Oracle : vers une licence illimitée et perpétuelle pour les bases de données ?

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Installations à volonté, sans limite de durée contre une redevance annuelle. Oracle préparerait une nouvelle licence pour ses bases de données. Un changement de pied majeur pour un éditeur décrié pour ses audits agressifs et pour les méandres de son licensing.

Selon nos confrères de The Register, Oracle s’apprête à proposer une licence perpétuelle et illimitée pour sa base de données, le produit phare du second éditeur mondial. Baptisée PULA (pour Perpetual User License Agreement), cette licence serait différente des accords de type Unlimited License Agreement, qui permettent aux entreprises de piocher sans limite dans le catalogue Oracle mais pour une durée limitée (entre trois et quatre ans la plupart du temps).

Illimitée dans la durée, PULA serait basé sur le paiement d’une redevance annuelle – calculée par Oracle sur la base de l’usage estimé au sein de l’entreprise concernée – couvrant le déploiement illimité de bases de données et de leurs options, assurent nos confrères. Ces derniers ajoutent que les entreprises souscrivant à PULA devront toutefois s’engager à utiliser le produit Oracle plutôt que ceux de ses concurrents, même si l’illégalité d’une telle clause semble exclure sa rédaction dans un contrat. Oracle s’est refusé à tout commentaire sur l’existence de cette licence.

« Ce n’est pas une rumeur »

Une source de The Register affirme que la nouvelle licence devrait rejoindre la liste des prix officielle de l’éditeur d’ici un mois. Un autre contact de nos confrères assurant, de son côté, que la licence PULA est déjà proposée depuis environ 18 mois à de grands clients, en marge de la liste officielle des tarifs. Ce que confirme Craig Guarente, le Pdg de Palisade Compliance, société de conseil en licensing, à Infoworld. « Ce n’est pas une rumeur ; Oracle le propose bien à ses clients », dit-il.

Rappelant le modèle financier du Saas, cette licence constitue une façon pour l’éditeur américain de barrer la route à des concurrents agressifs, qui viennent concurrencer sa base de données avec des tarifs attractifs (Postgres notamment), des fonctionnalités nouvelles (les bases NoSQL comme MongoDB ou Cassandra) ou qui tentent d’écarter Oracle de leur base installée (SAP avec Hana).

PULA permettrait surtout aux clients d’éviter les coûts d’achat de licence, bref de passer dans un modèle de dépense courante plutôt que d’investissement à amortir. Surtout, la logique de PULA devrait enlever une épée de Damoclès au-dessus de la tête des DSI concernés : celle des audits d’Oracle. Depuis plusieurs années, l’éditeur a fait de LMS, son bras armé en matière d’audits de licences, un des moteurs de son activité. Des sociétés spécialisées dans le conseil en licensing avancent que, sur les bases de données notamment, LMS serait à l’origine d’un euro engrangé sur deux par l’éditeur au logo rouge.

Une réaction au ras-le-bol des clients ?

La régularité des audits pratiquée par l’éditeur (tous les trois ans environ selon le président du club utilisateurs francophone qui s’exprimait dans nos colonnes en mai dernier) ainsi que les interprétations jusqu’au-boutistes d’Oracle (par exemple sur la virtualisation) ont fini par braquer une bonne partie de la base installée. En France, au moins deux entreprises – l’Afpa et Carrefour – ont porté leur différend avec l’éditeur en justice, obtenant à chaque fois gain de cause. Selon The Register toujours, le gouvernement britannique travaille à réduire sa dépendance à l’éditeur, afin de limiter le budget consacré aux logiciels de l’entreprise américaine. D’après nos informations, des réflexions similaires sont également menées par l’administration française.

Le lancement de PULA constituerait donc un changement de pied significatif pour la société de Larry Ellison. Peut-être la reconnaissance des limites de la stratégie mise en œuvre jusqu’à aujourd’hui. Lors de ses derniers résultats trimestriels, Oracle a en effet déçu les marchés. En juin, la société publiait ainsi un chiffre d’affaires en recul de 5,4 %, en raison de la faiblesse de ses ventes de licences. Comme le notait Bloomberg en juin dernier, ces dernières s’affichent en recul depuis 7 trimestres.

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Crédit photo : drserg / Shutterstock

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