IA, start-ups : pourquoi Fujitsu investit 50 M€ en France

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Le Japonais s’associe à Polytechnique et l’Inria pour accélérer sa recherche en IA. Et affiche ses intentions de prendre des participations dans des start-ups françaises.

Tout est parti du World Tour, l’événement qu’organisait Fujitsu en juin 2016 et qui avait pris une stature particulière lors de sa dernière édition du fait de l’année franco-japonaise de l’innovation. « Cet événement a marqué les esprits en interne, assure Benjamin Revcolevschi, le patron de la filiale française. Quelques semaines après, le président de Fujitsu, Tatsuya Tanaka, est venu à Paris, et a rencontré le Premier ministre Manuel Valls. L’entretien s’est très bien passé : cela a été l’événement déclencheur. »

Ce sont ces premiers contacts, qui se sont déroulés en marge de Viva Technology, qui ont débouché sur des échanges réguliers entre le gouvernement et l’industriel et sur l’investissement de Fujitsu en France. Le groupe annonce vouloir consacrer 50 millions d’euros sur cinq ans sur différents sujets liés à l’innovation. L’accord, signé avec le nouveau Premier ministre Bernard Cazeneuve (en photo ci-dessus avec Tatsuya Tanaka), entérine le déploiement de ces investissements selon plusieurs axes, le groupe japonais se refusant toutefois à détailler la ventilation budgétaire de l’enveloppe globale.

Un centre d’excellence à Polytechnique

Les points saillants du partenariat entre la France et l’industriel japonais ont toutefois l’intelligence artificielle pour point commun. C’est un des thèmes sur lequel Fujitsu entend se consacrer en s’associant avec l’incubateur de Polytechnique, le Drahi X-novation center, qui existe depuis environ 18 mois. « Nous voulions être présents au sein de l’écosystème de Paris-Saclay où de nombreuses compétences sont regroupées », argumente le directeur général de Fujitsu France. Le Japonais y installe son centre d’excellence, en déplaçant les effectifs qui travaillaient déjà dans cette structure (autour de son CTO Axel Méry) et en recrutant de nouvelles compétences.

Revco Fujitsu
Benjamin Revcolevschi lors du Fujitsu World Tour en juin 2016.

« Les premiers recrutements sont déjà lancés », assure Benjamin Revcolevschi, qui précise que si le Crédit impôt recherche (CIR) a pesé dans le choix de la France, il n’a pas occupé le premier plan. « Les compétences en algorithmie ont compté davantage », dit-il. De facto, le centre d’excellence doit notamment travailler sur les technologies de Machine Learning, Deep Learning et de traitement du langage afin d’enrichir des solutions pour les clients de Fujitsu, en particulier dans la distribution et l’industrie. Les étudiants de la prestigieuse école d’ingénieurs seront associés à ces projets.

Vers un labo Fujitsu – Inria ?

En complément, Fujitsu a également signé un partenariat avec l’Inria afin de développer un programme commun de recherche, toujours sur l’intelligence artificielle. « Les premiers sujets de recherche sont en cours de finalisation, détaille Axel Méry, le directeur technique de Fujitsu France. Dans un avenir plus ou moins proche, ce partenariat pourrait aussi déboucher sur un laboratoire commun. »

Si l’axe centré sur la recherche en intelligence artificielle apparaît central dans le plan hexagonal de Fujitsu, les 50 millions investis doivent aussi servir à prendre des participations, voire à racheter, des start-ups françaises. Pas réellement une surprise, Fujitsu s’étant déjà tourné à deux reprises vers des jeunes pousses tricolores pour renforcer son portefeuille technologique. En 2013, le groupe mettait ainsi la main sur RunMyProcess, un éditeur spécialisé dans la conception et l’intégration de workflow. Rebelote en fin d’année 2015, avec la reprise de la start-up Usharesoft, spécialisée dans les déploiements et la migration d’applications dans le Cloud. Deux offres aujourd’hui notamment intégrée au cœur de MetaArc, la plate-forme d’orchestration de Cloud que la Japonais a lancé l’année dernière. Selon Benjamin Revcolevschi, plusieurs nouveaux investissements sont aujourd’hui à l’étude, le dirigeant ne précisant ni la forme que ces prises de participation pourraient prendre, ni le véhicule que choisirait le Japonais. Le directeur de la filiale hexagonale n’exclut toutefois pas la création d’un fonds dédié pour porter ces prises de participations dans de jeunes sociétés des secteurs de l’IoT, de l’IA ou de la cybersécurité.

Cluster mondial de stockage avec Scality

En parallèle, le groupe japonais s’est aussi rapproché du jeune spécialiste du stockage Scality, lui aussi d’origine française. « Un projet mené par nos équipes produits avec la start-up vise à construire un cluster basé sur les technologies Scality, de taille mondiale car il serait déployé tant en Asie, qu’en Amérique du Nord et en Europe. Ce qui serait inédit à ce jour », assure Axel Méry. Les travaux en commun, auxquels sont associés des universités françaises, portent tant sur la partie matérielle que sur les algorithmes d’optimisation, avec l’intégration de technologies d’IA. Le prototype actuellement en test doit déboucher sur une offre commerciale dès 2017, selon le CTO de Fujitsu France.

En toile de fond de ces investissements dans l’innovation ? La volonté affichée par Benjamin Revcolevschi de se servir de ce coup de booster dans l’innovation pour porter la filiale française au niveau de ses homologues européens. « L’activité du groupe est 10 fois plus importante en Grande-Bretagne et 8 fois plus en Allemagne, alors que la taille de leurs économies est proche de celle de la France », note le dirigeant. Des pays où le Japonais bénéficie toutefois respectivement de l’acquisition de la SSII ICL et de la reprise de la division PC et serveurs de Siemens.

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