Manny Rivelo (F5 Networks) : «Nous allons mettre l’accent sur l’orchestration»

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Le numéro 1 du contrôle des applications réseau va concentrer ses développements sur les outils d’orchestration, de visualisation et son offre Cloud. Le point avec son nouveau CEO Manny Rivelo.

Créée en 1996, F5 Networks a développé son activité sur des solutions réseau de répartition de charge (load balancing). Historiquement proposé sous forme logicielle, l’entreprise de Seattle a intégré ses technologies dans des appliances conçues par ses soins, ce qui a assuré son développement. Au fil des ans, F5 a étoffé sa plate-forme phare BiG-IP de fonctions de contrôle d’accès et de sécurité applicative pour embrasser le marché de l’ADC (Application Delivery Controler) avec un succès tel que la compagnie a éjecté Cisco du secteur en 2012 et est considérée comme l’acteur dominant avec 50% des parts du secteur devant Citrix, Radware ou A10 Networks. Ces dernières années, F5 a pris le virage de la virtualisation du réseau à travers le développement de la plate-forme Synthesis, puis, plus récemment, de l’offre de services Cloud avec Silverline. Après une première offre anti DDoS fin 2014, Silverline s’est étoffé d’une solution WAF (Web Application Firewall) annoncée à l’occasion de la conférence F5 Agility à Edinbourg le 19 mai dernier.

C’est à cette occasion que nous avons rencontré Manny Rivelo. Le vice président exécutif responsable de la stratégie prendra les rennes de l’entreprise le 1er juillet prochain en tant que CEO. Une progression fulgurante pour cet ancien responsable systèmes pendant 20 ans chez Cisco arrivé en 2011 chez F5. Il succède à John McAdam qui, en 15 ans, a permis à l’entreprise de multiplier son chiffre d’affaires par plus de 17 avec 1,7 milliard de dollars en 2014.

Silicon.fr – Vous affichez un profil plus technique que celui de votre prédécesseur. Que peut-on attendre de votre arrivée à la tête de F5 en juillet prochain ? Allez-vous changer la stratégie de l’entreprise ?

Manny Rivelo – Laissez-moi préciser les choses. Je suis arrivé chez F5 en 2011 pour aider John McAdam (le CEO, NDLR) autour de la sécurité parce que le secteur de l’ADC (application delivery controler) dispose toujours d’une grande empreinte dans ce domaine. J’ai ensuite été amené à gérer le développement produits entreprise et le marketing où, avec le reste des équipes exécutives, nous avons passé la dernière année et demi à définir la stratégie à suivre pour F5. La stratégie que nous allons désormais mener a donc été définie avec la direction actuelle.

Et quelle est cette stratégie ?

Elle transparaît avec Synthesis (élaborée sous la responsabilité de M. Rivelo, NDLR) et le concept de services consolidés sur plate-forme. Mais aussi avec les premiers éléments du service cloud Silverline, anti DDoS lancé à l’automne dernier et Web Application Firewall aujourd’hui. Nous allons certes toujours continuer à nous concentrer sur les produits cœurs à travers les services de proxy Big-IP mais stratégiquement nous allons mettre l’accent sur l’orchestration et la gestion de ces environnements. Auparavant, un client gérait entre 20 et 40 ADC. Aujourd’hui, ça se compte par centaines ou milliers, que les ADC soient logiciels ou matériels. Il y a donc un besoin en nouveaux outils d’orchestration pour répondre au besoin d’agilité et de baisse du coût de possession des entreprises et nous allons concentrer nos développements sur ces futurs outils.

Comment F5 aborde les enjeux du Big Data et de l’Internet des objets ?

