SAP S/4 Hana : l’attentisme domine, mais l’intérêt grandit

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La convention USF, le club des utilisateurs SAP francophones, a été marquée par les projets de migration vers S/4, la dernière génération d’ERP de l’Allemand. Même si aucune grande entreprise française n’a pour l’instant sauté le pas du déploiement en production.

Dans les couloirs de la convention USF, l’événement annuel du club des utilisateurs SAP francophones qui se tenait ces 12 et 13 octobre à Nancy, c’est un peu la chasse au dahu, l’animal imaginaire des régions montagneuses. Nombreux étaient en effet les participants – environ 1 050 personnes sur les deux journées de la convention – en quête des premières mises en production de S/4 Hana, la nouvelle génération d’ERP dévoilée en février 2015 par le premier éditeur européen. Une quête vouée à l’échec. « Désolé de vous décevoir, mais nous ne sommes pas encore en production sur S/4 Hana. Nous avons simplement entamé une réflexion sur le sujet », lance même Olivier Pellet, le responsable des systèmes SAP de Vinci Energies, en amont de son atelier consacré au prototype qu’a monté ce groupe réalisant plus de 10 milliards d’euros de chiffre d’affaires. Certes plus de 300 entreprises françaises possèdent aujourd’hui les licences pour déployer la solution. Mais restent dans l’expectative. Chez SAP France, on confirme qu’aucun client hexagonal existant n’est à ce jour entré en production sur la nouvelle génération d’ERP.

Pourtant, indéniablement, la solution intéresse. Sur la convention, tous les ateliers consacrés au sujet font salle comble. Ceux des premières entreprises utilisatrices à se lancer dans le chantier ou, au moins, à le planifier bien sûr. Mais aussi ceux de SAP consacrés à la roadmap de la solution. Il faut dire que cette dernière soulève encore bien des interrogations au sein de la base installée de l’éditeur ; en juillet dernier, dans une enquête menée par TNS Sofres auprès de 210 membres de l’USF, plus de 75 % des entreprises interrogées estimaient que leur niveau d’information sur les fonctionnalités couvertes par S/4 Hana est moyen ou mauvais. « Je ne sais pas si on est parvenu à bien présenter S/4 jusqu’à présent, reconnaît Marc Genevois, le directeur général de SAP France. Notre objectif n’est pas de proposer un nouvel ERP, mais d’amener une solution conjuguant amélioration des processus et ouverture vers la donnée. »

Simple Logistics : beaucoup reste à faire

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Dans les allées de la convention USF.

« Pour l’instant, les projets sur S/4 Hana se limitent à des feuilles de route et à des nouvelles installations », résument Stéphane Parisis et William Grosjean, directeurs associés de conseil BMB Services, un cabinet qui, en collaboration avec l’USF, vient de rédiger une note de perspectives sur S/4 Finance, le premier composant de S/4 Hana mis sur le marché par l’éditeur. BMB Services a ainsi accompagné JCDecaux sur une étude d’opportunité et travaille aussi avec Elior. Dans le cadre de sa réorganisation, ce dernier a opté pour l’installation d’une solution S/4 en partant de zéro sur une partie de son activité. « Pour l’instant, les entreprises restent dans l’expectative et attendent davantage de maturité de l’offre », disent les deux associés. « Même si on a réalisé de premiers prototypes, le marché est dominé par l’attentisme », abondent Jeroen Bent, Jésus Berecibar et Philippe Savoye, les dirigeants de HLVS (Pas à Pas, StepBIStep…) et de KPF, qui viennent d’annoncer leur fusion. Un rapprochement en partie motivé par les migrations vers S/4 qu’ils anticipent. « Le mouvement de fond est entamé ; entre 2018 et 2020, les projets vont déferler », ajoutent-ils.

En attendant, l’offre reste en particulier handicapée par le manque de maturité de Simple Logistics, le second composant clef de S/4 mis sur le marché en novembre 2015. Beaucoup d’espoirs sont placés dans la version dite 1610 de S/4 Hana, qui doit significativement améliorer ce point selon l’éditeur. Attendue pour le 31 octobre selon SAP France, celle-ci doit notamment supprimer les intégrations qui existaient auparavant entre ECC 6 – la génération précédente d’ERP SAP – et des modules tiers (comme le planning, la gestion des transports ou les entrepôts).

Consolidation financière pour Engie

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Thierry Langer

Face à ce panorama mouvant, pas étonnant que de grandes entreprises choisissent de temporiser… Les plus téméraires se contentant de préparer le terrain. C’est par exemple le cas d’Engie, un groupe de 150 000 personnes où cohabitent pas moins d’une centaine d’ERP. L’énergéticien s’intéresse à Simple Finance pour réaliser des consolidations financières à destination de son centre de services partagé. « L’enjeu consiste à disposer des moyens d’analyser les chiffres en central, sans avoir à déranger l’échelon local », résume Thierry Langer, le DSI de la filière finances d’Engie. « L’objectif est de développer un ERP enregistrant tous les flux financiers des progiciels locaux », résume Caroline Couesnon, directrice associée d’Advese, un cabinet de conseil aujourd’hui dans le giron du groupe Mazars qui accompagne Engie dans ce projet pilote. Lancé en juin dernier, le prototype concerne pour l’heure les deux principaux systèmes du groupe, soit 11 % du chiffre d’affaires. Le projet vise à valider une des promesses de SAP : la capacité d’employer Simple Finance pour faire de la transcodification, y compris à partir d’ERP anciens. « Nous avons connu des périodes compliquées en particulier avec des connecteurs pour les vieux systèmes SAP », détaille Thierry Langer, qui dit avoir eu parfois l’impression que l’éditeur avançait sur le sujet en même temps que ses équipes. « Cela dit, la promesse est in fine tenue, en particulier sur Fiori », le nom de la nouvelle interface dont hérite S/4 Hana.

