Laurent Donnay, Accenture : « L’IoT ne décollera pas sans une réelle sécurisation des données »

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Laurent Donnay - accenture
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A l’occasion du Mobile World Congress 2016, Laurent Donnay, responsable mobilité chez Accenture, revient sur les grandes tendances du secteur et notamment sur le lien entre développement de l’internet des objets et la sécurisation des données.

Silicon.fr :Après le CES, le concept de l’IoT sera à nouveau sous les projecteurs lors du prochain Mobile World Congress de Barcelone. Mais de quoi parlons nous ? Ces milliards « d’objets » ne sont ils pas avant tout de simples étiquettes connectées ?

Laurent Donnay – Toutes les spécialistes annoncent en effet des milliards, voire des dizaines de milliards d’objets connectés à l’horizon 2020. Bien sûr, ce ne seront pas uniquement des objets avancés comme l’Apple Watch, mais également de très nombreux composants électriques. Ces composants connectés se retrouveront très vite au cœur de tous les véhicules, des immeubles ou des usines tant pour des raisons de confort, de praticité que de sécurité. C’est juste une question de temps.

Justement, le véritable enjeu de l’IoT, c’est ce traitement massif des données et leur sécurisation ?

Oui, c’est une question cruciale. L’IoT ne décollera pas sans une réelle sécurisation des données. Nous avons réalisé un sondage auprès de 28 000 personnes dans 28 pays et cette question est un préalable à l’adoption des objets connectés. 18 % des consommateurs ont arrêté d¹utiliser leur appareil IoT ou mis fin à leur abonnement à des services IoT dans l¹attente de meilleures garanties en matière de sécurité. Il y a une réelle prise de conscience aussi bien au niveau des salariés que des entreprises.

Accenture annonce d’ailleurs une troisième vague de mobilité d’entreprise. En quoi les cadres pourraient ils être encore plus connectés qu’ils ne le sont aujourd’hui avec un smartphone et un laptop ?

C’est vrai que les cols blancs sont déjà bien équipés mais l’enjeu pour l’entreprise est désormais d’équiper l’ensemble de ses collaborateurs, et notamment les cols bleus, avec des équipements connectés de nouvelle génération. La démocratisation de la puissance de calcul dans des objets aussi compacts que des smartphones voire des lunettes permet d’envisager de toutes nouvelles applications. Intel estime par exemple que la maintenance d’une chaudière pourrait être facilitée par des casques de réalité virtuelle ou des lunettes connectées. Et de notre côté, nous avons déployé une solution de réalité augmentée, s’appuyant sur des lunettes, et permettant aux techniciens d’Airbus de réaliser de réels gains de productivité dans l’assemblage de l’A330.

Au delà de ces révolutions technologiques, le MWC devrait également consacrer l’essor du mobile marketing et plus particulièrement du mobile paiement. Accenture parie même sur des paiements sans intervention du consommateur…

Oui, commerce autonome et paiement intelligents seront effectivement en vedette lors du Mobile World Congress. Il ne s’agit pas de déclencher des achats sans le consentement du consommateur mais de mettre en place des solutions de paiement toujours plus fluides. Cela peut passer par des imprimantes qui commandent automatiquement des cartouches vides, des voitures qui payent automatiquement une place de parking ou un péage, ou encore une smartwatch, qui règle une commande au restaurant d’un simple geste. Nous travaillons étroitement avec Visa sur ces différents scénarios.

Le paiement mobile intéresse évidemment les champions de la carte bancaire mais semble également revendiqué par des constructeurs de smartphones, des champions de l’internet voire des opérateurs, en particulier dans les régions non bancarisées. Qui remportera cette bataille ?

C’est vrai que le marché est très ouvert avec des situations très différentes selon les régions. En Asie cela peut être des acteurs de l’internet comme WeChat, très actifs sur les mobiles, en Afrique ce seront des solutions comme M-Pesa de Vodafone ou Orange Money, et aux États-Unis on observe un bras de fer entre acteurs de la monétique et champions des smartphones. Je pense que la situation se décantera d’ici 2 ou 3 ans et le vainqueur sera celui qui aura su mettre en place l’écosystème le plus dynamique.

On ne parle pratiquement plus des équipementiers, stars historiques du Mobile World Congress. Ont-ils déjà perdu cette nouvelle bataille des télécoms ?

Le marché est arrivé à une certaine maturité technologique et l’introduction de la 5G entraîne effectivement moins d’attente que celle de la 4G ou surtout de la 3G il y a près de 20 ans. En outre, la sécurisation des objets connectés est désormais plutôt l’affaire des constructeurs. Mais les équipementiers, en collaboration avec les opérateurs, ont néanmoins un grand rôle à jouer dans la standardisation et le déploiement des protocoles de sécurité. Et les réseaux cellulaires resteront incontournables pour le transfert des données.

Google et Facebook multiplient les expérimentations dans les télécoms. A l’avenir, les réseaux cellulaires seront ils déployés voire financés par des géants.. de la publicité ?

J’ai beaucoup de respect pour les innovations de ces groupes et ces projets, qui passent par des drones de haute altitude, des ballons atmosphériques voire des satellites en orbite basse, répondent sans doute à de réels besoins dans des pays émergents, dans des zones à faible densité de population qui ne sont aujourd’hui pas couvertes par des réseaux cellulaires classiques. Mais ces technologies ne sont encore que de la R&D et elles ne répondent pas à des usages intensifs, notamment au cœur des villes de demain, qui s’appuieront encore longtemps sur les technologies cellulaires.

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