Le rachat d’EMC par Dell mis en péril par la crise financière ?

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67 milliards de dollars, dont 45 de dettes. Le montage financier imaginé par Dell pour absorber EMC résistera-t-il à la bourrasque financière actuelle ? De premières difficultés se font jour.

Le rachat d’EMC par Dell, pour la somme pharaonique de 67 milliards de dollars, va-t-il être compliqué par la crise financière actuelle, qui touche durement les banques ? En tout cas, le délai qui avait été défini pour l’accord entre l’industriel IT et un pool bancaire emmené par JPMorgan sur un prêt de 10 milliards de dollars – faisant partie du total de 45 milliards que le Texan va emprunter pour financer son acquisition – a été allongé de 10 jours, selon le New York Post. Pour Reuters, le Nouvel An chinois serait la principale raison de ce report, les banques asiatiques n’ayant pas pu approuver l’accord dans les temps.

Si ce type de report n’est pas exceptionnel, plusieurs analystes ne font pas mystère de leurs inquiétudes quant au montage financier imaginé par Dell pour s’offrir le géant du stockage. La crise financière a resserré le marché du crédit, rendant les emprunts que va contracter Dell plus difficiles à placer sur les marchés. « Suis-je inquiet ? Bien-sûr que je le suis », explique un banquier présenté comme proche de la transaction et interrogé par Thomson Reuters LPC. D’autant que, dans sa catégorie (dite au prorata), le prêt de 10 milliards que doit souscrire Dell arrive juste derrière le record en la matière, un emprunt de 13,9 milliards souscrit en juillet dernier par un fonds de pension canadien pour racheter Antares Capital.

Rachat de Parot : Atos a jeté l’éponge

Pour clore son acquisition, en plus de son prêt au prorata (à échéances de 3 et 5 ans), Dell devra encore souscrire un crédit de 8 milliards sur une durée de 7 ans auprès d’investisseurs institutionnels et placer pour 25 milliards d’obligations à haut rendement. Deux opérations qui doivent intervenir avant août prochain.

L’autre ombre sur le financement du rachat d’EMC provient de la baisse des valorisations des sociétés dans l’informatique, conséquence elle aussi de la crise financière actuelle. Un phénomène qui risque fort de réduire l’autre source d’argent frais imaginé par Dell : la vente d’actifs. Ainsi, selon le New York Post, Atos aurait jeté l’éponge pour le rachat de Perot, une SSII aujourd’hui dans le giron de Dell et que le Texan espère monnayer aux environs de 5 milliards de dollars.

Selon nos confrères, la société française aurait renoncé la semaine dernière à cette acquisition, suite à la baisse de son titre en bourse. Frôlant les 80 euros mi-décembre, l’action Atos se négocie aujourd’hui aux environs de 63 euros. Pour le New York Post, deux autres acheteurs, l’Indien TCS et le Japonais NTT Data, seraient encore sur les rangs. Début janvier, Atos était pourtant présenté comme le grand favori pour la reprise de Perot, les autres candidats étant alors jugés hors course.

4 Md$ en cas d’échec du rachat

Reste aussi à savoir si ces repreneurs potentiels seront prêts à débourser les 5 milliards attendus par Dell. Or, moins le constructeur parvient à réunir d’argent frais via la vente d’actifs (Perot, mais aussi Quest, SonicWall ou Boomi seraient à vendre) ou l’entrée en bourse de filiales (comme Secureworks), plus il doit souscrire de nouvelles dettes.

Dans la presse américaine, le groupe privé dirigé par son fondateur Michael Dell s’est voulu rassurant, affirmant que le processus de rachat d’EMC se déroulait comme prévu « selon le calendrier initial et les termes initiaux ». Si le constructeur texan ne parvenait pas à clore la transaction, il serait soumis à une indemnité de rupture de 4 milliards de dollars. La proposition de rachat soumise par Dell valorise chaque action EMC à 33,15 dollars (en incluant le traqueur VMware imaginé par le Texan dans le montage financier). Hier, le titre valait 24,16 dollars.

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