Fives : vive les écrans Fiori

Si SAP met souvent en avant la simplification technique qu’amène sa dernière génération d’ERP (avec la disparition des agrégats et index), les entreprises utilisatrices semblent, elles, davantage séduites par ce changement d’interface. C’est par exemple le cas de Fives, un industriel du Nord de la France (1,7 milliard de chiffre d’affaires). « Quand on s’est posé la question de quelle génération d’ERP choisir entre ECC 6 et S/4 pour construire notre core model visant à remplacer nos systèmes en fin de vie, les utilisateurs ont vite tranché pour la seconde solution en raison des écrans Fiori », explique Florent Prime, le responsable des processus financiers de la société. « Même si on a rencontré quelques syndromes de Stockholm », ironise-t-il pour parler des utilisateurs qui ont la nostalgie des anciens écrans SAP. Ces derniers ne disparaissent d’ailleurs pas totalement de S/4, même si Fiori gagne beaucoup de terrain à la faveur du passage à cette génération. « La coexistence des applications Fiori et des écrans ECC 6, dans WebI, n’est pas si mauvaise », juge Florent Prime.

Fives, dont le prototype doit être finalisé pour la fin de l’année, prévoit une première mise en production dans une filiale en juillet 2017. L’objectif de l’industriel est de déployer tous les modules de S/4 par vagues d’ici trois à cinq ans. « La démarche de Fives consistant à s’appuyer sur des prototypes à répétition est importante quand on travaille avec des versions de logiciels pas tout à fait finalisées et stables », juge Caroline Couesnon, d’Advese.

JCDecaux : S/4 pour moderniser les processus

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Carmen Marnet

Si JCDecaux ne ressent pas la même urgence que Fives à migrer vers la dernière génération de solutions de l’éditeur allemand, le groupe spécialisé dans le mobilier urbain (3,2 milliards de chiffre d’affaires) s’intéresse tout de même au sujet en vue de la modernisation de ses systèmes existant, datant du début des années 2000 et toilettés en 2010. Basée sur un prototype mené d’avril à juillet 2016 avec un S/4 déployé dans le Cloud d’Amazon, son étude d’opportunité conclut que la migration directe vers S/4 est préférable à une démarche plus itérative, passant par une étape intermédiaire (ECC 6 sur Hana). « Des migrations successives ont tendance à nous cantonner à des opérations purement techniques », dit la DSI, Carmen Marnet. Or, JCDecaux veut que ce projet soit aussi l’occasion d’une évolution et d’une simplification de ses processus métier. « On ne sait pas encore ce que S/4 va couvrir, ni quand », tempère la DSI, qui sur son planning a coché 2019 pour le projet de migration de l’ERP en France, projet qui a reçu l’aval de la direction du groupe. « Mais si les promesses de la version 1610 sont tenues, nous n’excluons pas d’avancer le projet d’un an », ajoute Carmen Marnet.

Vinci : dépasser les limites d’ECC 6

Chez Vinci Energies, contrairement aux trois exemples précédents, l’intérêt pour S/4 ne découle pas d’un constat de vieillissement de l’existant. Le groupe, très décentralisé (il compte pas moins de 1 600 entreprises), est déjà lancé dans un projet de modernisation de ses environnements SAP, basé sur ECC 6 et sur la base de données In-Memory. La migration vers ce nouvel environnement, à la couverture fonctionnelle large, a eu lieu en juillet dernier. « Mais nous avons identifié des limites technologiques avec ECC 6. On pense qu’on peut aller plus loin avec S/4, avec une page d’accueil plus collaborative, davantage d’applications Fiori ou du reporting temps réel », dit Olivier Pellet, le responsable des systèmes SAP de Vinci Energies.

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Olivier Pellet

Reste à savoir si cette mise à niveau est compatible avec les projets de déploiement déjà lancés par le groupe. Et à convaincre le comité de direction de l’utilité de ce nouvel upgrade. D’où le lancement d’un prototype visant à étudier une migration vers S/4, « à isofonctionnalités quand c’est possible », pour juillet 2017. Le responsable voit dans l’arrivée de S/4 un point de départ pour améliorer l’expérience utilisateur, proposer de l’analytique à tous les profils de l’entreprise ou encore développer de nouveaux scénarios pour les métiers. Mais la migration ne se fait pas sans mal et sera coûteuse, prévient Vinci Energies. « Aujourd’hui, notre prototype répond bien, mais sa mise en place a été consommatrice de temps, avec notamment beaucoup de corrections de bugs, explique Olivier Pellet. Et le coût de l’opération sera significatif. » La migration vers S/4 – S signifiant Simple dans le marketing de SAP – n’est réellement triviale que sur les plaquettes du premier éditeur européen.

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