L’affaire des indemnités de Michel Combes se propage à Bercy et à l’AMF

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Si Michel Combes justifie ses généreuses indemnités de départ par son travail accompli, les syndicats, Bercy et même le Medef montent au créneau.

« Quand on rejoint une entreprise, on rejoint un homme. » C’est par ces mots, rapportés par Les Echos, que Michel Combes justifie son arrivée chez Altice et à la présidence de Numericable-SFR ce 1er septembre. L’homme en question est évidemment Patrick Drahi, le dirigeant de la holding télécoms Altice, maison-mère de Numericable-SFR en France, et dont l’ancien homme fort d’Alcatel-Lucent se dit « bluffé par son parcours, l’un des plus impressionnants sur le marché mondial ».

Mais c’est avant tout, pour Michel Combes, l’occasion de mettre en œuvre le « projet industriel à très long terme » de l’entrepreneur franco-libanais qu’il connaît depuis plus de vingt ans. Un projet qui passe aujourd’hui par la convergence fixe-mobile et celle des télécoms et des média. Dans un premier temps, le directeur des opérations d’Altice, désormais, s’attachera remettre Numericable-SFR sur les rails de la reconquête des abonnés (le groupe en a perdu plus d’un million en un semestre) tout en poursuivant les investissements dans les réseaux très haut débit (THD) fixes et mobiles. « Longtemps, SFR été considérée comme la société la plus innovante de son secteur. Elle le sera à nouveau, assure Michel Combes au quotidien économique. Il faut faire de Numericable-SFR le premier groupe très haut débit en France. »

La polémique des indemnités de départ

Mais pour l’heure, tous les regards se tournent vers la polémique qui enfle sur les indemnités de départ de l’ex-dirigant d’Alcatel-Lucent. La prime qui frôle les 14 millions d’euros versée (pour partie en fixe et pour le reste en variable selon la valeur que l’action atteindra en 2018) a suscité une polémique au niveau des syndicats et du monde politique à gauche comme à droite. Même le Medef fait mine d’une certaine indécence : « Ces rémunérations sont choquantes (…) d’autant plus que les résultats n’étaient pas, on va dire, au rendez-vous », rapporte ITespresso.fr.

Michel Combes n’en défend pas moins ses conditions de départ. S’il se déclare « sensible à ce qui se passe », le dirigeant veut éclaircir les circonstances d’attribution de ses primes. « On a maximisé la partie variable et minimisé la partie fixe, ce qui pénalise le moins l’entreprise », déclare-t-il toujours aux Echos. Tout en rappelant le contexte de sa prise de fonction en avril 2013. « Le cours était en dessous de 1 euro. J’étais donc intéressé au rétablissement de l’entreprise et je portais le risque du projet industriel. »

Macron se saisit du dossier

Tout le monde en convient : la mission de redressement était périlleuse et elle est passée par une restructuration massive de près de 6000 postes (dont plus de 1500 en France). Mais Michel Combes considère avoir « sauvé » l’entreprise. Ce qui a facilité au final les discussions en vue d’un rapprochement avec Nokia Networks. « Je suis plutôt fier du travail accompli » au regard de la « création de valeur ».

Pas sûr que cette vision des choses suffisent pour convaincre le gouvernement. Dans l’après-midi, Philippe Camus, président du conseil d’administration d’Alcatel-Lucent qui endosse les fonctions de directeur général de l’équipementier, était reçu par Emmanuel Macron. « Le ministre de l’Economie a demandé au Haut Comité du gouvernement d’entreprise de l’AFEP-MEDEF de se saisir des conditions de rémunération et de départ de M. Combes », selon une source citée par l’AFP. Lundi 31 août, le ministre des Finances, Michel Sapin, appelait Michel Combes à faire preuve de « bon sens » et à « prendre les bonnes décisions ».

Michel Combes défendu par un investisseur du Net

Une position « moralisatrice » qui a fait réagir l’investisseur Jean-David Chamboredon. Le gestionnaire du fonds des Net-entrepreneurs ISAI parle « d’emballement médiatique » et réagit de manière nuancée. Sur sa page Facebook, il estime que :

1/ les 4,5 millions de prime de non-concurrence sont plus que généreux et sont payés par l’entreprise donc je comprends l’offuscation qui me semble en l’occurrence « légitime ».

2/ les 9,5 millions de stock-options et actions gratuites sont beaucoup moins ‘offusquantes’ :
a – l’equity value d’Alcatel-Lucent est passée de 3 à 8 milliards sous sa direction – il prend donc 0,2% de « success fees », ce qui semble « raisonnable »;
b – ce sont les actionnaires qui payent cette somme (via la dilution induite);
c – [Michel Combes] va être taxé très lourdement sur ces sommes (environ 70%).

« Donc environ 6 millions vont aller dans les caisses de l’Etat alors que s’il n’avait pas eu ces stock-options et actions gratuites, les actionnaires auraient collectivement touché les 9,5 millions et les actionnaires étrangers n’auraient pas payé d’impôt en France sur ces sommes », poursuit Jean-David Chamboredon.

Si l’AMF s’en mêle…

Mais la polémique pourrait rebondir du côté du gendarme de la Bourse. Pierre-Henri Leroy, président du cabinet de conseil aux actionnaires Proxinvest, estime que le marché a été dupé. A BFM Business, il évoque « une espèce de manipulation de marché et d’information mensongère » dans le cadre de la fusion d’Alcatel-Lucent avec Nokia. Le conseiller rappelle que, lors de l’annonce de l’opération, il ne devait pas y avoir d’indemnités de départ, ni d’unités de performance. « Quelques mois après, cette condition est complètement modifiée », regrette-t-il. En conséquence de cette « manipulation du marché », il envisage de saisir l’Autorité des marchés financiers (AMF). A ses yeux, si Michel Combes a « très bien travaillé […] ça ne vaut pas 14 millions d’euros ». Michel Combes parviendra-t-il à résister à cette pression de plus en plus lourde jusqu’à ce que la polémique se dégonfle d’elle-même ?


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