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Humeur : la France doit tirer avantage de ses spécificités pour créer sa solution Linux

Pourquoi est-il peut-être temps de faire une croix sur la Mandriva et comment la France pourrait avoir son propre système d’exploitation Linux ?

La création de logiciels représente une activité importante en Europe, et en particulier en France. Il est vrai que dans notre pays les écoles d’informatique sont très nombreuses, et – pour des raisons historiques – s’appuient en majorité sur des cursus de programmation. Dans ce secteur, les Français bénéficient d’une excellente réputation. Une des boutades classiques outre-Atlantique consiste à dire que toute société américaine créant des logiciels a besoin d’au moins un développeur français parmi son personnel… chargé de résoudre les problèmes les plus épineux.

Seulement, voilà, si la France brille dans le monde du logiciel, elle ne propose aucun système d’exploitation digne de ce nom. Windows, Mac OS X et la plupart des distributions Linux connues sont ainsi entre les mains de groupes américains. Une situation qui peut être problématique d’un point de vue politique et économique.

Certes, il y a la Mandriva. Toutefois, il faut se rendre à l’évidence ; le projet est aujourd’hui en fort mauvaise posture. Repêché in extremis (pour la énième fois) l’an dernier, il a du mal à proposer un plan industriel convaincant. De plus, il affiche encore et toujours des résultats dans le rouge. Un acteur du monde des logiciels libres nous expliquait récemment que la société était dorénavant ‘scotchée’ par ses levées de fonds. Comprenez par là que même avec des résultats positifs, les dizaines de millions d’euros qui ont été insufflés dans Mandriva ne seront probablement jamais rentabilisés.

Peut-être est-il temps de mettre en place un nouveau projet. Mais sur quel modèle ? La vente de licences, cela ne fonctionne guère (Mandriva en est la démonstration). Celle de service, avec une corrélation entre un OS commercial et une distribution communautaire, marche très bien chez Red Hat, mais sera difficile à répliquer par un autre acteur. Enfin, l’OS communautaire avec soutien commercial est efficace, mais nécessite un large soutien financier, comme le montre l’Ubuntu.

Alors, impossible de faire un système d’exploitation Linux viable en Europe ? Pas si sûr, en particulier lorsque nous prenons en compte la situation particulière de la France (citée en début d’article). Il serait en effet possible de créer des groupes de développeurs au sein des écoles d’informatique, ce qui permettrait aux élèves de parfaire leur spécialisation et de remplir leur CV, tout en fournissant l’essentiel de la force de développement nécessaire à l’OS. Une fondation pourrait assurer le travail de cohésion et de gouvernance du projet.

Bien évidemment, aucun revenu conséquent ne serait tiré de cette activité. Toutefois, une telle solution permettrait de créer un vaste écosystème : vente de machines préinstallées chez les constructeurs, fourniture de formations et de certifications, offre de services au sein des SSLL, livraison d’appliances prêtes à l’emploi par les ISV, etc. Le tout sans risque d’un point de vue stratégique, la gouvernance du cœur du projet étant assurée par un organisme non commercial et son développement par des personnes souhaitant elles-mêmes faire partie de l’écosystème de l’OS. Une idée à creuser.

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10 replies to Humeur : la France doit tirer avantage de ses spécificités pour créer sa solution Linux

  • Le 15 mai 2011 à 21:45 par LinuxKing

    Il y a trop d’intérêts et d’assujettissements aux Américains pour qu’il y ait une réelle volonté de mettre au point un OS qui pourrait être Européen bien que nous ayons toutes les ressources nécessaires pour …
    Il faudrait en premier lieu interdire aux politiciens de gouverner pour le bien de l’Humanité.

  • Le 16 mai 2011 à 9:50 par Mike

    Bof, pourquoi une vision franco-française pour un projet d’une telle ampleur ? Surtout, est-ce qu’on a besoin d’un drapeau sur une distribution pour faire vivre un éco système ? L’exemple de Mandriva montre que non. C’est même certainement l’une des causes de ses problèmes !

    La distribution est mourante, mais le libre c’est tellement plus qu’un O.S qu’au final tout le monde vit très bien sans.

    J’ai un peu l’impression de lire la description d’un combat d’arrière garde. Il y a largement plus à faire coté applicatif.

