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Tribune : Où va le Très Haut Débit ?

france internet haut débit (crédit photo © Kheng Guan Toh  - shutterstock)
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Le gouvernement a initié l’engagement de 20 milliards d’euros pour le Très Haut Débit. De quoi redonner des couleurs au secteur, qui s’interroge cependant sur son devenir… Un avenir qui passera par le RIP, le Réseau d’Initiative Publique.

Il en est du Très Haut Débit comme de la fièvre de l’or… Il enrichit les marchands de pelle – ici les équipementiers -, mais pas ceux qui creusent… En dehors des gros, qui de toutes les façons ont déjà creusé leurs galeries ou déjà abandonné en choisissant un autre camp !

Parler Très Haut Débit aujourd’hui, ce pourrait être d’abord évoquer le désert numérique français. Que vient confirmer le rapport « Les territoires numériques de la France de demain », commandé par la ministre de l’égalité des Territoires et du Logement, Cécile Duflot, et réalisé par Claudy Lebreton, Président du Conseil général des Côtes d’Armor et Président de l’Assemblée des départements de France.

Que nous dit ce rapport ? Qu’Internet et les nouvelles technologies constituent une véritable révolution. Que l’ensemble de la société se trouve bouleversé par les technologies numériques et que les nouvelles technologies sont devenues un outil incontournable. Que pourtant, les individus et les territoires ne sont pas égaux face au numérique. Que les inégalités en matière d’usage risquent d’aggraver les inégalités sociales et culturelles déjà présentes dans notre société. Que c’est précisément dans les territoires où se concentrent toutes ces inégalités – territoires prioritaires de la politique de la ville, zones hyper-rurales, villes petites et moyennes frappées par la désindustrialisation – qu’il convient d’agir en priorité. Et que là, plus qu’ailleurs, les technologies de l’information et de la communication ont un rôle fondamental à jouer. Le maintien et le développement des entreprises au sein des territoires seront conditionnés, même pour certaines activités traditionnelles, par l’adoption d’outils numériques.

Un rapport – encore un ! – qui, au final, enfonce une porte ouverte, et ne manquera probablement pas de tomber dans l’oubli, lui aussi. Il aura en tout cas échoué à émouvoir les acteurs du Très Haut Débit, présents sur le salon Odébit 2013 qui s’est tenu fin septembre, et que nous avons pu rencontrer à cette occasion.

20 milliards €… c’est tout !

La principale actualité du Très Haut Débit, ce sont les 20 milliards d’euros que le gouvernement a mobilisé. Le financement se répartit ainsi : un tiers par l’argent privé des opérateurs pour les parties rentables en zone dites denses, un tiers en zone moins dense co-financé par les opérateurs à partir des infrastructures déployées par les collectivités, et un tiers financé par l’état et les collectivités locales. Pour être exact, le gouvernement s’est engagé à verser 3 milliards d’euros, les grands opérateurs la même somme, le reste étant à la charge des communautés, des entreprises privées, ou faisant l’objet de financements via la Caisse des dépôts.

20 milliards d’euros, de l’avis de tous les experts que nous avons rencontrés, c’est finalement bien peu !

D’autant que le plan est à trois niveaux (zones) de territoires. Le premier, les grandes agglomérations, est libre. C’est à dire qu’il est le territoire des grands opérateurs. En particulier de l’un d’entre eux, Orange, qui est plus qu’avancé et pourrait bien distribuer les cartes selon sa bonne volonté, en l’absence de véritable concurrence. Ses concurrents, SFR et Bouygues – nous n’évoquerons pas Free qui est certainement encore loin de ces préoccupations – ont de toute évidence lâché prise, au profit des certes ‘très lourds’ investissements dans la 4G.

Cette répartition totalement déséquilibrée laisse planer de nombreuses interrogations, en particulier chez les petits opérateurs, régionaux, alternatifs, très spécialisés, qui ont pris le risque de miser sur la proximité, mais qui craignent aujourd’hui que la présence d’un opérateur unique sur les incontournables nœuds urbains ne puisse leur permettre de faire jouer le jeu de la concurrence ! Certains d’entre eux n’ont pas hésité à crier leur inquiétude au cours du salon.

La nouvelle vague des RIP

Les deux niveaux suivants sont soit désertés (par les grands opérateurs) soit désertiques. En fait, ils concernent la majorité du territoire – mais pas des utilisateurs en majorité concentrés dans les grandes villes -, et quasi tous les élus. Alors les communautés – régions, départements, communautés de communes, communes – cherchent à prendre la main. Et c’est là que les 20 milliards avancés par l’Etat prennent toute leur dimension. Avec une forme de partenariat qui s’impose, le RIP (Réseau d’Initiative Publique).

Le territoire en compte 150 actifs sur 350 engagés. Ils ont engrangé 5 milliards euros d’investissements en 10 ans. Une étude de la FIRIP (Fédération des Industriels de RIP), en partenariat avec le Comptoir des Signaux, révèle que 80% des communautés sont prêtes à s’engager, ce qui démontre que le besoin est réel et n’est pas ignoré, à défaut d’être compris dans ses aspects technologiques. Et 45% d’entre elles affichent la volonté d’agir en maîtrise d’ouvrage.

La cible principale est évidemment économique : il s’agit de séduire les entreprises. Un tiers des communautés prévoient d’intervenir dans les zones conventionnées, c’est à dire de garantir par leurs investissements la présence du Très Haut Débit. Même si cela coûte cher ! Les collectivités prévoient en majorité de contribuer en moyenne à hauteur de 20 à 50% au financement des projets RIP. Et même 10 % se préparent à les financer à 100% !

Même si tout le monde est conscient de ses faiblesses, même s’il ne prend pas suffisamment en compte les RIP, le plan gouvernemental bénéficie d’un accueil plutôt positif. Ce qui pourrait tendre à accélérer le déploiement des projets. A condition de modifier le cadre réglementaire pour l’accès aux lignes FTTH.

Jean-Christophe Nguyen van Sang, délégué général de la FIRIP, conclut : « L’industrie autour des RIP en 2012 a représenté 1 milliard d’euros, avec 114 entreprises françaises, non délocalisables. Notre intérêt est de travailler sur une plateforme de syndication. Et pour nous développer, nous devons nous unir intelligemment. Demain, les réseaux RIP seront déposés par deux organisations, Orange et les collectivités… »

Crédit photo © Kheng Guan Toh – shutterstock


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