Chaque matin l'actualité IT synthétisée par email
Déjà abonné ? Accédez à votre compte

Publicité

Humeur - Détours

Tribune : Google parle au monde du livre

19-01-2007

Par Arnaud Dimberton


Le champion de la recherche défend son projet de numérisation des livres. Pour l'américain, Google Book Search est la solution, pas le problème. Mais d'aucuns estiment qu'en réalité le projet de Google est une menace pour la culture

Publicité

Le groupe de Mountain View semble persuadé que le monde de l'édition doit évoluer. À croire qu'il n'aime pas l'objet livre et que pour les "Googliens " l'ouvrage papier est mort avec la naissance de la Toile. Un raccourci qui risque de faire sortir de ses gonds plus d'un éditeur français.

Notons tout de même que si l'on considère que le premier livre est la bible de Gutenberg, le bébé Google est en train d'essayer de donner une leçon de culture à un système qui a fait ses preuves depuis des siècles.

Au-delà de ces considérations, les amateurs de livres pourront également argumenter du fait que le livre papier est irremplaçable, car pratique, léger et très rapide à consulter et que prétendre qu'il va disparaître est une ânerie.

Preuve en est la plupart des informaticiens travaillent encore avec des livres, ne serait-ce que pour compléter leur connaissance, apprendre de nouveaux langages informatiques, maîtriser des applications...

L'autre frein au développement du projet Book Search de Google est la menace d'une américanisation de la culture. Car si l'américain a l'intention de proposer des livres en ligne, la sélection des ouvrages numérisés est de sa responsabilité et de nombreux ayants droits refusent de se voir numériser par la firme.

On se souvient de l'affaire des éditions "La martinière". Le risque d'une numérisation "barbare" sans respect du droit est une menace sérieuse. L'édition est un métier à part entière et dans certains cas il s'agit même d'un art, d'un patrimoine.

Imaginons ce qui se passerait si pour charger un livre de Voltaire, de Rimbaud ou de Verlaine nous devions nous rendre sur le site de Google plutôt que sur celui de la BNF pour au final disposer d'un résidu de " franglais" traduit en ligne par une communauté d'internautes. C'est à se demander si Google n'est pas en train de se construire discrètement un joli monopole.

Qui plus est, ce secteur n'est pas figé, certains éditeurs proposent ainsi des solutions innovantes et technologiques, par exemple en ajoutant au livre un CD d'e-learning.

Notons qu'il existe aussi d'autres technologies que la numérisation massive des livres ou la mise en ligne gratuite des plus belles pages de notre littérature, pour voler à la rescousse de l'édition. L'arrivée du papier électronique d'ici 2008 risque ainsi de changer notre façon de lire.

Réunir deux mondes va être difficile

Si le projet de Google fait trembler, l'américain semble avoir compris qu'il agaçait. Du coup, son discours a changé.

Pour Jim Gerber, directeur des partenariats contenus de Google a déclaré lors d'une conférence sur ce sujet : "Notre rôle est de stimuler la réflexion. À la fois du côté des acteurs du Web et de ceux de l'édition traditionnelle."

Pour Tim O'Reilly, fondateur et CEO des éditions du même nom :" nous sommes dans une période de changement et nous devons l'embrasser, y participer, nous devons entrer dans ce monde numérique que Google essaye de construire. "

Selon le blogueur américain Seth Godin, "en plaçant votre ouvrage en ligne tout le monde se passe le mot et vous gagnez quelque chose de très précieux, l'attention des gens".

Enfin, il faut reconnaître que Google a éveillé les esprits en posant le problème crucial de la numérisation du savoir. Il faut bien reconnaître que les éditeurs n'avaient pas , jusqu'à aujourd'hui, aborder sérieusement ce problème. Cette numérisation semble indispensable pour permettre aux générations futures d'accéder au patrimoine littéraire mondial. Et il ne s'agit pas pour Google de supplanter le papier par des 0 et des 1.

Interrogé en octobre 2005 sur la question, le président de la BNF, Jean-Noel Jeanneney avait répondu, "la question est de savoir ce que l'on souhaite laisser en patrimoine culturel aux futures générations". M.Jeanneney ne souhaite pas incarner "le petit gaulois irréductible" et encore moins "le trublion anti-américain".

Mais face au projet "titanesque" de Google il s'interroge sur l'aspect qualitatif de cette bibliothèque. "Il y a sûrement un danger de monopole. Google est déjà le moteur de recherche le plus utilisé dans le monde. L'acquisition des méta données en accord avec les bibliothèques pose le problème de la pérennité."

