ODF face à OpenXML : l’Elysée se saisit du dossier

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ODF comme seul format bureautique dans l’administration ? Défendue par la DSI de l’Etat, cette position suscite l’ire de Microsoft et de l’Afdel. L’Elysée met son nez dans ce dossier masquant les luttes d’influence entre le premier éditeur mondial et l’Open Source au sein de l’administration.

Selon nos informations, L’Elysée s’est saisi du dossier RGI (Référentiel général d’interopérabilité) et a entendu les arguments de Jacques Marzin, le DSI de l’Etat, invité à s’exprimer sur ce sujet. Rappelons que c’est son service, la Disic (Direction interministérielle des systèmes d’information et de communication) qui est à l’origine de la seconde version de cet obscur document, qui référence les formats informatiques que l’administration doit privilégier pour des questions d’interopérabilité entre services. Or, pour la bureautique, ce RGI seconde mouture fait l’impasse sur OpenXML, le format de Microsoft Office précisément créé par le premier éditeur mondial pour répondre aux attentes d’interopérabilité. Ce format est une norme ISO depuis mars 2008, même si les conditions de cette normalisation ont soulevé à l’époque de vives polémiques. Particulièrement en France.

Ouverte à commentaires dès le printemps, la préversion du RGI, conçue par la Disic, doit déboucher sur une version 2 définitive à la rentrée, selon le calendrier de la DSI de l’Etat. Et cette dernière entend bien en faire un document clef dans les choix technologiques des administrations. « Ce texte a vocation à s’imposer à l’ensemble du secteur public, sans toutefois être associé à des contraintes financières. Une fois le RGI publié, les administrations auront 6 mois pour produire un état des lieux et donner leur trajectoire par rapport au texte », déclarait dans nos colonnes en avril dernier Luc Pierre-Dit-Mery, qui pilote les chantiers urbanisation et interopérabilité du SI de l’Etat au sein de la Disic. Autrement dit, tous les services sont priés de converger vers les formats recommandés.

Commentaire cinglant de Microsoft

Confronté à l’absence de son OpenXML parmi les formats bureautiques (alors que l’ODF d’OpenOffice est bien là), Microsoft s’est fendu d’un long commentaire envoyé à la Disic. Le premier éditeur mondial y explique notamment que l’exclusion d’OpenXML est « en contradiction avec la recommandation de la Commission Européenne exigeant explicitement la neutralité technologique » et souligne la domination de ses formats dans les usages. « Office Open XML est largement plus répandu qu’ODF, dans des proportions comprises entre 2 fois et 10 fois, dans les domaines en ‘.fr’ et en ‘.com’, c’est-à-dire au sein des entreprises et des environnements des citoyens », écrit la société américaine. Et de railler : « Il ne semble donc guère cohérent que, pour certains formats, le RGI recommande explicitement la multiplicité des normes et des standards alors que, pour Open XML et ODF, un choix d’exclusivité, que rien ne vient justifier, soit potentiellement effectué. » Signalons tout de même que, dans la préversion du futur RGI, figurent également les formats TXT, PDF et PDF/A, aux côtés d’ODF.

En parallèle, l’Afdel, l’Association française des éditeurs de logiciels qu’a co-fondée Microsoft en 2005, s’est engagé dans une opération de lobbying auprès des pouvoirs publics. C’est notamment elle qui a interpellé l’Elysée sur le sujet, expliquant que, derrière ce sujet en apparence très technique, se cachaient de réels enjeux politiques. Dans un communiqué publié voici quelques semaines, l’Association dénonçait la démarche de la Disic, visant, selon elle, « purement et simplement à exclure un format pourtant interopérable et utilisé au quotidien par de nombreuses administrations, collectivités territoriales et citoyens » au profit de son concurrent « également ISO mais peu employé par le marché ». Dans nos colonnes, Loïc Rivière, le délégué général de l’Afdel, soulignait que le sujet des formats bureautiques a été « tranché en 2009, à l’issue d’une guerre ouverte entre les partisans d’un format unique et ceux qui défendaient des formats interopérables et ouverts ».

Une référence à la bataille homérique qui s’est cristallisé autour du RGI version 1, porté à l’époque par la DGME (Feu la Direction générale de la modernisation de l’Etat). Longtemps placé en standby alors qu’il ne référençait que le seul ODF comme format bureautique, le RGI v1 est ressorti des placards une fois OpenXML normalisé par l’ISO. Avec, cette fois, les deux formats côte à côte. Pile poil ce que demandait Microsoft. A l’époque déjà, la presse avait évoqué l’intervention de l’exécutif dans ce dossier en apparence très technique, en l’occurrence celle d’un conseiller TIC du président de la République Nicolas Sarkozy.

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