Hadopi : la commission mixte paritaire se dirige vers la double-peine
08-04-2009
Réunissant de 14 députés et sénateurs, la Commission mixte paritaire(CMP) harmonise le projet de loi Création et Internet. Un abonné convaincu de téléchargement devra ainsi continuer de payer son abonnement Internet
Publicité
Si, en principe, la Commission mixte paritaire ne devait que rendre compatibles les deux versions du projet de loi voté par le Sénat et l’Assemblée nationale, elle est notamment revenue sur un amendement déjà voté.
Une disposition visait à protéger l'abonné à Internet de la "double peine" en l'exonérant de payer sa facture Internet en cas de suspension de cette dernière pour piratage répété. L'Assemblée avait bien décidé que l'abonné ne paierait pas la part correspondant à l'accès à Internet de son abonnement. Dommage, la CMP a estimé que ladite disposition serait supprimée car elle faisait "porter aux fournisseurs d'accès Internet le préjudice d'une sanction prononcée contre l'un de ses abonnés", à en croire les propos du sénateur UMP Michel Thiollière.
Selon la Commission des affaires culturelles, cette décision a été prise pour deux raisons : "l’une pédagogique, l’autre juridique. En effet, en cas de suspension du paiement de l’abonnement à Internet, les fournisseurs d’accès auraient été fondés à se retourner vers l’Etat pour lui demander de compenser financièrement le manque à gagner d’une décision administrative, sanctionnant le comportement de l’internaute concerné, dont ils n’auraient pas été responsables". Pour Michel Thiollière : "On aurait donc abouti au paradoxe suivant : l’Etat, et donc les contribuables, auraient payé pour les internautes contrevenants !".
Le constat est donc simple. Un abonné accusé par l'Hadopi (Haute autorité pour la diffusion des Œuvres et la Protection des Droits sur Internet) d’avoir téléchargé devra payer un service dont il ne bénéficiera pas… Simple ? Pas tant que cela puisqu'on se demande encore comment les fournisseurs d’accès à Internet (FAI) pourront couper l’accès Internet sans pour autant toucher à l'IPTV ou au téléphone dans le cadre d’un abonnement dit "triple play" (TV, Internet, téléphone).
Le problème se pose particulièrement pour le téléphone, censé être un Service Universel...
Toujours est-il que la disposition prise par la CMP instaure une double peine (coupure Internet et paiement du service suspendu), notion très encadrée puisque par principe inconstitutionnelle mais employée pour des cas rares (notamment à l'issue des peines d'emprisonnement de certains ressortissants étrangers non- européen). Le Conseil constitutionnel, tout comme les juridictions européennes pourraient donc avoir à mettre leur nez dans cette loi…
Mais pour Jacques Legendre, président de la Commission des affaires culturelles du Sénat, cette notion de double-peine est une erreur : "Certains ont parlé, de façon inappropriée, de soi-disant « double sanction » alors qu’il s’agit simplement de respecter les relations contractuelles entre l’internaute et son fournisseur d’accès. Lorsqu’un abonné – que ce soit à Internet ou à EDF d’ailleurs – ne respecte pas ses obligations, il est normal qu’il continue à payer son abonnement. Pour les sénateurs, c’est une question de bon sens !".
Par ailleurs, la Commission mixte paritaire a durci le ton puisqu'elle a évincé définitivement la possibilité de restreindre les débits de l'abonné (la ministre de la Culture avait proposé "un droit à la messagerie"). D'autre part, il ne devrait finalement pas y avoir d'amnistie pour les internautes condamnés avant l'entrée en vigueur de la loi.
Reste à l’Assemblée nationale à ratifier le texte qui lui sera présenté dés le 9 avril. Le dernier recours semble être celui des "sages" du Conseil constitutionnel contre une loi très critiquée et aux contours difficilement applicables.
Publicité
Articles associés :
- Hadopi coûtera au moins 70 millions d’euros aux FAI
- Hadopi : comptage de points après le premier round
- Pirate Bay prépare une arme anti-riposte graduée
- L’Europe vote une fois de plus contre la coupure Internet
- Hadopi : l'opposition critique une loi inapplicable
- Albanel : "Un anti-virus pour tous" ? Ou un mouchard pour tous ?....
- Débat Hadopi : dernière ligne droite et suspension Internet minimale
- La loi Hadopi est adoptée par les députés
Commentaires des lecteurs :
Ahhh bon ? De nouveaux privilèges ?
