USF : « SAP a franchi la ligne jaune sur les audits de licences »

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Lors de sa convention annuelle, le club des utilisateurs SAP francophones adopte un ton offensif vis-à-vis de SAP, accusé de pratiques d’audits agressives.

Pour ses 25 ans, l’USF, le Club des utilisateurs francophones de SAP, a choisi l’offensive vis-à-vis de l’éditeur. A l’occasion de son discours d’ouverture de la convention annuelle de cette association (7 et 8 octobre à Lyon) regroupant plus de 3 000 adhérents, Claude Molly-Mitton, le président de l’USF, a martelé : « Nous considérons aujourd’hui que l’éditeur a dépassé la ligne jaune tant sur le sujet des audits que sur celui des accès indirects. Avec cette épée de Damoclès suspendue au dessus de leur tête, de plus en plus de clients hésitent à investir dans les technologies SAP. Et je prédis que si, sur ces deux sujets, SAP ne change pas de pratiques, certains clients vont quitter l’éditeur prochainement, notamment à cause de la problématique des objets connectés. » Le discours du président de l’USF a été accueilli par les applaudissements nourris d’une assistance nombreuse (l’association affirme que 1 500 personnes se sont inscrites à cette édition 2015 de sa convention annuelle).

Certes, les tensions entre les utilisateurs et SAP sur le sujet des licences ne sont pas réellement nouvelles. Les accès indirects – autrement dit la sollicitation des systèmes de gestion par d’autres logiciels – constituent un sujet de discorde récurrent entre SAP et ses utilisateurs. Mais l’arrivée des objets connectés, notamment, ne fait que cristalliser les tensions. « Ce sujet des accès indirects pose la question de la propriété des données stockées dans les systèmes SAP », explique Patrick Geai, vice-président de l’USF.

« Un appel au secours par semaine »

C’est d’ailleurs ce dernier qui pilotera le groupe de travail sur les audits de licences SAP, que l’USF ouvrira début 2016 conjointement avec le Cigref. « En ce moment, nous recevons quasiment un appel par semaine de la part d’un utilisateur SAP soumis à un audit de l’éditeur. Et, presque à chaque fois, il s’agit d’un appel au secours », note Claude Molly-Mitton, qui souligne toutefois que le club entretient par ailleurs de bonnes relations avec l’éditeur sur d’autres sujets (notamment au travers du programme qui permet aux utilisateurs d’influencer la roadmap des produits).

Pour un utilisateur croisé après le coup de semonce de Claude Molly-Mitton, les audits sont surtout problématiques pour les entreprises de taille moyenne, les très grands comptes de l’éditeur ayant, selon lui, les moyens de contrecarrer les offensives des services de ‘compliance’ (chargés de vérifier la conformité des déploiements aux contrats) de SAP.

En 2014, une enquête de satisfaction menée par l’USF auprès de ses membres mettait en évidence le ressentiment de cette dernière à l’égard de la politique commerciale de SAP. 55 % des entreprises interrogées avaient un avis négatif de la politique commerciale et tarifaire de l’éditeur (contre 15 % qui en ont un avis positif). Et seuls 10 % des clients de SAP en France jugeaient les règles commerciales suffisamment transparentes.

S/4 Hana discuté

La grogne de la base installée du premier éditeur européen constitue une pierre dans le jardin du nouveau directeur général de SAP France, Marc Genevois. Dans nos colonnes, celui-ci assurait récemment que la part des revenus de la filiale provenant des audits était bien inférieure à celle de ses concurrents sur le marché.

Les critiques sur les pratiques d’audit de SAP se font plus vives alors que l’éditeur tente de convaincre sa base installée de l’intérêt de sa nouvelle génération de progiciels, S/4 Hana, dont la première déclinaison est le système financier Simple Finance. L’USF a d’ailleurs créé un groupe de travail sur cette nouvelle génération de logiciels, même si le club souligne le peu d’enthousiasme de ses membres pour le sujet. « Passer à S/4 Hana signifie mener un nouveau projet. Donc c’est aussi l’occasion de se réinterroger sur les choix effectués dans le passé, comme celui du tout SAP », glisse un utilisateur. Pour le premier éditeur européen, cela sonne comme un avertissement à l’heure où des pure-player du Cloud, comme Netsuite ou Workday, se déploient en Europe.

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