Echec du projet SAP de Stallergenes : une facture finale qui fait tousser

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L’arrêt de la production du laboratoire Stallergenes, consécutive à la mise en production mal maîtrisée d’un système SAP, coûte cher au groupe. Qui publie une perte de 39 millions. Et voit ses parts de marché s’effondrer.

Effondrement du chiffre d’affaires, perte nette abyssale. La publication des résultats semestriels de Stallergenes Greer, fruit du rapprochement entre l’Américain Greer et le Français Stallergenes il y a un an, montrent que la société paye au prix fort le bug informatique qui a stoppé la production de son site d’Antony (en photo), en région parisienne. Le 2 décembre dernier, l’ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé) mettait cette unité de production à l’arrêt, pointant des erreurs de délivrance dans les produits destinés aux allergiques, la spécialité de ce labo, et imposait le rappel des produits livrés depuis le 13 août 2015. En cause, selon les différentes sources interrogées par Silicon.fr à l’époque : une mise en production trop rapide du nouveau système d’information de Stallergenes, basé sur SAP Hana et mis en œuvre par Deloitte. Un système qui n’a pas fait l’objet d’une « validation complète », expliquait alors l’ANSM.

Malgré une importante  mobilisation – une centaine de personnes sur le pont pour tenter de réparer au plus vite -, la production n’a réellement redémarré qu’à la mi-mars, après une reprise partielle en février concernant environ 15 % de ses capacités de fourniture.

Des ventes qui dévissent de 58 %

Les conséquences de ce ratage sont majeures pour l’entreprise. Le chiffre d’affaires des six premiers mois de 2016 recule de 58 % (à 78 millions d’euros, chiffre non audité). Et le groupe publie une perte nette de 39 millions d’euros. Un an plus tôt, le bénéfice atteignait 29 millions. Les conséquences du bug sur les six premiers mois de l’année viennent s’ajouter à celles déjà enregistrées en 2015. Dans son rapport annuel de l’année dernière, le groupe expliquait que « l’impact négatif » de l’arrêt de la production et du rappel de produits s’élevait à 24 millions d’euros sur l’exercice.

Et le groupe devrait encore payer les conséquences de cette mise en production ratée au second semestre 2016. Dans un communiqué, le labo indique espérer seulement « rationaliser totalement » ses processus de production pour la fin de l’année. Sur l’ensemble de 2016, la société table ainsi sur un chiffre d’affaires compris entre 180 et 200 millions d’euros (contre 273 millions en 2015).

ALK dit merci à Stallergenes

Dans le même temps, un des principaux concurrents de Stallergenes – le Danois ALK qui a racheté le labo Allerbio en France en 2005 – se porte comme un charme. Au premier trimestre 2016 – la société n’a pas encore publié ses chiffres pour le semestre -, ce groupe voyait ses ventes s’envoler de 31 %, notamment en raison « d’importantes commandes inhabituelles en France et sur plusieurs autres marchés touchés par la suspension de la production du concurrent majeur d’ALK ».

Rappelons que, une fois la décision de l’ANSM prise, SAP avait tenté de dégager sa responsabilité, indiquant que « ni la société Stallergenes, ni l’ANSM, ne mentionnent, dans leurs communiqués respectifs, que les difficultés rencontrées par le laboratoire sont directement liées à la solution SAP Hana. Par ailleurs, SAP n’a aucunement participé au projet d’implémentation et de déploiement de la solution ». Tout en rappelant que la solution SAP Hana, la base de données In-Memory au cœur de la stratégie du n°1 du logiciel européen, fonctionnait sans problème chez d’autres industriels du même secteur. A l’époque, l’intégrateur Deloitte avait, lui, refusé tout commentaire.

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