Philippe Paban, DSI de Renault : « Réinternaliser les talents sur les technologies »

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Le DSI de Renault, Philippe Paban voit sa fonction évoluer face aux métiers et au numérique. Architecte, réinternalisation des compétences, ouverture de son écosystème, communication, les chantiers sont multiples.

Le débat ne date pas d’aujourd’hui, mais au fil du temps et par la poussée du numérique, il devient de plus en plus présent. Transformation et management de la DSI, quelles relations avec les métiers ? Telles étaient les questions du débat organisé par le club de la presse informatique BtoB. Premier constat, le métier de DSI a changé et ce pour plusieurs raisons. « Tout d’abord car les utilisateurs ont changé, ils maîtrisent plus les outils informatiques qu’avant, au point de considérer l’IT comme une commodité », souligne Jérôme Siméon, directeur général d’Application Services chez Capgemini.

De son côté Marc Monpeurt, directeur des services applicatifs pour le secteur public chez Accenture France Benelux, constate que « de tous temps, les DSI ont été en compétition avec les prestataires sur la maintenance et l’infogérance, idem avec les DSI internes, mais il est clair que le numérique change un peu les choses ».

Une réinternalisation des talents sur les technologies

Un avis partagé par le DSI de Renault, Philippe Paban (à droite sur la photo). « Le métier évolue tous les jours. Le numérique est une formidable opportunité pour les DSI de rester dans le jeu. » Il avoue néanmoins que « beaucoup de DSI ont loupé le virage du numérique d’où l’arrivée de CDO (Chief Digital Officer) ». Il se veut néanmoins pragmatique. « A l’époque du développement du e-commerce, c’était l’apanage du marketing, puis il y a eu un retour à l’IT. » Sur les relations avec les métiers, il écarte toute idée de confrontation. « Il est plus intéressant de parler d’alignement avec les métiers. Auparavant, le DSI était cantonné à la gestion de projet. Aujourd’hui, il doit se réapproprier les talents sur les technologies. » Une volonté de réinternalisation qui touche « les datas, les architectures, etc. », et qui répond aux besoins d’avoir une DSI « force de proposition ». Sinon le risque de désintermédiation de la DSI existe, prévient le dirigeant.

Si la réinternalisation des compétences fait grincer les dents des ESN présentes lors du débat, les responsables informatiques doivent jongler avec un IT bimodal, rappelle Jean Claude Bellando, directeur product marketing chez Axway. « Il y a d’un côté une IT dinosaure mais indispensable et une IT moderne agile pour soutenir les évolutions en ouvrant les API vers l’extérieur. » Les deux ne sont pas incompatibles rétorque Philippe Paban. Sur le legacy, il indique avoir par exemple du « MRP (Materials Ressources Planning) sur mainframe,  nous avons fait une étude pour downsizer la solution, mais au final il n’y avait pas d’équilibre économique à le faire ».

Oser l’ouverture en toute sécurité

Sur l’aspect ouverture, il est très clair. « La DSI doit être un levier d’innovation avec, par exemple, la création d’un datalab qui évolue vers un fablab. Il faut laisser un peu de liberté, accepter le droit à l’erreur – fail fast. » Des compromis peuvent se faire sur le retour sur investissement (ROI). « Sur le digital, il faut utiliser d’autres indicateurs pour décider et  pas seulement  le ROI. » Par contre, qui dit liberté, dit aussi encadrement. « On peut jouer sur les POC, mais pas sur la production », rappelle le dirigeant. De même, la sécurité est un « un aspect non négociable » de ces expérimentations.

La DSI est face à « un enjeu dans la capacité à dialoguer, à communiquer entre DSI et métier », constate Jérôme Siméon. L’idée d’un langage commun n’est pas nouvelle, mais la direction des systèmes d’information se trouve à la confluence de plusieurs acteurs, les métiers, les partenaires et l’écosystème autour de la co-innovation. Des passerelles sont donc nécessaires, « la DSI se repositionne aujourd’hui comme un catalyseur et il faut pour cela être outillé comme par exemple avoir un laboratoire d’innovation, visualiser son patrimoine applicatif, etc. », estime le responsable de Capgemini.

Philippe Paban reconnaît que  « c’est le chantier le plus difficile, la communication de la DSI ». Pour lui le DSI de demain va avoir plusieurs casquettes. « Aider, accélérer, innovant et ouvert à un écosystème plus large y compris des start-ups, agile, flexible. Clairement, il doit être un architecte avec à une réappropriation de la technologie pour comprendre et mettre en œuvre. » Et de conclure : « La réinternalisation des talents implique aussi un effort pour faire évoluer les talents au sein de la DSI. » Finalement même avec le numérique, derrière l’IT, il y a toujours une affaire d’homme !

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