TV sur mobile: la bataille est ouverte

Régulations

Déjà exploité en Asie, ce service va bientôt débarquer en Europe. Mais de nombreuses questions restent en suspens

La téléphonie mobile européenne se prépare à une nouvelle révolution. Car les combinés vont bientôt pouvoir recevoir des programmes de télévision. Le vieux rêve futuriste prend forme: on pourra regarder la TV sur son téléphone n’importe où, n’importe quand. Ce service constitue un enjeu plus que majeur pour les industriels et les éditeurs qu’ils soient issus du monde de la téléphonie ou de la télévision. Il devrait permettre de générer de colossaux revenus, la télévision étant, à tort ou à raison, le loisir numéro un des consommateurs.

Il faut d’abord rappeler que la TV sur mobile ne dépend pas de la capacité des réseaux. Inutile d’avoir accès au GPRS ou à l’UMTS pour supporter ce nouveau service. La diffusion se fait tout simplement par les voies hertziennes, comme la bonne vieille TV du salon. Elle ne charge donc pas les réseaux des opérateurs. Pourquoi alors ce service ne débarque-t-il que maintenant? Il aura fallu attendre que les écrans des combinés soient dotés d’abord de la couleur puis d’une résolution suffisante pour supporter la diffusion de programmes TV. Ce premier pas a été franchi depuis plus d’un an en Asie où la TV sur mobile est effectivement exploitée. Avec des combinés dépassant une résolution de 3 megapixels (le dernier Samsung promet même 5 megapixels!), les opérateurs japonais et coréens donnent accès au service. Vodafone propose ainsi des mobiles de Nec, Sharp et Toshiba spécialement conçus pour la réception de programmes en hertzien. Malgré l’intégration du module hertzien, ces mobiles ne pèsent que 120 grammes. Et le succès est au rendez-vous. Même s’il faut se garder d’établir des comparaisons entre l’Asie et l’Europe, les industriels de Vieux Continent n’entendent pas rater le coche. Le géant finlandais Nokia est ainsi un des premiers à se positionner. Le groupe a ainsi présenté le 7710 (voir photo), un nouveau modèle doté d’un écran géant (pour un mobile) qui sert de test pour proposer des émissions de TV. « Nous avons déjà réalisé une expérience dans ce domaine en Allemagne avec Vodafone, Philips et Universal. Et nous conduisons une étude avec la société de télédiffusion Crown Castle aux Etats-Unis. Cela devrait devenir un marché de masse en 2006 », espère Richard Sharp, un responsable de Nokia. En France, beaucoup d’initiatives se mettent en place. Des études sont menées et les acteurs du secteur tentent d’homogénéiser leurs projets. La plupart des grands opérateurs, notamment Orange, des éditeurs de contenus et des équipementiers ont aujourd’hui des projets bien avancés en la matière. Des projets encore tenus secrets. Lors du dernier Midem, Paul Johnson, directeur de la division Télévision de Reed Midem, souhaitait « contribuer à l’essor du divertissement sur mobile en favorisant les échanges et les accords entre professionnels de la télévision et ceux de l’industrie mobile. Certains de nos clients traditionnels tels que News Corp, Warner Bros., Disney, Cartoon Network, Nickelodeon, MTV, RTL Group, ProSieben ont déjà pris part dans l’industrie mobile et nous souhaitons vivement que d’autres acteurs essentiels de la télévision investissent ce nouveau marché ». Cette rencontre entre les industries de la télévision et du mobile devrait encore s’accentuer lors du MIPTV/ MILIA 2005, qui aura lieu du 11 au 15 avril 2005 au Palais des Festivals de Cannes. L’industrie mobile devrait être placée carrément au c?ur du programme des conférences. Le dossier est également soutenu par le gouvernement. Le ministre délégué à l’Industrie, Patrick Devedjian, a ainsi annoncé l’ouverture d’un forum dédié à la TV sur téléphone mobile « réunissant les industriels souhaitant promouvoir la télévision mobile ». Ce forum sera ouvert aux « producteurs et éditeurs de programmes, distributeurs, opérateurs de téléphonie, fabricants de terminaux ». Patrick Devedjian souhaite par ailleurs que le multiplexe R5 de la TNT (télévision numérique terrestre) puisse être utilisé pour la Tv sur mobile. « Aucune articulation ne sera possible si nous ne préservons pas un espace suffisant au sein du numérique terrestre. Les réponses des industriels, comme celles de TF1, France Télévisions, M6 ou Canal+ mais aussi celles des opérateurs mobile, convergent vers le souhait que ce multiplexe soit affecté à la télévision mobile ». Avec cette déclaration, le ministre souligne les difficultés qu’auront tous ces acteurs hétérogènes à se mettre d’accord. Il faudra en outre s’entendre sur le standard de diffusion. Plusieurs normes se concurrencent. Le DVB-H, dérivé de la TNT, semble rassembler les suffrages. Avantage certain, le DVB-H optimise le signal de matière à limiter la consommation électrique des terminaux. L’autonomie des combinés est un problème de taille compte tenu de la gourmandise des nouveaux services vidéos. Mais excepté les tests de Nokia, cette norme est encore balbutiante en Europe. Autre difficulté, les droits et la régulation. Comment sera organisée la vente des droits des programmes sportifs, contenus ô combien stratégiques pour ce service? Pour le moment, une certaine anarchie semble régner, notamment autour du football. Et qui aura en charge le contrôle: l’ART, le régulateur des télécoms ou le CSA, le conseil supérieur de l’audiovisuel? Enfin, il faudra se mettre d’accord sur le mode de facturation: au forfait, à la minute? L’équation économique sera difficile à mettre en place afin que diffuseurs, opérateurs, et fournisseurs de contenus y trouvent leurs comptes.


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