Fusion Orange-Bouygues Telecom : inquiétudes pour les consommateurs

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Pour l’UFC-Que choisir et le CLCV, les consommateurs risquent de payer fort cher le retour à un marché à trois opérateurs si la fusion entre Orange et Bouygues Telecom aboutit.

La fusion entre Orange et Bouygues Telecom est encore loin d’être actée. Mais l’UFC-Que choisir s’inquiète déjà des conséquences potentielles. « Le rapprochement d’Orange et Bouygues Telecom, s’il devait se concrétiser, engendrerait une restructuration du marché d’une ampleur bien plus forte que celle consécutive à l’achat de SFR par Numericable et aurait des impacts structurants aussi bien sur le marché du mobile que de l’internet fixe », commente l’association de défense des consommateurs sur son site. Elle s’inquiète notamment du retour d’un marché mobile à trois opérateurs, « soit une configuration qui faisait de la France le pays où les prix des abonnements étaient 25 % plus élevés que la moyenne européenne et qui avait donné lieu à des pratiques sévèrement condamnées par le Conseil de la concurrence ». Accusés d’entente sur les prix et part de marché, Orange (France Télécom à l’époque), SFR et Bouygues Telecom avaient été condamnés par l’Autorité de la concurrence à 534 millions d’euros d’amende en novembre 2005.

La convergence aidant, le marché du fixe serait également réduit à trois opérateurs et risquerait d’être soumis aux mêmes conséquences que le marché mobile. « L’enjeu est d’autant plus grand que le marché est amené à muter profondément au cours des prochaines années avec la transition vers le tout très haut débit, souligne l’UFC. Les risques d’un amoindrissement de la concurrence et de hausses tarifaires sont ainsi particulièrement marqués. »

Risque d’entente sur les stratégies commerciales

Car, pour des raisons de rééquilibrage concurrentiel, l’opération Orange-Bouygues Telecom impliquera Free et SFR amenés à se partager une partie de fréquences, des réseaux (mobile et fixe), voire des abonnés. Et donc d’en discuter avant de signer quoi que ce soit. « Dans ce cadre, il est primordial que les consommateurs soient assurés que ces discussions n’entraînent pas une entente sur les stratégies commerciales à venir des opérateurs », prévient l’association qui rappelle que Bouygues Telecom était l’acteur qui depuis 2014, jouait les troublions du marché sur les offres box.

Mais le pire serait qu’une sorte d’équilibrage tri-partit aboutisse à l’absence de stratégie de conquête des abonnés, « condition pourtant nécessaire à une concurrence par les prix propre à libérer du pouvoir d’achat pour les consommateurs ». Pour éviter une stagnation, voire une hausse généralisée des prix, l’UFC préconise la mise en place de « mécanismes appropriés » comme des conditions favorables à l’accueil d’opérateurs virtuels mobiles et fixes, voir un gel de fréquences mobiles pour un futur opérateur de réseau (ce qui tendrait à reproduire le scénario Free en 2014 et le potentiel séisme qui s’en est suivi sur le marché mobile, ce que plus personne ne souhaite aujourd’hui).

Le gouvernement appelé en garant

En conséquence et de manière anticipée, l’UFC demande au gouvernement « de prendre une position claire sur sa volonté d’assurer une réelle concurrence sur le marché français des communications électroniques propre à dégager du pouvoir d’achat pour les consommateurs » et aux autorités de régulation (Autorité de la concurrence, Arcep, Commission européenne) « d’imposer toutes les mesures garantissant aux consommateurs le maintien sur le long terme d’une réelle intensité concurrentielle ».

Même discours du côté du CLCV, autre association de défense des consommateurs, qui « émet […] des craintes et des réserves quant à cette fusion qui risque d’avoir un impact négatif sur le pouvoir d’achat ». Bref, le consommateur risque d’être le grand perdant d’un rachat de Bouygues Telecom par Orange. Sans oublier les salariés de la filiale télécoms du groupe Bouygues précédemment touchés par un plan de restructuration en 2014 et qui ont pu se croire sortis d’affaire alors que Martin Bouygues martelait sa volonté de se développer seul sur le marché après l’acquisition manquée de SFR.


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