Google veut redonner vie au monde rural grâce au numérique

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Un rapport de Google et Terra Nova préconise sept proposition pour redonner vie aux territoires isolés grâces aux technologies numériques.

Comment mettre le numérique au service des territoires isolés en France ? Notamment dans le but de leur donner une nouvelle jeunesse. C’est la question que se sont conjointement posés Google et le think tank Terra Nova qui se veut « progressiste indépendant ayant pour but de produire et diffuser des solutions politiques innovantes, en France et en Europe » et considéré comme proche du Parti socialiste. Car, si l’urbanisation de la France tend à laisser sur le bord de la route le monde rural, l’économie numérique pourrait leur redonner une certaine attractivité aux 3 576 communes concernées. Soit près de 10% des villes de la métropole qui regroupent 1,2 million de personnes (2% de la population française) et dont 70% ne disposent d’aucun commerce alimentaire.

C’est du moins ce qu’avancent les deux structures qui ont mis en commun leurs compétences pour mener cette réflexion. En préambule de leurs propositions, ils fournissent quelques cas d’entreprises qui, grâce au numérique, se sont installées ou bien ont pu maintenir une activité dans une zone isolée. C’est par exemple le cas de l’emblématique site Jeuxvideo.com, numéro 3 mondial de son secteur et édité depuis Aurillac dans le Cantal. Ou du site de services de référencement web Brioude-Internet installé depuis 1996 à Cohade en Haute-Loire (830 âmes). Voire encore la renaissance de TomPress, quincaillerie créée en 1921 à Sorèze en Midi Pyrénées, qui a fait faillite en 1995 pour renaître sous forme d’un site de e-commerce avec plus de 2 000 références et un showroom de 200 m2. Toujours à Sorèze.

Un taux d’équipement numérique élevé

« De nombreux élus cherchent aujourd’hui à créer un terreau propice au développement d’activités numériques sur leur territoire. Et il n’est désormais plus rare de voir des entrepreneurs faire le choix d’une installation sur des territoires non urbains », souligne le rapport de Google et Terra Nova. Car, bien qu’isolés, les territoires ruraux n’en disposent pas moins de technologies numériques de communications. Le taux d’équipements en téléphones mobiles y atteint 89%, dont 60% de smartphones. Un taux relativement élevé même si inférieure à la référence parisienne (respectivement de 97% et 77%). Même le taux de présence d’ordinateurs dans les foyers est en hausse à 83% (pas très éloigné des 86% de Paris). Et 84% des ménages des communes rurales disposent d’une connexion Internet (89% en région parisienne et proche de la moyenne nationale de 85%).

Ce sont ces moyens de communication qui, grâce aux technologies numériques, peuvent venir en soutien aux territoires isolés. « L’usage et la diffusion des technologies numériques ne sont en effet dépendants d’aucune matière première naturelle et reposent sur un réseau totalement décentralisé de partage de l’information, raison pour laquelle elles s’introduisent progressivement dans tous les espaces. » Encore faut-il savoir comment animer ces espaces. Le rapport formule sept propositions en ce sens. Elles prennent leurs sources dans l’économie collaborative afin de mieux valoriser le capital sous-utilisé en matière de logement, de véhicule ou matériel agricole (en citant abondamment en exemple l’emblématique Airbnb); l’enseignement des compétences numériques dans les formations professionnelles et continues (agricoles, artisanats…); l’accompagnement des entreprises dans leur transition numérique à travers la création d’un Office Régional Numérique dans chacune des régions; l’organisation d’un concours pour développer une plate-forme numérique permettant le développement rapide et économique de sites dédiés aux mairies; le développement de la télémédecine pour le maintien des personnes âgées sur leur lieu de vie; l’incitation au télétravail pour stimuler le « retour au pays » des actifs; et, enfin, en s’assurant que « les dispositifs d’accompagnement pour les personnes rencontrant des difficultés dans leur usage du numérique soient effectifs, accessibles et de qualité ».

Les freins de la connectivité

Un ensemble de propositions qui relèvent du bon sens mais risquent de se heurter à la fameuse fracture numérique qui affecte les territoires ruraux. Le rapport note ainsi que 27% des bâtiments n’ont pas d’accès à plus de 2 Mbit/s. Ce qui, au-delà de pouvoir bénéficier de la télévision par ADSL (à raison de 4 Mbit/s minimum), peut s’avérer pénalisant pour travailler à distance. Et qui plus est pour offrir des services de télémédecine ou proposer du Wifi de qualité aux touristes. Il s’avère ainsi que nombre d’entreprises autorisant le télétravail réclament à leurs salariés des attestations de débit minimum de 2,5 Mbit/s. « Les trois-quarts des bâtiments des territoires isolés ne permettraient donc pas une telle pratique », selon le rapport. Et si un effet de rattrapage s’est amorcée ces dernières années, « ils restent toutefois dans une situation de relatif décrochage par rapport aux territoires métropolitains en matière de qualité d’accès ».

L’attractivité des territoires pourrait bien devoir patienter quelques années encore. Jusqu’en 2022 notamment. A cette date, si le plan France Très haut débit est achevé, la totalité des locaux du territoire bénéficieront d’une connexion à plus de 30 Mbit/s. En fibre ou autre technologies alternatives. D’ici là, les opérateurs devront avoir couvert plus de 3 800 communes dépourvues de 3G avant le 30 juin 2017.


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