Objenious, le bras armé de Bouygues Telecom dans l’Internet des objets

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Stéphane Allaire, PDG d'Objenious (Bouygues Telecom)
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Filiale de Bouygues Telecom, Objenious entend renforcer la présence de l’opérateur sur le marché naissant de l’Internet des objets.

Alors que Bouygues Telecom s’est inscrit comme le premier opérateur en France, voir au monde, à déployer un réseau dédié aux objets connectés sur la technologie Lora, l’entreprise entend aujourd’hui tirer parti de cette infrastructure avec une structure commerciale. C’est tout l’objet d’Objenious, sa filiale dédiée à l’Internet des objets (IoT) nouvellement créée.

« Bouygues Telecom croit beaucoup à l’IoT, explique Stéphane Allaire (photo ci-dessus), PDG d’Objenious et précédemment directeur des services, contenus et design au sein de l’opérateur. Il reste beaucoup de choses à inventer dont un modèle économique. Nous avons monté cette petite équipe pour aller vite et rester agile afin de répondre au plus près des besoins des clients. » Composée d’une vingtaine de personnes – « nous n’avons pas vocation à grossir beaucoup » –, Objenious va s’occuper des opportunités de marché que permet le réseau IoT déployé et exploité par Bouygues Telecom.

A ce jour, l’infrastructure Lora de Bouygues Telecom couvre une quinzaine d’agglomérations en France. En juin prochain, elle devrait s’étendre à la moitié de la population, puis, pour la fin 2016, assurer une couverture proche de l’intégralité du territoire avec 4000 antennes déployées sur les points hauts de l’opérateur. Le réseau pourrait continuer à grossir selon les besoins propres à certaines zones. Mais il n’a pas vocation à être aussi étoffé que les quelque 15 000 antennes 2G, 3G et 4G nécessaires aux services mobiles. « On ira certainement un peu plus loin que 4000 antennes », suggère Stéphane Allaire.

Apporter l’ensemble de la chaîne de valeur

Tout dépendra néanmoins probablement du sort de Bouygues Telecom, dont Objenious dépend à 100%, dans le cadre de son rachat par Orange. Pour sa part, Stéphane Allaire assure que la filiale a été créée en novembre 2015, avant l’annonce ou même les premières rumeurs de rapprochement avec l’opérateur historique, et qu’il n’a qu’un objectif aujourd’hui : renforcer la position de Bouygues Telecom sur le marché de l’IoT.

Pour y parvenir, le dirigeant, qui s’appuie sur Sagemcom pour la partie radio et cœur de réseau, travaille à la fois avec les industriels des objets connectés et autres capteurs (Eolane, nke Watteco, Finsécure… au total plus de 600 entreprises), propose une plate-forme de traitement des données en mode Cloud (basé sur l’offre HPE IoT Platform sécurisée par la solution de chiffrement KMS de Bull/Atos pour tous types de données), et entend « apporter de l’intelligence métier » en s’associant avec d’autres start-up sur l’offre de services. Bref, apporter l’ensemble de la chaîne de valeur au client. C’est aujourd’hui le cas avec Energisme, spécialisée dans la gestion de l’énergie des bâtiments, et Abeeway, qui s’attache à connecter tous types d’objets professionnels, outils du quotidien comme parc de matériel. Les filiales de Bouygues Colas et Bouygues Immobilier font, sans surprise, parti des clients d’Objenious (même s’il n’y a aucune exclusivité technologique sur le choix du réseau IoT).

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Autre client d’Objenious : Ecotextile. Spécialisée dans le recyclage de vêtements donnés par les particuliers, cette société équipe ses bacs de collecte de capteurs afin d’être informé de leur taux de remplissage et organiser les tournées de ramassage en conséquence. Opérations à leurs tour optimisées par les solutions de gestion des tournées développées par Innovation 24 (une filiale du groupe Bouygues). Un premier déploiement a été opéré sur la ville d’Issy-les-Moulineaux, dans les Hauts-de-Seine. Autre client, la start-up française Wistiki qui proposera une gamme de trackeurs connectés sous Lora pour localiser les objets du quotidien (clés, portefeuilles, bagages, animaux…). Parmi les usages, soulignons également le déploiement du réseau Lora dans l’Eure et Loire sous l’impulsion de la Chambre d’Agriculture et du Conseil départemental afin de connecter des capteurs dédiés aux besoins des agriculteurs (mesure des taux d’humidité, de remplissage des cuves, de maladies des sols…). A titre expérimental, JCDecaux a également utilisé des capteurs Lora, en partenariat avec la start-up Connected Cycle, pour localiser les vélos en libre service déployés sur le parvis de l’Hôtel de Ville de Paris à l’occasion de la COP21.

Un marché de masse pour faire un standard

Stéphane Allaire revendique une dizaines de clients et 80 demandes aujourd’hui, dont un gros fournisseur de gaz (pour la mesure du taux de remplissage des bouteilles) dont il taira le nom. Si Objenious génère aujourd’hui du chiffre d’affaires, l’entreprise ne gagne pas encore d’argent. « Nous sommes encore en phase d’investissement, de ‘proof of value’, pour montrer au client la valeur ajoutée de l’IoT, justifie le responsable qui restera discret sur les objectifs de rentabilité tout en restant convaincu du potentiel de l’IoT. J’ai le sentiment qu’en 2016, il va se passer beaucoup de choses. L’IoT est une vraie révolution. On en est à la genèse. »

Une révolution qui doit néanmoins passer par une industrialisation des capteurs afin de baisser le coût des objets et impulser l’adoption du modèle par le marché. « Il faut un marché de masse aujourd’hui pour faire [de Lora] un standard demain », résume Stéphane Allaire. Objenious (et l’écosystème Lora dans son ensemble) va notamment être indirectement aidé par Tata Communications dans cette industrialisation. L’opérateur d’infrastructure déploie son propre réseau Lora en Inde (dans les six principales mégapoles du pays) et entend commercialiser un trackeur personnel lanceur d’alertes pour lutter contre le viol des femmes en Inde. « Un vrai problème là-bas », nous confiait précédemment Alexandre Pelletier, directeur de l’innovation chez Tata Communications France. L’opérateur indien va ainsi lancer la production de millions de capteurs, ce qui devrait faire baisser les coûts à moins de 10 euros le système complet.

Quant au modèle économique d’Objenious, il s’appuie sur une offre de connectivité de l’objet (de 1 euro par mois à 1 euro par an selon le volume) et de services avec l’application métier sur lesquels il est difficile d’avoir des chiffres tant les tarifs dépendent des besoins propres aux clients, justifie le PDG. Objenious devra également s’attaquer à la problématique du roaming afin d’offrir un même service à l’international. « Des accords d’itinérances sont en cours, assure Stéphane Allaire, ils arriveront avant la fin de l’année. » Neuf opérateurs dans le monde déploient aujourd’hui des réseaux IoT Lora. Et 56 sont en phase de tests. De son côté, le concurrent Sigfox revendique aujourd’hui couvrir une douzaine de pays et opérer 7 millions d’objets. Une sacrée avance qu’il lui faudra maintenir pour rester crédible. 2016 promet assurément d’être une année clé pour l’IoT.


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