PAC : « Dell – EMC, avant tout un rachat opportuniste, dicté par la finance »

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Pour Andreas Zilch, du cabinet d’études PAC, le rapprochement entre Dell et EMC n’est pas dicté par des considérations stratégiques. Mais résulte davantage des taux d’intérêt bas qui poussent à des opérations financières opportunistes.

Deux jours après que Dell a annoncé vouloir casser sa tirelire pour s’offrir le groupe EMC (en mettant pas moins de 67 milliards de dollars sur la table), nous avons interrogé Andreas Zilch, du cabinet Pierre Audoin Consultants (PAC, qui fait aujourd’hui partie du groupe CXP), sur les possibles conséquences de ce rachat record dans l’IT. Notamment spécialisé dans les infrastructures de datacenters, ce bon connaisseur de l’industrie – qu’il suit depuis 30 ans – n’est pas convaincu par la logique industrielle de ce rapprochement. Et c’est le moins qu’on puisse dire…

Andreas Zilch
Andreas Zilch, spécialiste des infrastructures de datacenter pour Pierre Audoin Consultants (PAC)

Silicon.fr : Pensez-vous que Dell paye EMC trop cher ?

Andreas Zilch : Tout dépend de la façon dont l’investisseur considère son investissement. Si vous évaluez ce rachat selon des critères habituels (ratios prix/chiffre d’affaires, prix/profits et attentes futures), cela paraît assez cher. Mais cette opération est financée principalement par de l’endettement et les taux d’intérêt sont aujourd’hui voisins de zéro. De ce point de vue, il est possible que le retour sur investissement soit positif. Ces considérations montrent aussi qu’il s’agit avant tout d’une opération financière, et non d’un mouvement stratégique.

Cette dette sera-t-elle supportable sans revente d’actifs ?

A.Z. : Comme je l’ai dit, cette opération semble être purement financière. Aujourd’hui, l’argent cherche à s’investir un peu partout, même si les opérations qui en découlent ne sont pas très pertinentes d’un point de vue industriel. C’est pourquoi je pense que les ventes d’activité seront poussées par les investisseurs financiers et nous nous attendons à ce qu’ils vendent certaines des acquisitions qu’a effectuées EMC dans le logiciel ces dernières années.

Quel est, selon vous, l’objectif principal de Michael Dell avec ce rachat ?

A.Z. : Michael Dell est à coup sûr une des personnalités les plus talentueuses de l’industrie : il a réellement changé les marchés du PC et des serveurs. Là, il a l’occasion de créer la troisième plus grande entreprise de technologies au monde : c’est cela son objectif premier. Mais ses plans pour l’avenir sont totalement brumeux (‘cloudy’, jeu de mot dérivé de Cloud, nuage en anglais, NDLR). Tant Dell, qu’EMC sont des entreprises spécialisées dans le matériel et n’ont pas rencontré de succès pour l’instant dans le nouveau paradigme du Cloud. Pire, elles ne semblent tout simplement pas avoir de stratégie Cloud. VMware (société cotée dont l’actionnaire majoritaire est à ce jour EMC et qui est incluse dans le rachat, NDLR) était une entreprise fantastique au cours des 10 dernières années, mais elle subit de plus en plus la pression de Microsoft et plus encore des initiatives autour d’OpenStack.

Quelle serait la position d’un groupe Dell + EMC en Europe sur les marchés des serveurs, du PC et de la virtualisation ?

A.Z. : Tout dépend de la façon de compter. Mais le nouveau Dell + EMC pourrait être le leader sur le segment du hardware. Même si la position combinée de deux entreprises demeure peu claire. EMC a échoué à combiner ses propres forces avec celles de VMware et je ne m’attends pas à ce que cela marche mieux au sein du nouveau groupe. De plus en plus, les serveurs, le stockage et la virtualisation sont des marchés touchant les fournisseurs de Cloud et non plus directement les entreprises. Et je ne vois aucune stratégie de la part de Dell, EMC ou VMware s’attaquant à ce problème.

Après le rachat, VMware sera contrôlé par une entreprise qui fabrique des serveurs. Cela va-t-il engendrer des changements d’alliances dans l’industrie ?

A.Z. : Oui, les autres fournisseurs de hardware comme HP, Cisco ou NetApp vont être sous pression. Spécialement Cisco et NetApp, qui devront travailler plus étroitement ensemble pour concurrencer le nouveau groupe.

Quel peut-être le futur de VCE (co-entreprise VMware, Cisco et EMC qui propose des systèmes convergés, appelés vBlock) dans le nouveau groupe ?

A.Z. : VCE était une bonne idée, qui n’a pas rencontré le succès espéré jusqu’à présent. Nous ne nous attendons pas à que cette entité joue un grand rôle à l’avenir. Qui plus est, il faudrait qu’elle soit renommée en VDE (avec le D de Dell, Cisco n’étant déjà plus actionnaire de cette société, NDLR).

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Crédit photo : shutterstock

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