Laurent Fournier, Qualcomm : « La 5G est un élément clé de notre stratégie »

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5G, 4G 1 Gbit/s, MulteFire… A Barcelone, Laurent Fournier, responsable technologique de Qualcomm Europe, revient sur les annonces récentes et la stratégie de l’entreprise.

Silicon.fr – Pour l’ouverture du Mobile World, vous avez annoncé une nouvelle offre modem X50 taillée pour la 5G. Qu’en est-il exactement ?

Laurent Fournier – Nous avons annoncé l’arrivée d’une nouvelle famille de chipsets qui étend les capacités du X50 présenté en octobre. Avec le X50 d’origine, on colle aux besoins smartphone des tous premiers demandeurs dans les bandes millimétriques des 28 GHz et 39 GHz aux Etats-Unis et en Corée. Le composant se destine aux premiers essais en pré-versions 5G (le 5G Task Force et 5G KT SIG) pour 2018. La nouvelle famille introduira la possibilité de faire du 5G NR (New Radio, la version 3GPP de la 5G). Avec, d’une part, la possibilité de faire du Non Stand Alone, la capacité à utiliser une radio 5G NR avec un cœur de réseau 4G (EPC, Evolved Packet Core), qui permet d’avoir la signalisation et la mobilité gérée par le réseau LTE tout en profitant de la latence réduite et des débits de la 5G. Mais aussi avec la possibilité de faire du Stand Alone qui s’interface avec un Next Generation Core (NGC) et non plus un EPC. Le NGC va user de la virutalisation, du NFV, des techniques de slicing (qui déporte une partie du soft aux extrémités de réseau pour réduire la latence bout-en-bout d’un service) propres à la 5G. Les spécifications du Stand Alone sont attendues pour la mi-2018. Le modem X50 Stand Alone n’est pas attendu avant 2019 mais il y a besoin d’un socle hardware, c’est ce que nous avons annoncé. Les fonctionnalités seront présentées un peu plus tard en fonction de l’évolution de la release 15 du 3GPP qui va spécifier le 5G NR et la relation avec le NGC.

La concurrence s’est accélérée ces derniers temps sur les chipsets 4G, chez Intel notamment autour du 1 Gbit/s. La pression va-t-elle s’accentuer avec la 5G ?

Avec la 5G comme élément clé de notre stratégie nous sommes dans un tournant. Mais on a l’ambition de maintenir notre leadership de mise à disposition des technologies de solutions smartphones avant nos concurrents. Après, il y a beaucoup d’annonces chez nos concurrents et puis il y a la réalité. Si Intel se rapproche de nous en matière de performances, il ne dispose pas encore de technologie de gravure équivalente à notre 10 nanomètres (nm) dont est doté le X20 qui permet d’atteindre 1,2 Gbit/s pour ceux qui ont les spectres adaptées. A savoir soit de l’agrégation de 3 porteuses (3 CA), et l’usage massif du Mimo 4X4, soit à travers l’agrégation de 5 porteuses de 20 MHz de largeur spectrale.

Ce qui est loin d’être le cas de tous les opérateurs…

Il y en a quelques-uns mais ça demande de gros investissements. Certains ont beaucoup de spectre TDD et sont capables de faire 3 agrégations de porteuses et deux porteuses en FDD. En Europe, il y en a peu. S’il décide d’exploiter la bande 38 (3,4 GHz TDD), Deutsche Telekom doit être capable d’atteindre cette capacité. Turkcell et EE au Royaume-Uni ont également de quoi faire de l’agrégation de porteuses jusqu’à 100 MHz. Mais c’est peu probable qu’ils l’exploitent de cette manière à court terme et devraient privilégier l’exploitation du Mimo 4×4 sur plusieurs bandes de fréquences ce qui revient à ajouter 20 MHz de spectre par porteuse.

Y’a-t-il une urgence des opérateurs à adapter leur réseau alors que les terminaux ne sont pas sur le marché ?

