Open World Forum : l’Open Source pèse 4 milliards d’euros en France

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S’il n’est plus le modèle préféré des créateurs de start-up, l’Open Source est devenu une vraie puissance économique. Comme en témoignent les intervenants du 7ème Open World Forum, qui vient d’ouvrir ses portes à Paris.

Mise à jour le 31 à 10 heures
Et de 7 pour l’Open World Forum (OWF), la manifestation parisienne réunissant les acteurs de l’Open Source. Organisée par le pôle de compétitivité Systematic, au sein duquel a été créé un groupe thématique logiciel libre réunissant 120 membres, la manifestation explore les impacts économiques et sociétaux de l’Open Source et de ses prolongements (Open Data, Open Hardware, Open Government…). Avec un mot d’ordre qui a une large résonnance dans le monde post-Snowden : ‘Take back control

« C’est avant tout de nos vies numériques dont nous avons besoin de reprendre le contrôle », explique Marc Sallières, un des vice-présidents de l’évènement et fondateur de la société Altic. Mais le slogan résonne aussi dans les entreprises. « Ce thème nous inspire beaucoup, parce que l’Open Source constitue une façon de reprendre le contrôle de la dépense IT, mais surtout de retrouver une forme de liberté, alors que notre relation avec les grands fournisseurs est en train de devenir une relation de dépendance », explique Hubert Tournier, DSI adjoint des Mousquetaires et également vice-président de l’OWF. Et de dénoncer la « politique de la terre brûlée » menée par les grands éditeurs. Autre motif d’inquiétude des entreprises : le contrôle de la donnée, sur lequel lorgnent les grands acteurs américains du Web. « Il y a là un enjeu de souveraineté et un risque de désintermédiation susceptible de remettre en cause la position d’une entreprise sur son marché », ajoute Hubert Tournier.

Les géants du Web pour creuset

S’il y a du logiciel libre partout (61 % des serveurs Web par exemple), le modèle n’est toutefois plus le vecteur dominant de création de start-up. La vague des entrepreneurs français de la fin des années 90 et du début des années 2000 qui, dans le sillage d’un MySQL, ont fondé des éditeurs Open Source (Nuxeo, Talend) ou des sociétés de services spécialisées (Linagora, Alter Way) est retombée. « Les start-up aujourd’hui se tournent plus volontiers vers le Cloud », reconnaît Patrice Bertrand, président du Conseil national du logiciel libre (CNLL), organisation représentant cet écosystème de sociétés spécialisées (au nombre de 330 en France), et ex-directeur général de la SSII Open Source Smile (800 personnes environ).

De facto, les dernières innovations majeures du monde Open Source (Hadoop, OpenStack, les bases de données NoSQL…) sont plutôt issues des géants du Web américains, qui les confient volontiers à des fondations. « Dans les années 80 et 90, les éditeurs propriétaires voyaient le logiciel comme une source de revenus et s’opposaient à la naissance de standards. Aujourd’hui, les géants du Web voient le logiciel comme un coût », précise Patrice Bertrand (en photo ci-dessus). Ils ont donc tout intérêt à en mutualiser les développements.

Ironiquement, la start-up la plus en vue du monde Open Source aujourd’hui, Docker, a été fondée par des Français formés à l’Epitech… mais dans la Silicon Valley. Si le modèle est peut-être moins séduisant pour la création d’entreprise, il continue toutefois à inspirer certains créateurs de start-up. Ne serait-ce que parce, dans certains domaines comme les framework de développement, l’Open Source est aujourd’hui la norme. Stéfane Fermigier, le président du groupe thématique logiciel libre de Systematic Paris-Region, indique ainsi que 19 des 70 PME de ce groupe ont été créées depuis 2010 (mais seulement 6 depuis 2012). Parmi lesquelles quelques spécialistes du Big Data comme OpenDataSoft, Daitaku ou Data Publica.

1 euro sur 10 dépensés en logiciels et services

Antoine Petit, Inria
Antoine Petit, Inria

Au total, selon le CNLL, l’économie de l’Open Source en France représente un chiffre d’affaires annuel de 4 milliards d’euros. En croissance moyenne de 45 % par an au cours des 12 dernières années. Par rapport à la précédente étude du CNLL datant de l’année dernière, il s’agit d’un bond significatif d’environ 60 % : en octobre 2013, l’association évaluait le total à 2,5 milliards. L’Open Source se rapproche de la barre des 10 % du marché global du logiciel et services en France (9,8 % en 2014 selon nos calculs). Barre qu’il devrait dépasser dès 2015.

Si l’Open Source est un poids lourd économique dans l’Hexagone, il occupe également une place prépondérante dans la recherche. Comme le rappelle Antoine Petit, qui vient de succéder à Michel Cosnard à la tête de l’Inria. Cette année, l’institut a ainsi été primé pour Coq (projet de sécurité du code qui a reçu un prix de l’Association for Computing Machinery). « Mais y aura-t-il une entreprise française qui gagnera de l’argent avec Coq ? Ce serait quand même dommage que toute la création de valeur autour de ce projet se fasse aux Etats-Unis », déplore Antoine Petit. Sur l’OWF, l’Inria présente également Poppy, son design de robot dont les spécifications, les plans et les logiciels sont librement accessibles et modifiables.

Roberto di Cosmo
Roberto di Cosmo, Irill

Signalons également que Coccinelle, l’outil aujourd’hui largement employé pour traquer les bogues dans le noyau Linux, a été conçu pour une bonne part par des chercheurs de l’Inria. La question de la qualité logicielle est d’ailleurs une problématique centrale de l’Open Source aujourd’hui, selon Roberto di Cosmo, directeur d’Irill (Initiative pour la recherche et l’innovation sur le logiciel libre) : « Il faut assurer la qualité avec des systèmes bâtis à partir de multiples composants, créés par des centaines de développeurs répartis sur le globe et dont les agendas et priorités ne sont pas alignés. » Les récentes failles Shellshock et Heartbleed ont largement montré le potentiel dévastateur que pouvait avoir une vulnérabilité logée dans un composant de base Open Source.

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