Fréquences hertziennes : toutes les entreprises en veulent une part

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Erik Josefsson (Ericsson), Loïc Duflot (DGE), François Coulloudon (Teeptrak), Stéphane Chouet (Agurre), Frédéric Pujol (Idate) et Daniella Genta (Airbus)
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A l’occasion d’une table ronde organisée par l’ANFR, des acteurs sont revenus sur le rôle du spectre dans l’évolution technologique des entreprises.

Le rôle des fréquences hertziennes dans la transformation par le numérique des entreprises constituait le thème de la seconde table ronde de la 4e conférence Spectre et Innovation organisée par l’ANFR (Agence nationale des fréquences) ce jeudi 15 décembre au ministère de l’Economie et des Finances. Les intervenants en conviennent, cette transformation est incontournable pour les développements des entreprises et la valeur ajoutée qu’elle leur apportera. Avec quelques nuances.

Des besoins très différents

Pour Loïc Duflot, sous-directeur réseaux et usages numériques de la DGE, il leur faudra identifier précisément leurs besoins très différents d’un secteur à l’autre. Ce sera, a-t-il illustré, une solution de traçabilité pour le secteur de la logistique, le choix d’un système de vente pour les artisans… « L’identification des besoins est essentielle pour les entreprises et le rôle de l’Etat est de les accompagner. » Rôle d’autant plus important que « la France [des PME] est très en arrière sur les questions de transformation par le numérique », estime François Coulloudon, fondateur et PDG de Teeptrak, société spécialisée dans le suivi de performance. Il le constate au quotidien auprès des nombreuses entreprises qu’il visite. Big data, IoT, intelligence artificielle… « à vouloir voir trop grand, on manque l’essentiel. Les informations sont celles qui sont vraiment utiles et il ne faut pas [que les entreprises] s’éparpillent sur des milliers de sujets. »

« Les évolutions technologiques sont très rapides », convient Erik Josefsson, directeur de l’innovation chez Ericsson. Et, selon lui, la 5G sera au centre de cette évolution. « La 5G sera à l’industrie ce que la 4G a été pour les smartphones. » Elle apportera une accélération jamais vue à ce jour. L’équipementier, comme ses concurrents, travaille à cette accélération en développant des solutions autour du contrôle des machines à distance, du pilotage automatisé de système, des antennes « intelligentes », etc., tout en assurant l’apport de débits (en gigabits/s) et la sécurité du réseau. Autant de technologies visant à répondre à de nombreux cas d’usages. De l’automobile (qui aura besoin autant de débits que de faible latence) à l’eSanté (et ses télé-opération à partir, éventuellement, de gants tactiles) en passant par la réalité augmentée dans l’industrie ou l’usage du satellite pour assurer les communications des vols commerciaux, les exemples ne manquent pas.

Des besoins toujours plus grands en fréquences

Président de l’Agurre (l’association des grands utilisateurs de réseaux radio d’exploitation qui réunit notamment la SNCF, la RATP, ADP et Air France), Stéphane Chouet illustre concrètement les besoins des sociétés de transport terrestre. Avec l’autonomisation des véhicules, les yeux des conducteurs vont être remplacés par des caméras et d’autres capteurs capables de remonter en temps réel des informations environnementales vers un centre de contrôle et commandes pour assurer le bon fonctionnement du système. « Le matériel roulant va devenir de plus en plus communiquant. » A cette communication nécessaire aux enjeux de sécurité et de performances industrielles, s’ajoutera la gestion des « signaux faibles ». Soit les informations émises par les objets et analysées par des technologies de Big Data, voire d’intelligence artificielle, « pour capter de manière plus dynamique l’état de santé de l’infrastructure du matériel roulant qui l’emprunte ». A des fins de sécurité et maintenance, essentiellement, et dont le contrôle passera potentiellement par l’usage de drones de surveillance. Autant de besoins qui, selon Stéphane Chouet, nécessite des fréquences et ressources spectrales dédiées. « Il faut convaincre les pouvoirs publics d’accorder des réseaux de fréquences dédiés, large bande, au secteur des transports. »

Le secteur de l’aviation « a de grands besoins d’accès à des bandes libres, confirme par sa part Daniella Genta, vice-présidente Radio Regulatory Affairs and Policy d’Airbus. Internet, automatisation, réalité augmentée, big data, Cloud, imprimantes 3D, intelligence artificielle… les applications des ‘smart factory’ s’appuieront sur le réseau. On aura besoin d’avoir accès à des bandes de fréquences. » Frédéric Pujol, responsable de la Practice Services Mobiles pour l’Idate, confirme que « les besoins de fréquences vont s’accentuer ». Tant dans les bandes basses (inférieures à 1 GHz) que les hautes fréquences (au-delà de 6 GHz pour leurs grandes capacités de bande spectrale).

Partage des ressources

Ce qui pose la question du partage de cette ressource hertzienne naturelle et limitée. « Les nouvelles bandes et évolutions de modèles avec plus de bandes partagées va donner lieu à l’évolution du cadre réglementaire », déclare l’analyste de l’Idate. Il note néanmoins que les décalages entre les évolutions technologiques des télécoms (avec une nouvelle génération de radio par décennie environ) et celle des secteurs industriels lourds (20 ans ou plus pour renouveler une infrastructure de transport) peut constituer un frein à l’adoption de la transformation par le numérique. Mais la réglementation, ou son absence, peut également ralentir l’adoption des nouvelles technologies. « Les solutions de transports autonomes ne sont pas loin d’être finalisées mais il reste à mettre en place la réglementation », souligne Daniella Genta.

Pour François Coulloudon, qui rappelle qu’il ne faut pas se focaliser uniquement sur les grands groupes, « la technologie ne doit pas être un point bloquant car il est difficile de prévoir les usages. Mais il faut mettre les débits, la portée, la faible latence à disposition pour laisser apparaître les applications ». Autrement dit, fournir les technologies et laisser les applications se développer sans préempter sur les usages futurs.

Plate-forme Plan Stratégique

Gilles Brégant, directeur général de l'ANFR.
Gilles Brégant, directeur général de l’ANFR.

C’est pour mieux encadrer ces usages que, en marge de la table ronde, Gilles Brégant a annoncé le lancement de la plate-forme Plan stratégique. Cette initiative vise à « rendre le spectre lisible », a précisé le directeur général de l’ANFR.

Le site invite à donner son avis sur les usages et enjeux techniques identifiés autour des fréquences. Et même de suggérer de nouveaux usages. Cette consultation publique, ouverte jusqu’à fin février 2017, permettra à l’Autorité de rendre son plan stratégique au gouvernement le mois suivant afin « de montrer ce qu’on pourra faire des fréquences dans les 5, 10 ou 15 ans à venir », a résumé Gilles Brégant. Avant de conclure en s’adressant à la salle que « le plan stratégique est entre vos mains ».


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