Guillaume Houssay : « Qowisio est plus qu’un opérateur IoT »

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Acteur de l’Internet des objets (IoT), au même titre que Sigfox dont il partage la technologie UNB, Qowisio entend s’en distinguer en déplaçant la valeur vers l’objet plutôt que sur le réseau.

Si Guillaume Houssay reconnaît que « Sigfox est un point d’ancrage dans l’Internet des objets (IoT) ,car il est très audible du fait de sa levée de fonds [de 100 millions d’euros en février 2015 pour la plus récente, NDLR] », le co-fondateur et directeur général de Qowisio n’en entend pas moins « montrer qu’on en est très différent et qu’il n’y a pas qu’un seul acteur [de l’Internet des objets] ». Peut-être moins visible que son concurrent, même si les deux entreprises s’appuient essentiellement sur la même technologie radio UNB (Ultra Narrow Band) pour connecter les objets, Qowisio réfute le seul qualificatif d’opérateur de l’IoT. « On se démarque du modèle opérateur qui ne nous paraît pas du tout adapté au monde des objets », avance le dirigeant.

Le modèle de Qowisio se construit autour de l’objet plus que du réseau. « Si la connectivité a un intérêt, toute la valeur est sur l’usage et les objets », estime notre interlocuteur. L’entreprise angevine fondée en 2009, comme Sigfox, propose des solutions clés en main en mettant en avant un coût d’exploitation très bas sur la durée. « Quand vous avez un bien, comme une palette, qui coûte quelques dizaines d’euros ou moins, vous ne pouvez pas investir plusieurs euros supplémentaires pour juste assurer de la remontée d’information. Économiquement, c’est aberrant. A quoi bon payer tous les mois une connectivité pour un objet qui ne sera utilisé que quelques semaines ou quelques jours ? »

Connectivité : pas le cœur d’activité de Qowisio

Guillaume Houssay, cofondateur et co-directeur de Qowisio
Guillaume Houssay, cofondateur et codirecteur de Qowisio.

Pour mettre en place son modèle, Qowisio appuie son offre sur un portfolio d’une quarantaine d’objets qui s’enrichit au fil de l’identification des besoins clients. Des objets principalement dédiés à la gestion de l’énergie, à celle de l’environnement, de la sécurité, des alarmes et des biens. Des solutions sur étagères où la connectivité est incluse à l’objet dans le modèle économique. « On vend des capteurs, mais on a pris le pari de développer nos réseaux parce qu’il nous faut de l’autonomie », détaille Guillaume Houssay. Un réseau d’un millier d’antennes en France couvre l’ensemble du territoire avec une densification assurée selon les cas d’usages des clients. Le responsable insiste : « La connectivité est une commodité, un moyen de transporter l’information, mais ce n’est pas le cœur de notre activité. Nous n’avons aucune raison d’être en frontal avec les opérateurs. »

La stratégie de Qowisio, éloignée du modèle des opérateurs reposant sur un service de connectivité, ne risque-t-elle pas d’être néanmoins balayée par la normalisation en cours des réseaux IoT ? Rappelons que le 3GPP (l’association de standardisation des technologies mobiles) a récemment validée trois technologies pour connecter les objets depuis les réseaux mobiles, dont le NB-IoT bas débit apparaît aujourd’hui comme le fer de lance. Des normes qui pourraient être affinées pour l’arrivée de la 5G. Ces innovations n’effraient pas Guillaume Houssay. Ce dernier voit NB-IoT « comme une technologie bas débit alors que nous travaillons dans le très bas débit avec un coût d’utilisation très bas également. La normalisation implique le déploiement de nouveaux équipements qui restent à construire sur des puces communicantes dont on ignore aujourd’hui le coût de production. Chez nous, le ‘low TCO’ est notre cheval de bataille. On va se retrouver face à des gens qui ne seront pas sur le même segment que nous. Donc, ce n’est pas forcément une menace. »

La conquête américaine… avec pragmatisme

Au contraire, selon lui, tout comme le Bluetooth est complémentaire du Wifi ou du Zigbee, les normes IoT mobiles seront complémentaires de l’UNB ou du LoraWAN adopté par Bouygues Telecom (via sa filiale Objenious) et Orange (SFR préférant faire l’économie d’un déploiement en s’appuyant sur le réseau de Sigfox). Dans tous les cas, « nos bornes sont ouvertes. Si demain il faut adopter le NB-IoT, on saura le faire », indique le dirigeant. Qui rappelle que Qowisio est également membre de la Lora Alliance. Une manière de se garder un maximum de portes ouvertes pour assurer la connectivité de ses objets.

Cette stratégie s’illustre par exemple à travers la conquête du territoire américain. Pour pouvoir s’y développer, Qowisio a décidé de s’appuyer sur des partenaires qui déploient ses antennes dans les zones d’activité du client. « Que ce soit des réseaux publics ou privés, ce qui compte pour les Américains, c’est le retour sur investissement à travers des solutions qui fonctionnent, décrit Guillaume Houssay bien placé pour en parler puisqu’il pilote justement le développement de la start-up française outre-Atlantique. On ne déploie pas nécessairement dans les principales villes du pays, mais on prend en compte la demande client pour s’orienter vers tel ou tel endroit des Etats-Unis. » Il ne nous en dira pas plus sur les déploiements en cours. Une stratégie là aussi différente de celle de Sigfox qui préfère déployer en propre aux Etats-Unis et se concentrer sur les grandes villes américaines.


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crédit photo : Thierrry Bonnet – Ville Angers

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