IoT : Ingenu veut bousculer Lora et Sigfox en Europe avec sa technologie RPMA

ComposantsM2MMobilitéOperateursPoste de travailRéseaux

Fort d’une technologie LPWA qui se distingue de Lora et Sigfox sur plusieurs points essentiels, l’opérateur américain d’IoT Ingenu devrait arriver en Europe en 2017.

Les acteurs de Lora et Sigfox s’apprêtent à affronter un nouveau concurrent sur le marché de l’Internet des objets (IoT) en Europe. Et pas franchement un débutant. L’Américain Ingenu déploie son réseau dédié aux objets connectés et autres systèmes M2M depuis 7 ans aux Etats-Unis. Des réseaux déployés à Las Vegas, Boston, Los Angeles, Jacksonville, Atlanta, Columbus ou encore à la Nouvelle Orléans pour y exploiter des solutions de logistique, d’agriculture connectée, de smart cities, d’énergie ou de mesure de l’environnement.

Couvrir 50 % de la population mondiale

Aujourd’hui, on retrouve également son « Machine Network » au Canada, au Chili, au Japon, en République Dominicaine et au Nigeria, notamment. Au total, 38 réseaux déployés à ce jour dans le monde. Et des accords de licence avec des partenaires ont été signés en Australie, Chine, Nouvelle-Zélande, Indonésie, Taïwan, Thaïlande, Afrique du Sud et aux Émirats Arabes Unis. Bref, il ne reste guère que l’Europe qui échappe encore à Ingenu.

L’opérateur basé à San Diego n’a cependant officiellement rien annoncé. Mais, il ambitionnerait de planter son premier réseau sur le Vieux Continent dès cette année, croit savoir le journal spécialisé IoT Global Network. En février 2016, le CEO de la société, John Horn, annonçait vouloir se déployer dans 25 pays sur six continents (en distinguant l’Amérique du Nord de l’Amérique du Sud) couvrant plus de 50 % de la population mondiale. Difficile de ne faire l’impasse sur l’Europe dans une telle ambition. Et l’accord passé en novembre 2016 avec le fournisseur suisse de composants électroniques et de modules U-Blox tend à confirmer l’intérêt d’Ingenu pour le marché européen. Le premier module issu de ce partenariat, le Nano-S100 dédié aux suivis des biens et aux compteurs connectés, devrait arriver sur le marché dans le courant du premier trimestre.

80 MHz de bande libre exploités

Pour affronter ses concurrents, Ingenu met en avant les capacités de sa technologie de communication pour les réseaux bas débit et longue portée (LPWAN) dédiée aux objets connectés. Baptisée RPMA (Random Phase Multiple Access ou accès multiple par phase aléatoire), ce protocole bidirectionnel s’appuie sur les 80 MHz de la bande libre des 2,4 GHz. Notamment utilisée pour le Wifi, ce spectre présente l’avantage d’être disponible à l’échelle de la planète ce qui rend a priori universel l’accès à RPMA quand les autres bandes libres à basse fréquence ne disposent d’aucune base commune internationale (915 MHz en Amérique du Nord et Océanie, 868 MHz en Europe, 780 MHz en Asie…).

D’autre part, chaque canal de la technologie d’Ingenu utilise 1 MHz de largeur de spectre. Ce qui, avec un autre MHz tampon, lui permet d’exploiter 40 canaux par antenne. Soit une bande passante 85% plus large que celles des autres technologies LPWA, assure Ingenu. Le RPMA supporte jusqu’à 2 millions de connexions par point d’accès. Et un point haut peut couvrir jusqu’à 640 km carrés (400 miles carrés). Un département comme le Rhône (3 200 km2) pourrait ainsi être couvert avec 17 antennes. Soit 15 000 dollars (14 000 euros), assure l’opérateur qui a levé 118 millions de dollars en cinq tours de table.

Un complément à Lora

Sur le papier, le RPMA présente donc des avantages certains sur les technologies concurrentes Lora et Sigfox. Un point d’accès d’Ingenu permettrait de couvrir l’équivalent de 18 antennes Lora, de 70 antennes chez Sigfox, et de 30 accès NB-IoT sur réseaux cellulaires, rapporte le blogueur expert Bob Emmerson sur IoT Global Network. La durée de vie des modules peut atteindre une vingtaine d’année, soit le double de celle annoncée par la concurrence. Quant à la sécurité des communications, elle est assurée par un chiffrement à 256 bits et une authentification à double sens garantie par un hash de 16 bits. « Ce qui signifie qu’il y a seulement un 1 chance sur 2 256 que quelqu’un devine aléatoirement la signature », calcule l’expert.

[Lire aussi notre dossier : La stratégie IoT des grands acteurs IT]

Si Ingenu a (sur le papier) tout pour plaire, il lui restera néanmoins à conquérir un territoire aujourd’hui grandement occupé par Sigfox (présent dans une quinzaine de marchés européens ainsi qu’aux Etats-Unis) et par les opérateurs mobiles qui ont recours à Lora pour opérer leurs offres de services IoT à l’échelle nationale (comme Bouygues Telecom et Orange en France). Sans parler des futurs déploiements de technologies IoT sur les réseaux mobiles LTE (NB-IoT principalement pour les objets à faible consommation de données). Mais des complémentarités ne sont pas à exclure. « LoRa et RPMA pourraient se compléter dans des scénarios impliquant un réseau local comprenant des centaines, voire quelques milliers d’appareils communiquant avec une passerelle MultiTech compatible Lora, souligne Bob Emmerson. Un module RPMA intégré à la passerelle [Lora] permettrait alors une connectivité de grande portée sur les réseaux RPMA. » Autrement dit, la technologie d’Ingenu pourrait aider les réseaux Lora à élargir leur portée. Il restera néanmoins à vérifier la stratégie de l’opérateur américain. A l’occasion du Mobile World Congress (MWC) de Barcelone fin février prochain ?


Lire également

Sigfox, Lora, Ingenu, Sensu et Telensa, les dieux de l’IoT en 2021
Plus de 700 milliards d’euros consacrés à l’Internet des objets en 2016
Dotdot, le langage universel de la Zigbee Alliance pour l’IoT


Lire la biographie de l´auteur  Masquer la biographie de l´auteur