  • Le 16 mai 2011 à 11:23 par bandix400

    [quote]serait en effet possible de créer des groupes de développeurs au sein des écoles d’informatique,[/quote] [
    des filières informatiques
    quote]ce qui permettrait aux élèves de parfaire leur spécialisation et de remplir leur CV, tout en fournissant l’essentiel de la force de développement nécessaire à l’OS. Une fondation pourrait assurer le travail de cohésion et de gouvernance du projet. [/quote]

    D’ailleurs cette proposition devrait être envisagée en dehors de tout vision chauvine ,pour les raisons précisées et donner de la visibilité à certains projets libres : VLC n’est pas une vision française du lecteur multimédia, c’est juste un lecteurs développé en France, pour répondre à des problématiques pas si locales que ça … ou booster le développement d’autres …

  • Le 16 mai 2011 à 11:28 par David Feugey

    « Bof, pourquoi une vision franco-française pour un projet d’une telle ampleur ? » Et pourquoi une vision 100 % américaine ? Comme le signale bandix400, l’objectif n’est pas tant de fournir une vision française que de produire une distribution en France. Simple logique économique. « Il y a largement plus à faire coté applicatif. » l’OS fait justement partie du milieu applicatif. Il est même le cœur de cible de deux sociétés américaines de renom. Est-on vraiment obligé de leur laisser ce marché en Europe ? Je note par ailleurs avec amusement que si la plupart des éditeurs sont OK pour des fondations Eclipse, LibreOffice et autre, nous attendons toujours la fondation Red Hat ou Windows. Pour les USA, l’OS reste stratégique. Le mouvement pourrait donc venir d’Europe.

  • Le 16 mai 2011 à 11:35 par David Feugey

    Dans la série des bonnes idées, il y a la possibilité de penser à une distribution Linux sans numéro de version… à évolution continue. Un mode que ne peuvent adapter les américains, qui sont figés dans un cycle consumériste qui impose le principe d’un produit jetable, dont la fin de vie est obligatoire. Sans fin de vie, les entreprises disposeraient de plus de flexibilité, sans crainte d’une lourde migration future. Pour stabiliser le tout, il suffit d’imaginer que les mises à jour seraient validées par des organismes de recommandation tiers, qui lanceraient alors le top départ de l’installation pour leurs adhérents (et fourniraient bien sûr une garantie de bon fonctionnement). Encore une voie pour un écosystème next-gen.

  • Le 16 mai 2011 à 11:48 par question

    Linus Dupont in memoriam ?

  • Le 16 mai 2011 à 17:40 par Endoril

    @David Feuguey
    Ce système, dit de « Rolling Release », existe déja : Voir ArchLinux, et je sais que Debian travaille aussi dessus.

  • Le 16 mai 2011 à 17:51 par David Feugey

    L’important au final n’est pas tant cette fonctionnalité que celle consistant à retarder ou non l’application des correctifs. Comme cela, plus besoin de canaux de dev différents et plus de craintes pour les pros (qui préfèrent toujours attendre un peu). Il est vrai toutefois qu’ArchLinux propose un concept très proche de celui que j’évoque.

  • Le 19 mai 2011 à 16:06 par jose

    Mageia est francaise et nous l’aurons dans 15 jours…

  • Le 19 mai 2011 à 22:57 par David Feugey

    C’est un projet bien structuré et effectvement très prometteur. Toutefois, comme avec beaucoup de distributions Linux communautaires, la création d’un écosystème n’est pas au cœur du projet. Ce n’est certes pas obligatoire, mais quand les sociétés savent qu’elles pourront se faire de l’argent en participant et quand les individus savent qu’ils pourront en tirer profit en terme d’emploi, la donne change.
    Avec la Mageia je ne vois pas de tentative affichée de se rapprocher des grandes écoles d’informatique (fournisseurs des futurs administrateurs systèmes Mageia), des labos de recherche et des pouvoirs publics (futurs utilisateurs grands comptes), ainsi que des ISV et des SSLL (futurs fournisseurs d’applications complémentaires et de services).
    Travailler en groupe est nécessaire pour un projet libre. C’est évident. Pourquoi alors se borner uniquement à créer une communauté de gens forcément désintéréssés ? A mon sens, il faut, au contraire, que les participants en tirent autant de bénéfices que possible. Sinon, ça finira inévitablement par lasser, et donc s’essoufler.
    À contrario, pourquoi seuls Microsoft, Apple ou Red Hat devraient-ils avoir la primeure de créer un écosystème commercial autour de leurs offres respectives ? Faire vivre des entreprises et des personnes autour d’un OS 100 % libre et gratuit, voilà une idée à creuser (laquelle marche fort bien pour des projets OSS particuliers, mais moins pour des distributions).

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