L’Open Compute Project ouvre ses portes aux opérateurs télécoms

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Les opérateurs pourront profiter des designs d’équipements ouverts de l’Open Compute Project pour optimiser le fonctionnement de leurs réseaux. Aux détriments des équipementiers traditionnels ?

L’Open Compute Project (OCP) vient de lancer l’OCP Telco Project. Un nouveau programme qui s’adresse aux opérateurs télécoms. Lesquels, comme les fournisseurs de services Cloud et entreprises qui gèrent leurs propres datacenters, veulent à leur tour profiter des produits adaptés à leurs exigences.

Rappelons que, lancé à l’initiative de Facebook il y a 5 ans, OCP vise à optimiser le fonctionnement et le coûts des datacenters en s’appuyant sur des équipements serveurs, réseau et stockage conçus par les membres du projet. Lesquels reversent le design en Open Source libérant ainsi leur adoption et production. Facebook est notamment à l’origine des serveurs BigSur, dédié à l’intelligence artificielle, du modulaire Yosemite ou encore du switche « Wedge ». C’est cette volonté d’innovation que la dernière initiative d’OCP entend proposer auprès des opérateurs.

Optimiser les investissements dans les équipements

Telco Project se donne pour objectif de « communiquer efficacement les exigences techniques des ‘telcos’ à la communauté OCP », de « renforcer l’écosystème pour répondre aux besoins de déploiement et d’exploitation des opérateurs télécoms » et « d’apporter les innovations d’OCP aux infrastructure de datacenters des ‘telcos’ pour accroître leurs économies et agilité », explicite clairement l’organisation dans son communiqué.

Plusieurs grands opérateurs ont déjà annoncé leur adhésion au projet : les deux premiers américains AT&T et Verizon mais aussi Deutsche Telekom, le Britannique EE (racheté par BT) ou le coréen SK Telecom. On notera également l’arrivée de l’opérateur mondial de datacenters Equinix et de l’intégrateur de solutions sans fil Nexius. Deux acteurs à la frontières des services de télécommunication et des besoins IT à la fois.

La transformation des réseaux de télécommunications vers leur pilotage par logiciel et la virtualisation des services s’inscrit au centre de ce mouvement qui, après les logiciels, pousse à libérer le hardware des solutions propriétaires. Les opérateurs télécoms doivent en effet répondre aujourd’hui à une augmentation exponentielle du trafic (plus de 30% par an) alors que leurs revenus ne progressent pas dans les mêmes proportions. Ce qui les oblige à optimiser leurs investissements pour dimensionner leurs infrastructures sans s’endetter lourdement. Parier sur des équipements moins onéreux constitue une réponse possible à ce défi.

Se connecter aux Cloud publics

Ils doivent aussi gérer la concurrence faite par les géants des services Cloud que sont Amazon, Microsoft ou Google. En basculant certaines de leurs opérations dans les Cloud publics, les entreprises font moins appels aux services classiques des opérateurs télécoms de transfert des données entre les différents sites des organisations. Pour se connecter aux Clouds publics afin d’assurer la continuité du service de transit des données, les opérateurs doivent s’adapter aux nouvelles technologies utilisées par ces fournisseurs de services en ligne à travers le pilotage logiciel du réseau (SDN) et la virtualisation de leurs fonctions (NFV). Ce que les opérateurs peuvent faire de manière moins souple sur des équipements propriétaires que sur des produits Open Source, en regard de leurs besoins d’agilité et de vitesse d’innovation.

« AT&T aura virtualisé 75% de ses fonctions réseau d’ici 2020, illustre Andre Fuetsch, vice-président sénior responsable de l’architecture et du design pour l’opérateur, et pour cela, nous devons basculer vers un modèle de logiciel sophistiqué tournant sur du hardware de base. » « Avec la ‘cloudification’ de nos fonctions réseau et les changements propres à nos modèles de production, l’industrie des telcos passe par une transformation massive, souligne de son côté Bruno Jacobfeuerborn, CTO de Deutsche Telekom. L’efficacité de nos centres de données devient critique pour le succès – nous soutenons pleinement l’approche ouverte de l’industrie au sein de l’OCP. » Une approche sur laquelle s’appuie probablement Verizon pour préparer son réseau au lancement de la 5G que l’opérateur entend tester dès cette année.

Il restera à vérifier comment les grands fournisseurs de solutions réseau, Cisco, Juniper Networks, Ericsson et autres Nokia (qui a récupéré Alcatel-Lucent) réagiront face à cette prise de distance de leurs solutions. Car à défaut de pousser l’idée jusqu’à effectivement designer et s’équiper de leurs propres équipements, les opérateurs pourront user d’OCP pour mettre la pression sur les équipementiers traditionnels.

Les équipementiers devront s’adapter

Une situation dont ces derniers ont visiblement bien conscience. Cisco et Nokia sont d’ailleurs membres d’OCP. Depuis 2014 pour Cisco. « Nous ne voyons pas [ce mouvement des opérateurs] comme une menace, a répondu David McCulloch à nos confrère de Computerworld. Les standards ouverts, Open Source et les initiatives ouvertes deviennent simplement plus importantes pour Cisco. » De son côté, Nokia multiplie les ouvertures ces derniers mois avec des initiatives comme la fondation OpenFastPath et AirFrame Data Center dans une optique de convergence IT-télécoms.

Autrement dit, les équipementiers s’adaptent à la transformation du paysage. Et disposent encore d’un peu de marge pour peaufiner leur réponse le temps que les opérateurs délivrent leurs designs auprès d’OCP et les testent avant de les déployer. Il n’en reste pas moins que le mouvement vers des équipements réseaux moins onéreux et plus simple à gérer s’est durablement mis en route et que les équipementiers vont devoir composer avec.


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Crédit photo : Dmitry Kalinovsky / Shutterstock

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