Votos acumulados

3
Voter pour

Tags: 

Livre  / Histoire  / Monopole

Publicité

Commentaires des lecteurs :


les paroles s'envolent ...

Plusieurs réalités me paraissent ici ignorées; tout d'abord l'écriture, reste le langage, il ne peut être ici question que de la diffusion ou du stockage du message écrit et des modalités techniques et commerciales qui le permettent.

La diffusion de l'écrit sous des formes électroniques pourrait devenir dans bien des cas une triste nécessité étant donné l'impact de l'industrie du papier sur nos forêts. Cela mérite réflexion ! Concernant des ouvrages de référence tels qu'un dictionnaire une encyclopédie, une documentation technique, on pourrait dans bien des cas faire l'économie du papier, dés l'instant en tout cas ou l'on dispose d'un équipement informatique, car telle est la contrepartie !

Un clochard peut lire un livre qu'il à trouvé, pas un CDROM.

Cependant, Dès lors qu'on parle de conservation d'un document, il faut être honnête, les supports matériels, papier parchemin et autres ont largement fait leur preuves. ils ne nécessitent aucun accessoire pour être lus, et leur perennité n'est plus à démontrer. Rien n'est plus volatil que le numérique, aucun support n'a pour l'instant démontré sa longévité. on peut perdre une photo derrière un meuble, un courrier sous une machine ils ne disparaissent pas pour autant... si vos photos de voyage disparaissent de votre PC c'est pour toujours.

Voilà pour l'argument massue, l'archivage de données fragiles. on parle de manuscrits vieux de plusieurs siècles, qui sont toujours accessibles. Qui dans vingt ans pourra relire un tableau multiplan, un texte écrit sous wordstar ? Les livres de comptes d'un notaire (sur disques 8" et sous CP/M) . Si l'on veut être pragmatique le procédé le plus sûr consisterait à les sauvegarder sur papier. Le parchemin est sans doute un support archaïque mais sa perennité est certaine. Or nul ne peut dire ce que l'histoire réservera à nos archives.

Mais l'enjeu n'est pas la ! Qu'est ce qu'un businessman américain a à voir avec la culture et sa conservation pour les siècles à venir, croyez vous que cela intéresse ses actionnaires ? Au vu de ce qui se passe autour de nous je dirais que c'est toujours la même méthode, établir un monopole en s'arrogeant le contrôle de la distribution, en s'auto proclamant grand protecteur et conservateur d'un patrimoine dont il vise à tirer bénéfice en devenant l'unique moyen d'accès.

Lorsque les autres canaux d'accès au livre seront devenus si rares et si peu fréquentés qu'ils auront disparus alors Google aura gagné et sera devenu de facto le propriétaire de notre patrimoine littéraire, tout accés à ce patrimoine lui apportera une rémunèration.

On a vu de quoi ce genre de société est capable en termes de lobbying, si on les laisse faire, aurons nous longtemps encore le droit de prêter un livre à un ami.

Le supermarché tue le petit commerce, il le fait avec notre argent, une fois qu'il à gagné c'est encore à nous de payer (les emballages). La diversité promise cède rapidement la place aux produits de masse standardisés mis en avant par une démarche marketing agressive. Les prix sont dictés par les impératifs économiques du sytéme devenu monopolistique.

On l'a vu pour le commerce de détail, on le voit pour la musique et les fims, les brevets, les semences, les médicaments. Le Monopoly planétaire est en cours au suivant ...

Encore un mot, il m'est impossible d'accepter la disparition des bibliothéques , ces lieux de paix ou chacun peut à sa manière rencontrer à la fois la connaissance et notre passé. Aucun systéme virtuel ne peut remplacer cet espace ou l'attention n'est pas détournée, Il est indispensable pour bien des raisons. Les bibliothèques virtuelles ne sont pas des bibliothèques et ceux qui prétendent le contraire ne savent pas de quoi ils parlent.

Même s'ils sont hélas de plus en plus nombreux.
Posté par : jack, January 22, 2007
Insérer un commentaire

Citrix et Microsoft veulent accélérer la virtualisation du poste de travail à coup de HDX et de RemoteFX

Dans le prolongement de leur accord, Citrix et Microsoft s'entendent pour délivrer les puissances de calcul 3D avec ... Plus...

Publicité

Outils