Essentiellement par le biais de l’analytique. Les ADC disposent d’une grande empreinte sur le trafic des utilisateurs et des applications, ce qui génère beaucoup de données que nous avons la possibilité d’exploiter dans des learning machines afin d’obtenir une vision de l’utilisation des applications. Nous disposons aujourd’hui d’un produit dédié, AVR (Application Visibility Recording), mais il tourne sur chaque appareil et rien n’est centralisé. Si vous avez 50 proxys, chacun dispose d’un modèle de visualisation qui lui est propre. Ce qui n’est pas très pertinent à exploiter. Il faut donc intégrer ces données pour avoir une vision d’ensemble centralisée de l’état des applications, pouvoir signaler un dysfonctionnement applicatif et montrer l’origine du problème (problème réseau, de sécurité, de l’application elle-même…). Notre vision stratégique est simple : fournir les proxys et les applications, les enrichir de services autour de la sécurité et la disponibilité, et simplifier leur gestion, notamment en apportant des outils de visualisation de l’ensemble de l’environnement applicatif des clients.

Le marché de l’ADC reste donc votre principale activité ?

Oui. Historiquement, notre offre ADC est basée sur la répartition de charge (load balancing) auquel nous avons ajouté des services sur les couches 4 à 7 du réseau : Firewall, SSL, authentification en font partie. Des applications plus ou moins indépendantes des ADC qui constituent un marché croissant dans une perspective de consolidation des services à travers une plateforme unique. Mais nous utilisons toujours le modèle de l’ADC comme une partie de la plateforme, c’est juste la façon de le vendre qui est différente. Nous la commercialisons aujourd’hui sous forme d’un modèle de souscription à travers Silverline. C’est sur ce marché que nous voulons croître mais c’est tout neuf pour F5.

Justement, comment est accueillie la première offre de Silverline, l’anti-DDoS lancé il y a six mois ?

L’accueil est excellent. Nous avons des clients dans tous les secteurs verticaux et de toutes les tailles mais je ne peux pas citer de noms aujourd’hui. Les clients arrivent de deux manières : soit ils disposent déjà de leur propre solution sur site et veulent se développer dans le Cloud, ils s’intéressent donc à notre offre; soit ils ont démarré dans le Cloud et se savent attaqués. Dans ce cas, la situation nous est favorable car la maison est en feu. Et dans une telle situation, vous n’hésitez pas à payer pour éteindre l’incendie. Ces deux types de situations feront progresser nos affaires. Mais, je le répète, nous n’en sommes qu’au tout début de l’offre qui devrait se matérialiser fermement dans notre activité.

Alors que l’avancé du Cloud pousse à la virtualisation des ADC, il y a-t-il encore un avenir pour les solutions hardware dédiées ?

Pour les environnements sur site, où il est tout à fait possible d’opter pour une version software de nos solutions, nous recommandons le modèle hardware le plus souvent. Car nos solutions dédiées peuvent manipuler des Go de données sans affecter le CPU, ce qui est plus efficace pour la réalisation des activités. Mais si la vente hardware constitue toujours une large part de notre activité, elle ne représente plus qu’une faible partie des développements des ingénieurs, à peine 10%, qui se concentrent sur la partie logicielle.

Comment va évoluer votre stratégie de partenariats ? Juniper Networks fait-il parti de vos priorités ?

Nous allons continuer à développer les partenariats. Si nous pensons avoir fait un bon travail sur la partie réseau avec Cisco, VMware, HP, Alcatel-Lucent, Arista, etc., nous allons continuer à nous renforcer dans la sécurité. Nous pensons qu’il y a beaucoup d’opportunités car la sécurité repose sur un écosystème. Nous allons également étoffer nos partenariats dans le domaine de l’orchestration car il est important d’intégrer nos solutions dans les différentes offres du marché et s’assurer que nos technologies sont simples à délivrer. Enfin, si nous avons un partenariat avec Amazon, il y a énormément de fournisseurs de Cloud sur le marché. C’est donc un secteur sur lequel nous allons travailler. Et nous continuons à discuter avec Juniper comme avec tout le monde.

Envisagez-vous de poursuivre vos acquisitions pour étoffer vos offres technologiques ?

Nous regardons tout le temps les opportunités. Nous avons tendance à nous concentrer sur les petites acquisitions, celles dont nous pouvons porter la technologie à notre plateforme plutôt que de la commercialiser individuellement mais nous n’y sommes pas non plus opposés.


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