Ils attendent en effet l’arrivée des premiers terminaux. Mais certains opérateurs peuvent déjà exploiter le 1 Gbit/s et les terminaux arrivent. C’est le cas du Sony Xperia XZ Premium équipé du Snapdragon 835 qui intègre le modem X16 à 1 Gbit/s (ZTE présentait un prototype intégrant le Snapdragon 835 mais sans annonce de commercialisation, NDLR). Avec le X20, on ouvre les combinaisons possibles pour faire du 1 Gbit/s, notamment avec le Mimo 4×4 sur du 3 CA. Et, potentiellement d’aller au-delà du gigabit. Rappelons que quand nous annonçons des composants, on les voit arriver dans les terminaux du MWC de l’année suivante.

On en êtes-vous sur le MulteFire (LTE-U) qui exploite les fréquences libres, notamment le 5 GHz ?

Toute l’année 2016 a été consacrée à définir les spécifications. La version 1.0 a été finalisée tout récemment. Qualcomm y démontre l’implémentation des spécifications MulteFire dans des solutions de tests. Il faut désormais passer à la roadmap et l’intégration du MulteFire dans les terminaux mobiles. C’est pressenti pour 2018.

Sentez-vous de l’appétence du marché pour le MulteFire ?

Elle est poussée par les acteurs assez présents dans le MulteFire, Qualcomm et Nokia principalement, pour l’utilisation de technologies LTE dans des réseaux dits privés qui sont en général des environnements contraints, avec différentes offres selon les fournisseurs. Nokia propose un réseau tiers, mutualisé, sur lequel viennent se greffer les clients. Les industriels qui en ont les moyens peuvent investir dans leur propre réseau.

Quel est l’intérêt du LTE par rapport au Wifi dans un environnement industriel ?

Le Wifi connaît des limites en volume d’objets connectés et en fiabilité pour gérer ses propres brouillages. Le LTE résout ces problématiques de façon très efficace. On gagne aussi en couverture, autour de 7 db en ligne directe et 3 db en indirecte par rapport au Wifi 802.11ac, ce qui nécessite donc moins de bornes LTE que de Wifi, dans un rapport de 1 à 3 environ.

Le MulteFire peut-il cohabiter avec le Wifi ?

La cohabitation est possible grâce aux mécanismes de LBT (listen before talk, un mécanisme qui évite les brouillages technologiques, NDLR) et un industriel peut très bien conserver son réseau Wifi en parallèle du MulteFire. Mais nous préconisons une substitution pour des raisons d’efficacité. Dès que vous introduisez la 4G quelque part, vous bénéficiez de toute son emphase. Y compris ce qui va être développé pour la voiture autonome avec le C-V2X (cellular Vehicule to everything) qui apporte des composants de gestion de véhicule. Les industriels pourront les adopter sur leurs robots mobiles, par exemple.

L’Europe est-elle en phase avec les Etats-Unis ou la Corée dans l’approche de la 5G, selon vous ?

C’est très variable. Vodafone est assez agressif, c’est un des leaders de l’accélération de la standardisation du 5G NR au 3GPP. Il a fait un certain nombre d’annonces notamment en Italie avec la volonté de couvrir trois villes en Italie pour 2019. Telecom Italia est aussi dynamique. Ensuite, un certains nombre d’opérateurs intermédiaires, notamment en Allemagne avec Deutsche Telekom, montrent une certaine ambition. Certains commencent à se dévoiler, comme Orange en France. Mais globalement, on constate que le calendrier de la 5G s’est déplacé d’une bonne année en avance de phase. Barcelone montre cette année que tous les acteurs ont l’intention de se positionner rapidement sur la 5G quelle que soit la région.

La multiplication des fréquences sous les 6 GHz (3,5 – 3,8 GHz) qui s’ouvrent, notamment en Europe, et les bandes millimétriques 26, 28, 39 GHz ajoutent de la complexité dans la conception des composants radio… Un nouveau défit pour Qualcomm ?

Vous savez, on aime la complexité. Elle nous différencie de la concurrence, on n’est pas mécontent. Certes il y a un coût de développement, un effort à fournir, mais on sait faire et Qualcomm maîtrise de mieux en mieux la chaîne de bout en bout, du front-end radio aux filtres, multiplexeurs et amplificateurs. Nous avons racheté l’unité radio fréquence de TDK dans ce sens et rester en tête du cortège des solutions complètement intégrées de bout-en-bout.


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