Orange-Bouygues : 3 questions sur un mariage raté

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Qui est responsable de l’échec du rachat de Bouygues Telecom par Orange ? Quelles conséquences sur les investissements réseau et les prix ? Quel avenir pour Bouygues Telecom ?

Qui est responsable de l’échec des discussions entre Orange et Bouygues sur la vente de Bouygues Telecom que les deux groupes ont confirmé vendredi soir à l’issu de conseils d’administration respectifs ? Dans ce dossier, complexe puisqu’il impliquait l’ensemble des opérateurs du marché et l’Etat en tant que principal actionnaire d’Orange (à hauteur de 23%), certains sont plus visés que d’autres.

Niel et Macron responsables ?

Dans son communiqué, le groupe Bouygues se contente d’évoquer l’échec d’un accord global portant sur l’intérêt des salariés de Bouygues Telecom, la valeur retenue de la filiale télécoms mais aussi le niveau de participation de Bouygues dans le capital d’Orange et la gouvernance associée et, surtout, le risque d’exécution. Mais Martin Bouygues impute principalement l’échec de l’opération à deux protagonistes du dossier, dans une interview au Figaro. Si le dirigeant ne nomme personne, les regards se tournent tous vers Xavier Niel, patron d’Iliad (Free), et Emmanuel Macron, ministre de l’Economie.

Le premier pour « sa façon très étonnante de revenir sur ses engagements et d’en demander toujours plus dans les derniers jours », indique à Silicon.fr une source proche du dossier qui souhaite conserver l’anonymat. Principal reproche : le refus d’Iliad de s’engager sans un accès à au moins 75% des points hauts du réseau mobile de Bouygues Telecom. Or, ces infrastructures ne sont plus la propriété de l’opérateur. Ce qui nécessite l’accord des propriétaires des sites en cas de changement d’exploitant. Un accord difficile à garantir du côté de Bouygues Telecom et qui aurait ainsi pu entrainer la sortie ultérieure d’Iliad du deal.

« Le risque qu’un protagoniste sorte de l’accord lors ou à l’issue de l’examen du dossier par l’Autorité de la concurrence aurait signé l’échec de l’opération et fragilisé fortement Bouygues Telecom sous l’angle commercial et financier », souligne notre source. Inacceptable pour Bouygues d’autant que le géant du BTP n’accorde aucune confiance à Iliad. « Le but ultime de Xavier Niel est de racheter Bouygues Telecom à la casse d’une façon ou d’une autre. ». Bouygues a donc préféré éviter de prendre le risque de laisser à Iliad l’opportunité de faire capoter un accord qui aurait « tué » son concurrent. Une hypothèse que n’évoque évidemment pas le groupe de Xavier Niel qui, dans son communiqué, se contente de rappeler son ambition de « poursuivre sa forte croissance en appuyant sa dynamique sur un patrimoine industriel et financier considérablement renforcé depuis 2015 ».

Quand bien même Xavier Niel aurait été plus conciliant, tous les obstacles étaient loin d’être levés. Particulièrement du côté de Bercy. « Emmanuel Macron aurait voulu faire capoter le deal qu’il ne s’y serait pas pris autrement », schématise notre source. Selon elle, l’Etat voulait faire surpayer à Bouygues la valeur d’Orange sans même lui accorder les droits de l’actionnaire minoritaire. A savoir imposer au géant du BTP de rester au même niveau de capital pendant 7 ans (probablement autour de 12%) et de renoncer aux droits de vote double pendant 10 ans. Tout aussi inacceptable pour Martin Bouygues qui souhaite inscrire durablement son groupe dans l’industrie des télécoms. Reste qu’en exigeant 10 milliards d’euros pour Bouygues Telecom, prix de fait fixé par en juin 2015 avec l’offre de Patrick Drahi, Martin Bouygues s’est peut-être montré trop gourmand.

Un retour au plan A pour Bouygues Telecom ?

Après ce quatrième refus et/ou échec en deux ans de se séparer de sa filiale, Bouygues entend donc poursuivre en solo sa croissance sur un marché des télécoms dont l’amorce d’une consolidation est repoussée à une date probablement lointaine. Autrement dit, retour au plan A initié après le séisme provoqué par l’arrivée de Free dans le mobile en 2012 qui a poussé à restructurer l’entreprise avec le départ de 2000 salariés, à simplifier les offres, et à revoir son modèle économique pour abaisser les coûts. Une stratégie qui a payé puisque Bouygues Telecom a amorcé son retour à la croissance en 2015. « Dans ce contexte, Bouygues confirme un objectif de marge d’Ebitda de Bouygues Telecom de 25% en 2017 et de 35% à plus long terme », sans préciser de date. Au risque d’augmenter les tarifs de ses offres ? « On n’en est pas encore là, répond la communication du groupe qui assure vouloir continuer à animer fortement le marché du fixe. » Il restera à voir si une offre fixe à moins de 20 euros reste compatible avec les lourds investissements nécessaire pour pousser la fibre jusque chez l’abonné.

Quels impact sur les investissements ?

Bouygues Telecom devra donc s’appuyer sur la puissance financière de sa maison mère, notamment pour poursuivre ses investissements dans la couverture, fixe et mobile, du territoire. Sans néanmoins d’afficher de feuille de route des futurs déploiements. Si, dans leurs communications, Orange et Iliad annoncent la poursuite de leurs investissements dans le réseau (SFR restant pour sa part aujourd’hui muet), l’échec du mariage Orange-Bouygues « n’est pas une bonne nouvelle pour le marché, analyse notre source. L’opération était une opportunité de mutualiser les infrastructures et accélérer les investissements. L’échec va les retarder. »

Voilà qui tombe mal en pleine exécution du plan France très haut débit (THD) du gouvernement qui vise à couvrir l’intégralité du territoire en accès fixes THD dont 80% en fibre d’ici 2022. D’autant que, parallèlement, ce plan s’accompagne de l’engagement des opérateurs à couvrir les dernières poches de population dépourvues d’accès mobiles en 2G avant la fin de l’année, en 3G (ou 4G) à la mi-2017.

Mais Sébastien Soriano reste optimiste. Le président de l’Arcep (Autorité de régulation des communications électroniques et des postes) est convaincu que « le marché est viable à quatre si les opérateurs freinent sur les guerres de promotions », a-t-il déclaré sur FranceInfo. « J’espère que l’on va avoir un peu plus de stabilité, que les opérateur vont se poser et se concentrer un peu plus sur leur métier qui est de faire de bons investissements et fournir de bons services », a-t-il poursuivi au micro d’Europe1. Autrement dit, la perspective d’un marché durable à quatre opérateurs refroidirait l’ardeur de certains acteurs de casser les prix pour tenter de tuer l’acteur le plus faible du marché, Bouygues Telecom aujourd’hui. A voir. En attendant, la Bourse sanctionnait fortement les opérateurs dans la matinée avec des baisses de valeur dépassant allègrement les 10%, sauf pour Orange, selon ITespresso.fr.


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