Lucibel transforme le Li-Fi en réalité industrielle

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Lucibel a présenté son premier luminaire Li-Fi à destination des entreprises. A terme, la société veut conquérir les particuliers et l’Internet des objets.

Le Li-Fi (pour Light Fidelity) devient petit à petit une réalité. Concrètement, il s’agit d’une technologie qui s’appuie sur la capacité de modulation des ampoules LED pour créer un canal de communication optique. L’Internet par la lumière sort de sa phase expérimentale et les sociétés Françaises sont à la pointe dans ce domaine. Oledcomm a été parmi les précurseurs.

De d à g : Frédéric Granotier, PDG de Lucibel et Edouard Lebrun, directeur de l'innovation
De d à g : Frédéric Granotier, PDG de Lucibel et Edouard Lebrun, directeur de l’innovation

Il faudra maintenant compter sur Lucibel, société créée en 2008 et basée à Barentin en Seine Maritime, avec 170 collaborateurs. Ce spécialiste de la LED a vite compris l’intérêt du Li-Fi et a mené plusieurs expérimentations dans le domaine. Aujourd’hui, la société passe un cap en commercialisant un luminaire Li-Fi pour les entreprises. Nommé Ores, il est constitué d’une LED, d’une carte réseau avec une prise Ethernet, d’une alimentation (à terme, celle-ci sera supprimée au profit d’une prise PoE (Power over Ethernet ou PoE +). Frédéric Granotier, PDG de Lucibel, précise que « ce luminaire est parfaitement adapté aux exigences de l’architecture IT d’un bâtiment, il respecte les protocoles liés à la GTB (gestion technique du bâtiment) et les contraintes de sécurité IT comme les protocoles de sécurité WPA 2 ou Radius, demandées par les DSI ».

Des débits élevés en bidirectionnel

Compagnon indispensable du luminaire, Lucibel fournit une clé USB pour profiter de la connexion en Li-Fi. La taille de cette clé est assez conséquente et explique pourquoi dans un premier temps, Lucibel souhaite adresser le marché entreprise plutôt que les particuliers. Le Li-Fi étant bidirectionnel, il est facile de calculer des débits en upload et en download.

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Lors de la démonstration, les deux débits étaient sensiblement symétriques autour de 24 à 26 Mbit/s. Le débit théorique est annoncé à 42 Mbit/s. De quoi pouvoir faire quelques vidéoconférences ou téléchargement de documents volumineux. Délimitée par un cône de lumière, la zone de couverture peut accueillir jusqu’à 8 utilisateurs qui se partagent la bande passante. Lucibel est capable d’assurer un handover (bascule d’un lieu de couverture à un autre) dans la même salle dans un laps de temps de 8 secondes avant de perdre la connexion.

Les zones oubliées et écartées du WiFi en priorité

Ce luminaire est donc la première brique de la stratégie commerciale de Lucibel. « Nous ciblons dans un premier temps tous les endroits où le WiFi ne peut pas être déployé. » Entendez par là pour des raisons de sécurité ou sanitaires. Le Li-Fi est pour l’instant plus sécurisé que le WiFi et il émet moins d’ondes électromagnétiques ( le Li-Fi s’appuie sur les ondes de la lumière visible en les modulant). Le fabricant évoque pêle-mêle les sites sensibles comme les centrales nucléaires, les centres de recherche, les banques et les assurances, mais aussi les crèches, les hôpitaux, voire même les hôtels ou les salles de conférence (pour éviter la saturation du WiFi). Des entreprises qui seront capables de prendre en charge les 2300 euros de la solution (luminaire + clé USB) et d’un surcoût par rapport à une installation couplant WiFi et éclairage. « Aujourd’hui, cette solution est 2 à 3 fois plus cher que le couple WiFi-LED », précise le dirigeant. Ces surcoûts n’ont pas fait peur à Nexity qui a équipé des bureaux et des salles de conférence à son siège social à Paris.

A l'arrière du luminaire Li-Fi
A l’arrière du luminaire Li-Fi

Mais les ambitions de Lucibel ne s’arrêtent pas aux entreprises. La société normande prévoit plusieurs phases dans son développement. « A partir de 2018, nous aurons une deuxième version du luminaire et de la clé USB avec un effort sur la miniaturisation des produits. A la clé, une production qui devrait passer de quelques milliers à plusieurs dizaines ou centaines de milliers d’unités », explique Edouard Lebrun, directeur de l’innovation. Et d’ajouter que l’objectif est également de faire baisser les coûts de la solution pour aboutir à une parité tarifaire avec le couple LED-WiFi.

Smartphones et Internet des objets en ligne de mire

En 2019 et 2020, le Li-Fi devrait pointer le bout de son nez au sein des smartphones. « Des constructeurs de puce comme Broadcom y pensent », assure Edouard Lebrun, en précisant être en discussion avec plusieurs constructeurs. On se souvient que des traces de Li-Fi ont été détectées au sein d’iOS 9. Lucibel entend donc être présent sur ce marché.

Enfin dernier point et non des moindres, le Li-Fi veut partir à la conquête du nouvel Eldorado : l’IoT. Pour Frédéric Granotier, il ne fait aucun doute que « le Li-Fi va devenir un support pour l’Internet des objets. Les réseaux LoRa, Sigfox sont en bas débit, le WiFi est saturé et la 5G sera en phase de déploiement ». Avec un marché estimé à plusieurs milliards, on comprend que l’appétit de Lucibel soit aiguisé.

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