Pourquoi ne seraient protégés que les FAI et non l'ensemble des acteurs de l'économie numérique ? Je pense à tous les sites qui proposent des services web payants, qu'ils fassent de l'information, des jeux en ligne, de la VOD, boutiques en ligne, sites de rencontres ou je ne sais quoi d'autre ? On ne crée pas là une distortion de concurrence par rapport aux services proposés directement par les FAI ? L'Europe acceptera cette idée rétrograde ?De même, en ce qui concerne les "internautes déconnectés", est-ce qu'on oublie pas un peu vite que ce ne sont pas juste des abonnés, mais des familles entières, des télétravailleurs, et parfois même des PME qui auront à subir les conséquences de cette loi ? La condamnation collective est autorisée depuis quand dans la constitution française ? Que font les députés et sénateurs au niveau de l'examen de cette loi pour démontrer qu'ils prenent en considération la séparation des pouvoirs, en qu'ils respectent leur mission d'intérêt général au service du peuple ? Ils méritent leur très confortable rénumération ?
Quelle surprise ! C'est bô une démocratie
Un rapport de mission accepté par les ayants droits avec les associations de consommateurs parties, une loi votée par 16 députés, retoqué par le parlement européen à travers l'amendement Bono à plus de 80% (paquet Telecom), retoqué par la CNIL (mais shut) et une commission mixte paritaire majoritairement d'un parti. Ah j'oubliai, on n'a pas souhaité qu'un membre de l'HADOPI appartienne à la CNIL (puisqu'ils sont d'accords on vous dit!). Merci c'est un peu ça l'exception culturelle française?Major rules !
Roseline, c'est une "démocratie" bien malade qui remet en place les privilèges. 1789 pour rien... mais ce n'est pas nouveau ! Ce n'est que la suite de nombreux autres privilèges déjà accordés dans ce pays. Si on prend ces quelques majors par exemple, ils taxent déjà l'ensemble des supports vierges, et donc plus ou moins toute l'économie numérique. Du disque dur, jusqu'au smartphone, en passant par la clé USB, la carte mémoire de l'appareil photo, le CD ou DVD vierge, on paie pour des "copies privées". Ce n'est pas un impôt utilisé dans un budget voté par les parlementaires. C'est une taxe pour des privilégiés privés. Que ces supports vierges soient utilisés pour des sauvagardes de vos photos et vidéos familiales, ou pour copier des oeuvres culturelles libres (Jamendo, DogmaZic, etc), ou des logiciels libres, au final peu importe, ce sont uniquement des rares payés de la SACEM qui en bénéficient et qui profitent donc du privilège de taxer des gens à qui ils ne fournissent aucun service. Génial non ?Si déjà cela ne choque personne, alors pourquoi pas des FAI qui seraient mieux protégés que d'autres contre les conséquences désastreuses d'une loi ? Nous sommes dans une sorte de système féodal dans lequel nos élus ne sont qu'une façade pour les quelques personnes qui ont réellement le pouvoir, qui financent les campagnes électorales, ou qui se font inviter au Fouquet's certains soirs.
Des progrés universels
Et bien cette loi est trés bien pour augmenter le niveau en informatique de nos concitoyens qui apprendrons à configurer et utiliser un VPN, un cryptage et faire croire que le logiciel symbiote fait bien son travail....Rom
Ecologique !
Les gens qui auront leur PC bloqué par un logiciel HADOPI et donc qui seront à l'abris d'une déconnection, utiliseront leur smartphone en wifi pour échanger des fichiers sur les réseaux P2P. Un smartphone laissé allumé toute la nuit consomme beaucoup moins qu'un PC !Le wifi ?
Sachant qu'une clef WEP, pour les réseaux wifi, se crack en moins de 10 minutes, et que les fournisseur d'accès ne mettent pas tous le WPA par défaut, et que les clef WEP représente 73% des box, qu'en est il du pirate qui télécharge avec la connexion de quelqu'un d'autre ? Va t il y avoir des vérifications sur les machines pour voir si effectivement, l'abonné a téléchargé ?Qu'en est il des personnes qui passent par un proxy ? voire par plusieurs différents à la minute ? Les personnes qui téléchargent dans les entreprises ( il ne fat pas se leurré, c'est courant ) ? Vont ils coupé l'accès à l'entreprise ? A un hôpital ? A un hébergeur ?
Comme il a été dit précédemment, il va être difficile de couper l'accès à internet sans couper le téléphone et la télé... et même s'il y arrive, il sera possible de faire passer les informations par la télé...
La chose pour laquelle je suis le moins sûre : les fournisseurs d'accès à internet ne vont pas t il être obligé de modifier leur contrat, de le refaire signer par l'ensemble des abonnés ?
A mon avis, l'application de cette loi peut couter beaucoup d'argent, car trop de moyen à mettre en ?uvre, dans cette période de crise ...
l'abonnement N EST PAS UNE OBLIGATION !!!
quel bande d'idiots !!!On veut maintenant nous obliger à garder un abonnement inutilisable !
Et bien qu'on me coupe l'internet et qu'on m'empeche de resilier et je bloque renvoit le matos et je coupe mes prelevements.
Le droit du commerce est clair là dessus.