Fibre : le lobby des petits opérateurs dénonce le quasi-monopole d’Orange

FibreGestion des réseauxOperateursRégulationsRéseauxSurveillance

L’association des opérateurs alternatifs mobiles et fixes réclame l’ouverture de la boucle locale optique d’Orange pour répondre à la demande de leurs clients, des petites entreprises principalement. Autrement dit, l’extension du dégroupage à la fibre.

Créée en 2007, l’association Alternative Mobile, qui représente l’intérêt de plusieurs MVNO (opérateurs de réseau mobile virtuel) français, a changé de nom en mars 2017. Elle s’appelle aujourd’hui Alternative Télécom. Une nuance loin d’être anodine. « Les opérateurs fixes entrent dans la mobilité pour servir leurs clients PME/TPE avec la convergence fixe-mobile », explique Jacques Bonifay, président de l’organisation lobbyiste et dirigeant de Transatel. Mais « l’offre concurrentielle n’est pas au rendez-vous », ajoute-t-il immédiatement, lors d’un point presse organisé ce matin avec une poignée de journalistes.

Le dirigeant fait référence au marché de la fibre pour les professionnels. « Les entreprises, notamment les petites, ont de plus en plus de besoins de communication et de débits plus importants, souligne Bernard Lemoine, vice-président d’Alternative Télécom en charge du collège fixe et président de Nerim, mais à des coûts raisonnables ». Aujourd’hui les organisations disposent de deux solutions pour bénéficier du très haut débit fixe : soit faire tirer une fibre dédiée commercialisée plusieurs centaines d’euros par mois, « ce que ne peuvent pas se permettre nombre de petites structures », assure Bernard Lemoine. Soit s’appuyer sur le réseau mutualisé de la fibre résidentielle à travers une offre FTTH Pro.

Or, « aujourd’hui, Orange est le seul acteur à faire du FTTH Pro et il ne propose pas d’offre de gros aux opérateurs alternatifs, s’agace le responsable de Nerim. Conséquence, nous faisons face à la reconstruction d’un quasi monopole. » C’est cette situation bloquée par l’opérateur historique, qui n’a aucune obligation à ouvrir l’accès à son réseau optique pour l’heure, que le nouveau visage de l’organisation regroupant les opérateurs de services dénonce aujourd’hui.

Prolonger le dégroupage du cuivre sur la fibre

Les onze membres* d’Alternative Télécom réclament donc la possibilité « de récupérer les données des clients pour les mettre sur nos infrastructures afin de pouvoir proposer nos propres services », déclare Leonidas Kalogeropoulos, son délégué général. Autrement dit, les membres de l’organisation voudraient pouvoir raccorder leurs équipements à une porte de collecte et activer les accès sur le réseau d’Orange. « Nous demandons simplement la continuité du modèle cuivre de l’ADSL dégroupé sur la fibre ». Quant à l’offre très haut débit de gros de SFR, « elle n’est pas au même niveau de couverture [qu’Orange] », répond Jacques Bonifay.

Alternative Télécom a donc sollicité le principal concerné sur le sujet. Dans une lettre envoyée le 23 mars à Stéphane Richard, PDG d’Orange, l’association demande « la mise en place rapide d’une offre de gros activée et compétitive d’accès à la boucle locale optique mutualisée dans des conditions économiques raisonnables ». Et d’en profiter pour rappeler que la Cour des comptes a récemment souligné qu’il « est indispensable aux opérateurs alternatifs d’avoir accès à la fibre optique, en mode activée » afin de « faire émerger un marché de masse de la fibre optique au service des petites et moyennes entreprises ». Lettre restée sans réponse à ce jour.

Du côté de l’Arcep (Autorité de régulation des communications électroniques et des postes), une consultation est en cours. Le régulateur devrait rendre ses conclusions au début de l’été. Mais les membres d’Alternative craignent que le gendarme des télécoms ne tente de remodeler le paysage du très haut débit fixe pour les entreprises en passant par la multiplication des infrastructures. « Mais déployer des infrastructures prend du temps. Or, il y a un caractère d’urgence, nous ne pouvons nous permettre d’attendre un ou deux ans », déclare Bernard Lemoine, aujourd’hui impuissant devant « des pertes considérables » de clients faute de pouvoir leur proposer une offre FTTH Pro.

Agrandir le marché

L’alternative à Orange est pourtant en train d’arriver. Considéré comme le troisième opérateur wholesale en France, Kosc Telecom a annoncé le 31 mars l’ouverture de l’exploitation de son réseau national. Aujourd’hui, seules les offres de collecte DSL et EFM (Ethernet First Mile) sont disponibles. Une offre fibre point-à-point le sera prochainement. « Il nous manque encore le FTTH Pro qui est pour nous un objectif industriel », nous confiait récemment Antoine Fournier, son directeur général.

Quand bien même la concurrence arriverait, « ce n’est pas ce qui a fonctionné avec l’ADSL, souligne Leonidas Kalogeropoulos, et l’un n’est pas substitutif ou contradictoire de l’autre ». Autrement dit, oui à la concurrence, mais le dégroupage de la fibre d’Orange n’en reste pas moins indispensable. Et de faire remarquer, au passage, que l’infrastructure d’Orange est aujourd’hui sous utilisée. « Les opérateurs ne vont pas retirer des parts de marché à Orange mais vont au contraire agrandir le marché », justifie Bernard Lemoine, qui met en avant les solutions innovantes, souvent sur mesure et rapidement déployées, des alternatifs qui répondent à des besoins pour lesquels les offres standards des « gros » opérateurs restent inadaptées.

« Certes, l’ouverture [de l’infrastructure d’Orange] se fera un jour, mais quand ?, s’inquiète Bernard Lemoin. Il y a urgence face à un vrai risque d’éviction du marché. » A l’instar des offres fixes, un client capté par Orange le reste pour longtemps. Leonidas Kalogeropoulos craint que « le saut technologique de la fibre vienne effacer 15 ans de modèle économique vertueux acquis grâce au dégroupage ». Un secteur qui emploie 2 000 salariés, génère 1 milliard d’euros par an de chiffre d’affaires (en 2016) et a consommé pour 2 milliards d’euros de minutes de communication en 10 ans. Un message à replacer dans le contexte des élections présidentielles. « Les prochains responsables auront des décisions majeures à prendre », avance le délégué général d’Alternative Télécom. Sera-t-il entendu ?

Alternative Télécom comprend Adista, Alphalink, Coriolis Télécom, La Poste, Nerim, Paritel, SCT Télécom pour le collège fixe, et Afone, Euro-Information Télécom, Coriolis Télécom, La Poste, Prixtel, Transatel pour le collège mobile.


Lire également

Pour Free, encadrer la fibre d’Orange est indispensable
Régulation de la fibre : Orange rejette en bloc l’analyse de l’Arcep
Nicolas Aubé, Celeste : « La fibre n’est pas un service public »

crédit photo : Arcep

Lire la biographie de l´auteur  Masquer la biographie de l´auteur