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Patrick Moreau : « 50 % des logiciels issus d’Inria sont diffusés en Open Source »

Patrick Moreau, responsable du patrimoine logiciels au sein d’Inria, revient sur les travaux de l’institut public de recherche en sciences du numérique dans l’Open Source et fait le point sur le transfert de technologie.

Silicon.fr : Quel est votre rôle au sein de la direction transfert et innovation d’Inria ?

Patrick Moreau : En tant que responsable du patrimoine logiciels, je m’occupe de la stratégie Open Source d’Inria. Il s’agit de diffuser et promouvoir le logiciel issu de la recherche publique en tant qu’outil créateur de valeur sociétale et/ou économique.

Hors Inria, le plupart des instituts de recherche s’intéressent peu à ce transfert du logiciel issu de la recherche vers les entreprises. Certains voudraient caler sur le logiciel le processus qui prévaut sur les inventions, à savoir la valorisation par le dépôt et la validation de brevets. Mais la protection des logiciels passe par le droit d’auteur (propriété intellectuelle) et non par le brevet.

Il faut donc se doter des compétences spécifiques pour promouvoir et professionnaliser le transfert du logiciel issu de la recherche vers les entreprises (choix de licences, incubation de communautés, promotion, création de tutoriels…)

Peut-on faire un point sur les travaux d’Inria dans l’Open Source ?

Inria est un acteur du logiciel libre depuis de nombreuses années. L’institut est impliqué avec d’autres partenaires académiques et industriels (GTLL du pôle Systematic, Syntec…), participe à l’élaboration de la famille de licences CeCILL, et propose, entre autres, un guide d’analyse des licences libres.

Aujourd’hui, plus de 500 logiciels produits par les équipes-projets d’Inria sont diffusés en Open Source, soit la moitié de l’ensemble des logiciels issus des travaux d’Inria. Ces travaux ont donné naissance à des communautés d’utilisateurs et de contributeurs à travers le monde ou à la création de start-ups, comme Bonitasoft, Scilab Enterprises, SysFera et ActiveEon.

Nous faisons également connaître cette production de logiciels Open Source à l’externe. Notre conviction en la matière est la suivante : pas de dogmatisme, pas d’opposition stérile entre logiciels libres et logiciels propriétaires. Pour certains projets, le transfert d’une technologie mise en Open Source vers le marché est un accélérateur.

De quelles ressources humaines et matérielles dispose Inria pour mener à bien ses missions dans ce domaine ?

Le capital humain est notre principale ressource. Nous comptons 3 500 chercheurs et doctorants chez Inria, et plus de 180 équipes-projets. Ces équipes sont souvent mixtes, elles regroupent nos chercheurs et ceux d’autres établissements (CNRS, universités…)

Une centaine de personnes par an sont en charge du transfert au sein de l’institut. Les chercheurs d’Inria qui font le logiciel et répondent aux questions des utilisateurs, sont présents tout au long du projet de transfert. Ils sont épaulés par les TTO (Technology Transfer Officers) qui s’intéressent notamment au choix de licences (la partie générique peut être proposée en Open Source et la partie métier sous une licence propriétaire). Les ingénieurs experts vont aider à créer l’architecture.

Ensuite, des campagnes annuelles peuvent être réalisées pour industrialiser le logiciel issu de la recherche. Lorsque l’on est dans la phase industrielle, des ingénieurs sont appelés en renfort et des consortiums portés par Inria sont créés. Nous pouvons citer notre expérience du consortium Scilab, ou encore les consortiums existants tels que Pharo et Caml.

(NDLR: Le budget primitif d’Inria s’élève en 2013 à 233 millions d’euros dont près de 27 % de ressources propres. La répartition de ce budget n’a pas été précisée.)

Comment passer de l’innovation à sa concrétisation, de la recherche au marché ?

On se rend compte qu’il n’y a pas de linéarité dans le processus. Dans le brevet, on entend parler de « production », puis de « maturation » (une preuve de concept) et, enfin, de « transfert » (le montage d’une start-up autour de brevets).

Pour le logiciel, le processus est différent. Le logiciel évolue tout le temps, le cycle est bousculé (il y a des aller-retours entre la technologie issue de la recherche et le marché). Souvent, il va y avoir un fork, puis un transfert ou l’édition de logiciels se fera ailleurs que chez Inria. Il y aura donc un logiciel édité par l’équipe de recherche, un autre par l’entreprise.

Les développeurs du monde académique sont les premiers utilisateurs du logiciel, ils adoptent la solution, remontent les bugs. Une fois que les entreprises prennent le relais, elles veulent avoir un éditeur, soit une société existante, soit une jeune pousse.

Quels sont les freins au transfert des logiciels de recherche ?

Le premier frein concerne le temps du chercheur. Le chercheur est au centre de la production du logiciel. Est-il motivé pour faire du transfert ? Le second concerne la reconnaissance du transfert de technologie dans l’activité d’un chercheur, et les choses évoluent lentement…

Un autre défi consiste à trouver l’entreprise qui sera capable d’adopter et de faire évoluer le logiciel issu du transfert. Une entreprise peut être affûtée en termes d’innovation et d’usages, mais pas forcément en ce qui concerne les technologies… Lorsqu’une start-up est créée, les choses se passent mieux car les personnes connaissant la technologie intègrent la start-up.

Il faut vraiment dédiaboliser l’Open Source. Dans le monde, il existe entre 1 et 2 millions de logiciels Open Source, ce n’est pas évident de dire si tel ou tel convient. Ce qui est important pour un industriel est de savoir si le logiciel, en plus de ses performances techniques et fonctionnelles, est maintenu et le restera, et si les ressources seront toujours disponibles. À cet effet, Inria met en place l’Open Source Readiness Level (OSRL) sur le cycle de vie de l’Open Source de recherche.


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