Pour l’Electronic Frontier Foundation, Windows 10 viole les libertés individuelles

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L’Electronic Frontier Foundation (EFF) pointe les tactiques douteuses, voire « franchement malveillantes » de Microsoft pour forcer le téléchargement de Windows 10. Un OS que certains utilisateurs ne voulaient pas.

Pour tenter d’atteindre le milliard de terminaux sous Windows 10 en 2018, Microsoft a révisé son modèle. L’éditeur de Redmond a opté pour la migration gratuite depuis les versions 7 à 8.1 vers la version 10 de son OS, une année durant, soit jusqu’au 29 juillet 2016. Et n’a pas hésité à forcer les utilisateurs à mettre à niveau leurs environnements.

Témoin de l’exaspération des clients de la firme dans le monde, l’Electronic Frontier Foundation (EFF) a décortiqué cette stratégie. Son jugement est tranché. L’organisation de défense des droits numériques qualifie de « gênantes à franchement malveillantes », « les tactiques employées par Microsoft pour amener les utilisateurs de versions précédentes du système d’exploitation à migrer vers Windows 10 ».

Choix faussé pour l’utilisateur

L’EFF donne l’exemple de la multiplication des versions de l’application GWX (« Get Windows 10 ») pour éviter, entre autres, sa désinstallation. Au printemps dernier, Windows 10 a également basculé parmi les mises à jour recommandées de l’OS. Conséquence : « les utilisateurs recevant des mises à jour de sécurité critiques ont alors également téléchargé un nouveau système d’exploitation dans son ensemble ». Soit pas moins de 3 Go de données nécessaires à l’installation de Windows 10 téléchargés à l’insu de la plupart des utilisateurs.

Par ailleurs, lorsque certains ont choisi de décliner une mise à niveau proposée par Redmond en cliquant sur la croix rouge dans le coin supérieur droit de la fenêtre d’invitation, Microsoft a interprété cette action comme un feu vert au téléchargement de Windows 10. A l’opposé de toutes les règles d’interface prévalant jusqu’alors.

« Microsoft a choisi d’employer des tactiques douteuses pour amener les utilisateurs à télécharger un logiciel que nombre d’entre eux ne voulaient pas », résume l’EFF. La migration forcée vers Windows 10 n’est pas le seul sujet qui fâche. La collecte par défaut de données personnelles en est un autre.

Collecte par défaut des données

Localisation, saisies de texte, vocale ou tactile… Plusieurs données transférées d’un terminal sous Windows 10 vers les serveurs de Microsoft sont destinées au bon fonctionnement de Cortana, l’assistant personnel conçu par l’éditeur. Et les données télémétriques anonymisées lui permettent d’en savoir davantage sur l’utilisation générale de la machine (les programmes lancés, leur durée d’utilisation…).

Certes, l’utilisateur peut modifier les paramètres de confidentialité de Windows 10 pour limiter la communication d’informations à l’éditeur et ses partenaires, comme l’a déjà souligné la Cnil, en France. Mais « cela ne garantit pas que votre ordinateur cesse de parler aux serveurs de Microsoft », souligne l’EFF. « Microsoft insiste sur le fait qu’il agrège et anonymise les données [de télémétrie], mais l’éditeur n’explique pas comment il le fait. Il ne dit pas davantage combien de temps ces données sont conservées […]. Pire encore, à moins d’être une entreprise, vous devez partager certaines de ces données avec Microsoft. Il n’y a aucun moyen de le refuser », ajoute l’organisation.

Sécurité ou confidentialité ?

« Microsoft prétend que donner aux utilisateurs ordinaires plus de confidentialité en leur permettant de limiter le transfert de données de télémétrie à son niveau le plus faible, menacerait la sécurité (de leur terminal), car ils ne pourraient plus obtenir de mises à jour de sécurité » via Windows Update, déplore l’organisation. Pour l’EFF, opposer la sécurité et la confidentialité n’est pas une approche satisfaisante.

Fort de ce constat, l’EFF recommande à la multinationale de proposer un choix réel et non faussé aux utilisateurs. Par exemple, en regroupant les réglages de confidentialité dans « un écran unifié » (plutôt que de les disperser). Et en séparant les mises à jour de sécurité des mises à niveau de l’OS. À défaut, l’organisation assure que Microsoft devra faire face à de nouvelles plaintes individuelles, aux enquêtes de la justice américaine, voire à des investigations initiées par d’autres gouvernements.

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Auteur : Ariane Beky
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