Le rapprochement Orange-Bouygues Telecom, une pure folie ?

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Selon un conseiller de François Hollande, c’est Free qui aurait dû racheter Bouygues Telecom. Aujourd’hui, les discussions avec Orange sont engluées par la complexité du dossier.

Une pure folie. C’est ainsi que nombre d’intéressés au sein de l’Etat et d’Orange qualifieraient le mariage programmé entre l’opérateur historique et Bouygues Telecom, rapporte Le Canard enchaîné dans son édition du 10 février. Ce qui n’empêche pas les différents acteurs de poursuivre l’opération.

Du côté du gouvernement, le rapprochement viserait avant tout à sauver Martin Bouygues du désastre. Victime de la concurrence constatée sur le marché des télécoms depuis l’arrivée de Free en 2012, et suite à son échec dans la tentative d’acquérir SFR (remporté par Numericable/Altice), Bouygues Telecom a vu son avenir s’assombrir. Si Martin Bouygues avait annoncé sa volonté de poursuivre le développement de sa filiale télécoms, notamment en initiant une stratégie de conquête agressive sur le marché du fixe, force est de constater qu’il a depuis changé d’avis. Surtout, tous les acteurs veulent la consolidation du secteur afin de mettre un terme à la guerre des prix et de grossir leurs marges même s’ils réfutent l’idée d’augmenter les forfaits.

Free plus pertinent qu’Orange

Mais la concentration devait-elle se faire avec un acteur historique, phénomène inédit sur le marché des télécoms européen ? « Le plus pertinent aurait été que Niel (le patron de Free, NDLR) rachète Bouygues Telecom », déclare un conseiller de François Hollande cité par l’hebdomadaire satirique. Mais cela semblerait impossible à cause de la haine que se vouent leurs dirigeants respectifs. Pourtant, lors des discussions sur le rachat de SFR en 2014, Martin Bouygues et Xavier Niel avaient été capables d’oublier leurs différents pour s’accorder sur la reprise d’une partie des actifs de Bouygues Telecom par Free. Pourquoi n’est-ce plus le cas aujourd’hui ?

Par ailleurs, le PDG du groupe de BTP s’était payé le luxe de refuser l’offre de Patrick Drahi. En juin 2015, le patron d’Altice, maison mère de Numericable-SFR, était prêt à mettre 10 milliards d’euros sur la table pour récupérer Bouygues Telecom. A l’époque, l’argument évoqué pour refuser une offre jugée généreuse s’inscrivait dans la volonté de poursuivre un développement autonome sur le marché. Il faut néanmoins rappeler que la vente des licences 700 MHz se profilait à l’horizon. Un rachat de Bouygues Telecom aurait réduit à trois le nombre d’acheteurs. Autant de perdu pour l’Etat qui a finalement récupéré près de 2,8 milliards d’euros dans l’attribution de ces ressources hertziennes jusqu’alors utilisées par la télévision numérique (et jusqu’en avril prochain). Aurait-on demandé à Bouygues de patienter un peu pour se séparer de son bébé ?

Toujours est-il que si Martin Bouygues est prêt à vendre Bouygues Telecom à Orange, c’est en échange d’une participation importante au capital de l’opérateur historique. Autour de 15%. Qui plus est, il pourrait utiliser la trésorerie tirée de l’opération (entre 2 et 3 milliards d’euros) pour acquérir de nouvelles actions Orange sur le marché flottant avec l’espoir de devenir le premier actionnaire de l’opérateur devant l’Etat (qui, avec BPI France, détient 25% du capital). Or, l’Agence des participations de l’Etat (APE) et BPI France refuseraient de voir leurs parts descendre sous les 20%. Ce qui ralentit visiblement les discussions.

Un scénario plus noir

L’histoire ne s’arrêterait toutefois pas là. Un autre scénario, plus noir, est également régulièrement évoqué, y compris du côté du ministre de l’Economie Emmanuel Macron selon le palmipède, pour l’avenir. Le risque que Vincent Bolloré (Vivendi) propose à Orange sa participation dans Telecom Italia dans le cadre d’une consolidation des opérateurs à l’échelle européenne. Une manœuvre visant à s’emparer de l’opérateur historique. « François Hollande aurait alors sauvé Martin Bouygues pour rien », estime Le Canard enchaîné.

Ce qui est loin d’être le cas pour l’heure. Le patron d’Orange, Stéphane Richard, a même laissé entendre que si les discussions traînaient trop en longueur, l’opération ne se ferait pas. Il espère boucler le dossier d’ici début mars tout en laissant entendre que la fusion avait une chance sur deux de se faire. Ou pas, donc.


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