Nokia, Ericsson et Huawei : la 5G en ordre dispersé à Barcelone

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Si les technologies se rejoignent dans l’ensemble, les équipementiers adoptent des stratégies différentes pour séduire les opérateurs dans le futur marché de la 5G qui se construit aujourd’hui.

Alors que ses premiers services commerciaux ne sont pas attendus avant 2020, 2018 au mieux dans le cadre de tests grandeurs nature, la 5G est aujourd’hui au centre des développements des équipementiers. Les annonces faites dans le cadre du Mobile World Congress (MWC) de Barcelone, qui ouvre ses portes aujourd’hui jusqu’au 25 février, en témoignent. Et pour cause, les technologies qui seront utilisées dans trois ans se préparent aujourd’hui même si les standards sont toujours en cours de définition.

Nokia AirScale, taillé pour le futur

A Barcelone, Nokia démontrera les capacités de AirScale, « une nouvelle génération de station de base pour la prochaine décennie », résume Alain Ferrasse-Palé, directeur général du bureau français de l’équipementier. Une façon, pour Nokia, d’inviter les opérateurs à investir aujourd’hui dans un équipement taillé pour l’avenir et de commencer à y migrer leur infrastructure LTE.

Côté connectivité, AirScale propose une nouvelle gamme de tête radio 2G, 3G, 4G et « 5G Ready ». La solution est en effet aujourd’hui capable d’opérer les ondes millimétriques dans une largeur de bande comprise entre 30 et 100 GHz dans laquelle devrait être réservée les futures fréquences dédiées à la prochaine génération de réseau mobile. Une capacité qui permettra dans tous les cas de délivrer plus de 30 Gbit/s de bande passante ou, alternativement, supporter jusqu’à 1 million de connexions simultanées. Notamment en agrégeant les multiples porteuses d’opérateurs, y compris le Wifi que AirScale peut fournir comme point d’accès, avec de nouvelles générations de technologies radio comme le MIMO 8×8 (multiplexage spatial), le Beamforming (optimisation du signal ciblant le récepteur) ou encore « de nouvelles structures d’interface radio avec des trames qui s’adaptent aux services », souligne Yann Begassat, directeur technique chez Nokia.

Côté capacité, AirScale s’appuie sur AirFrame, un serveur lame qui ajoute à l’IT des serveurs x86 les exigences de classe opérateur. AirFrame Data Center a d’ailleurs rejoint l’Open Compute Project (OCP) en novembre dernier, le projet visant à optimiser les infrastructures des datacenter. « L’aspect baseband (station radio, NDLR) va dans le Cloud, nous explique Yann Begassat. avec la virtualisation, AirScale Cloud Virtual Server, les capacités sont calculées dans le Cloud et apportent une capacité illimitée au réseau. » Enfin, Nokia souligne que sa nouvelle solution d’accès radio (RAN) dans le Cloud consomme 60% d’énergie en moins que ses plates-formes d’accès actuelles.

Prototypes 5G fonctionnels chez Ericsson

Le Cloud RAN et la 5G sont également au centre des nombreuses démonstrations qu’Ericsson fera dans le hall 2 du Mobile World. Contrairement à son concurrent, l’équipementier suédois s’en tient pour l’heure à des prototypes radio 5G et non un lancement commercial. Prototypes qui s’appuient logiquement sur les mêmes technologies sans fil avancées type Massive MIMO et beamforming.

Ericsson y ajoute le beam tracking qui permet de sélectionner automatiquement les meilleurs signaux disponibles pour un utilisateur en déplacement afin, toujours, d’optimiser la liaison radio. Pas plus grand qu’une valise, le prototype radio 5G supporte 64 flux radio (à partir de 128 éléments d’antenne) pour atteinde les 25 Gbit/s. Verizon figure parmi les premiers opérateurs à tester le prototype avec des essais menés depuis novembre 2015. L’opérateur américain a installé des équipements 5G d’Ericsson en extérieur pour délivrer des services de streaming vidéo en haute définition à des terminaux résidentiels. Au-delà des États-Unis, les tests de terrain, dont le banc d’essai 5G entre aujourd’hui dans sa phase deux, se poursuivront cette année au Japon, en Corée et Suède avec une vingtaine d’opérateurs.

Côté Cloud RAN, Ericsson suit également la piste de la virtualisation de la gestion des accès radio. L’équipementier fera la démonstration à Barcelone d’une gestion des capacités du réseau sur ses serveurs COTS (Commercial Off The Shelf), autrement dit du matériel banalisé x86, situés en Suède. Agrémentée de la nouvelle achitecture Elastic RAN, également présentée à Barcelone, la solution d’accès radio en mode Cloud permet un nombre quasi-illimité d’interconnexions des bandes de base permettant ainsi de piloter la distribution des ressources de manière centralisée.

De la 4,5G concrète chez Huawei

De son côté, Huawei ne parle pas de prototypes mais de 4.5G. « La 4.5G tirera parti du potentiel des nouveaux terminaux, des services, et de l’expérience au cours des cinq prochaines années pour soutenir les très hauts débits, les connexions massives et réduire les temps de latence, a déclaré Ryan Ding, directeur exécutif responsable produits et solutions. Nous jetons une base solide pour la commercialisation de la 5G […]. Le révolutionnaire réseau 4.5G permettra aux opérateurs de protéger leurs investissements grâce à la réaffectation des infrastructures et de leurs ressources […]. » Si le contenant marketing se distingue de la concurrence, le contenu s’en rapproche néanmoins avec GigaRadio, une solution de station de base d’un volume de 12 litres qui permet aux opérateurs de construire des réseaux à 1 Gbit/s de bande passante. Un cran derrière les performances annoncées de Nokia et Ericsson mais une solution qui s’approche peut-être des besoins plus concrets des utilisateurs. Huawei annonce le déploiement de GigaRadio sur une 60 de réseaux 4.5G commerciaux pour 2016.

Si les nouvelles technologies radio tendent à se rejoindre, la stratégie des différents acteurs pour les faire adopter diffère. Mais entre les promesses du futurs, les tests et les applications commerciales, une chose est sûre, la course à la 5G est bel et bien lancée du côté des équipementiers. Elle n’attend plus que les standards pour prendre son élan.


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