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ICANN, W3C, IAB, IETF… veulent mondialiser la gouvernance d’Internet

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Suite de l’effet NSA/PRISM, les organisations responsables de l’infrastructure technique mondiale de l’Internet appellent à une internationalisation du framework qui supporte Internet.

Les révélations sur la NSA et son programme PRISM continuent de faire des vagues. Dix organisations de premier plan – ICANN, W3C, IAB, IETF, ISOC, AFRINIC, ARIN, APNIC, LACNIC, RIPE NCC – s’unissent pour s’élever contre les pratiques de l’agence.

Il faut dire que ces révélations pourraient bien modifier profondément le paysage politique de l’Internet. En particulier, les voix s’élèvent de plus en plus nombreuses pour que l’Internet soit placé sous le contrôle des Nations Unies, et non plus sous celui d’organisations plus ou moins directement contrôlées par les États-Unis.

Les USA face au monde et à ses dérives

Le gouvernement américain s’est toujours opposé à cette internationalisation, arguant de sa puissance pour conserver sa mainmise sur la toile, ou tout du moins sur les technologies qui sont au cœur de son fonctionnement. Seulement voilà, avec la NSA, PRISM, la surveillance industrialisée, et jusqu’à certaines pratiques relevant de la cybercriminalité, l’image de Chevalier Blanc que se donnaient les États-Unis est en train de s’effriter.

L’affaire intervient également alors que d’autres gouvernements militent pour une évolution des règles de gouvernance de l’Internet, avec l’application d’un « International code of conduct » qui, sous l’apparence d’une volonté commune de vouloir standardiser les règles internationales, cache en réalité – et parfois bien mal ! – leur volonté de vouloir prendre le contrôle de l’Internet dans les régions du globe qui les concernent… Sans surprise, la Chine, la Russie, et certains satellites de l’ex-bloc soviétique figurent dans le lot.

Les signataires

C’est dans ce climat quelque peu délétère que plusieurs parties prenantes de l’Internet, les organisations responsables de la coordination de l’infrastructure technique de l’Internet au niveau mondial, réunies à Montevideo (Paraguay), ont lancé un appel, signé par :

– Adiel A. Akplogan, CEO de l’African Network Information Center (AFRINIC)
– John Curran, CEO de l’American Registry for Internet Numbers (ARIN)
– Paul Wilson, Directeur Général de l’Asia-Pacific Network Information Centre (APNIC)
– Russ Housley, Chairman de l’Internet Architecture Board (IAB)
– Fadi Chehadé, Président et CEO de l’Internet Corporation for Assigned Names and Numbers (ICANN)
– Jari Arkko, Chairman de l’Internet Engineering Task Force (IETF)
– Lynn St. Amour, Président et CEO de l’Internet Society (ISOC)
– Raúl Echeberría, CEO du Latin America and Caribbean Internet Addresses Registry (LACNIC)
– Axel Pawlik, Managing Director du Réseaux IP Européens Network Coordination Centre (RIPE NCC)
– Jeff Jaffe, CEO du World Wide Web Consortium (W3C)

Déclaration d’intention

Ces organisations rappellent que « L’Internet et le World Wide Web ont contribué de façon significative au développement social et économique dans le monde entier. Tous deux ont été conçus et sont régis dans l’intérêt public autour de mécanismes uniques de coopération multi-partite mondiale de l’Internet intrinsèque à leur succès. »

« Les dirigeants ont discuté de la nécessité évidente de renforcer continuellement ces mécanismes et de les faire évoluer de manière vraiment conséquente, pour être en mesure de résoudre les problèmes émergents auxquels font face les acteurs de l’Internet. »

Des propositions (extrait de leur déclaration)

Les dix organisations ont avancé une série de réflexions et de propositions :

– Ils ont souligné l’importance d’une gestion cohérente de l’Internet au niveau mondial et mis en garde contre la fragmentation de l’Internet au niveau national (Lire Deutsche Telekom veut se protéger de l’espionnage sur Internet). Ils ont exprimé leur vive préoccupation face à l’érosion de la confiance des internautes au niveau mondial suite aux récentes révélations de contrôle et de surveillance omniprésente.

– Ils ont identifié la nécessité d’efforts continus pour relever les défis de la gouvernance de l’Internet, et ont convenu de catalyser les efforts à l’échelle de la communauté globale en vue de l’évolution de la coopération multi-partite de l’Internet mondial.

– Ils ont appelé à l’accélération de la mondialisation des fonctions de l’IANA et de l’ICANN vers un environnement dans lequel toutes les parties prenantes, y compris tous les gouvernements, participent sur un pied d’égalité.

– Ils ont appelé à la transition vers IPv6 qui doit rester une priorité au niveau mondial. En particulier les fournisseurs de contenus Internet doivent servir le contenu des services sur IPv4 et IPv6, afin d’être pleinement accessible sur l’Internet mondial.

En conclusion

Difficile de dire si la déclaration de ces organisations sera suivie d’effet. Même si leur rôle est essentiel dans la vie de l’Internet, que valent leurs voix dans un monde où la « gouvernance de l’Internet » n’est pas une préoccupation de premier plan ? Ou lorsque la gouvernance est une notion élastique que certains souhaitent adapter aux politiques des États, tout comme celle de la liberté d’expression ? Sans oublier que ces mêmes organisations restent soumises aux gouvernements qui les subventionnent…

Le texte original de la déclaration est accessible ici.

Crédit photo © Anton Balazh – shutterstock


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