé leur entreprise commercialisant un Paas dans le pays où ils avaient fait leurs études, soit l’Hexagone. dotCloud est ainsi immatriculé au registre du commerce en juin 2008, sous la forme d’une SARL au capital de 1 000 euros dont le gérant est Solomon Hykes. Selon Julien Barbier, la décision de traverser l’Atlantique résulte de l’impossibilité de lever des fonds dans l’Hexagone. Dans la Silicon Valley, Solomon Hykes et Sébastien Pahl ont pu repartir grâce au soutien de Ycombinator (entreprise américaine de financement précoce de start-up) et de capitaux-risqueurs, qui ont injecté 800 000 dollars. A l’heure où la France s’enorgueillit de son environnement favorable à l’éclosion de jeunes pousses, ce loupé majeur fait pour le moins désordre…

Le prisme français de Docker va d’ailleurs au-delà de cette furtive domiciliation dans l’Hexagone. A l’image de ses fondateurs, sortis de l’Epitech (une école d’ingénieurs parisienne) en 2006 (pour Solomon Hykes) et 2009 (Sébastien Pahl), de nombreux autres professionnels formés dans l’Hexagone y travaillent. « Trouver des talents dans la Silicon Valley est très difficile, raconte Julien Barbier. Naturellement Solomon s’est tourné vers ses connaissances. Dont ses camarades Epitech. Je suis de la même promo que lui ! » Avec la croissance explosive que connaît la société ces derniers mois, « les Français sont en plus petite proportion désormais », tempère le directeur marketing. Le Pdg, Ben Golub, est ainsi américain. Signalons que Solomon Hykes est parrain de la promotion 2013 de l’Epitech. Une bien maigre consolation.

Les 4 et 5 décembre, Docker retrouvera une (petite) partie de ses racines européennes : la société organise à Amsterdam sa première conférence européenne, la DockerCon. La société pourrait bien profiter de ce moment pour dévoiler ses premiers packages payants autour de sa technologie Open Source de conteneurs.

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