Zayo poussé aux grands travaux pour conserver son datacenter en ville

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Confronté à une plainte d’un collectif de riverains de son datacenter du Sentier, Zayo va devoir engager environ un million d’euros de travaux pour réduire les nuisances sonores provoquées par ses systèmes de refroidissement.

Confronté à une plainte d’un collectif de riverains, l’opérateur américain Zayo va être contraint d’investir lourdement, environ un million d’euros, dans la modernisation des installations de refroidissement de son datacenter situé rue Poissonnière, dans le 2ème arrondissement de Paris. Un quartier très dense où le bruit généré par les systèmes de refroidissement, installés sur le toit de l’immeuble, s’est attiré les foudres des riverains : une centaine d’habitants du quartier ont signé une pétition contre les nuisances provoquées par Zayo et une trentaine ont déposé plainte.

Selon le porte-parole du collectif de riverains qui s’est créé à cette occasion, les nuisances ont démarré avec Neo Telecoms, que Zayo a racheté en 2014. « Cette société a fait de gros travaux d’aménagement pour porter la surface du datacenter à 1250 mètres caréés », explique-t-il. Selon lui, c’est cet agrandissement du datacenter, autrefois possession de Reuters, qui explique la recrudescence des nuisances sonores. « Pour refroidir les installations informatiques, les turbines tournent à plein », ajoute-t-il. Selon lui, Zayo a bien tenté de mener des travaux d’aménagement sur les installations de refroidissement du toit, pour quelque 20 000 euros. Sans succès.

17 db, c’est trop

« Après ces travaux, les mesures effectuées par la préfecture de police, à l’automne 2015, montraient au contraire que le bruit généré par ces groupes de production de froid avait doublé par rapport à l’automne 2014 ! », explique le riverain. Le différentiel sonore mesuré fin 2015 atteint 17 décibels. Là où la législation prévoit que l’exploitant doit limiter les nuisances sonores à 3 décibels en limite de propriété la nuit (5 db le jour). Joint par téléphone, Florian du Boys, le directeur général de Zayo France, ne cherche d’ailleurs pas à nier la réalité des nuisances sonores que subissent les riverains.

Un constat qui fait planer la menace d’un retrait de l’autorisation préfectorale d’exploitation de Zayo. Entendu une première fois au tribunal en février, Zayo a obtenu un premier sursis. Hier, le 7 avril, au cours d’une seconde audience, le juge a une nouvelle fois décidé de reporter sa décision au 19 mai. « Zayo est venu avec un projet très conséquent, qui prend acte des positions que nous défendions depuis le début, reprend le porte-parole des riverains. A savoir que maintenir le système de refroidissement sur le toit ne permettrait pas d’aplanir le problème. » Mais, pour les riverains, si ce projet de travaux va dans le bon sens, reste encore à le concrétiser. « Zayo n’a produit ni récépissé de dépôt de déclaration de travaux à la mairie, ni preuve du paiement d’un acompte auprès des fournisseurs alors qu’il affirme commander pour environ 800 000 euros de matériel », dit-il. D’où, selon lui, la décision de la justice de reporter sa décision au 19 mai, afin de constater la réalité du démarrage des travaux.

Zayo va recycler la chaleur des serveurs

zayo paris
Le site de la rue Poissonnière est un ‘petit’ datacenter, à même d’héberger jusqu’à 230 baies selon Zayo.

De son côté, Florian du Boys se veut rassurant et affirme que les travaux seront finalisés pour l’été. Sur le papier, le projet est amlbitieux. Le nouveau système de refroidissement, des blocs froids adiabatiques (autrement dit sans échange thermique avec le milieu extérieur), serait installé dans une cour intérieure de l’immeuble où est situé le datacenter. Selon Zayo, les nouveaux groupes de production de froid seront bien moins bruyants que leurs prédécesseurs. Et seront par ailleurs entourés de murs anti-bruit. « Nous avons mené une réflexion globale, assure le directeur général de la filiale française. Notre datacenter est situé dans un immeuble de bureau, qui produit de la chaleur environ 6 mois par an pour ses quelque 8 000 mètres carrés de surface. La chaleur générée par notre datacenter va donc être recyclée gratuitement dans le circuit de chauffage afin de réduire les charges des occupants. » Selon le dirigeant, le budget total de ce projet est un peu supérieur à ce que l’entreprise avait planifié au départ. Mais, selon lui, malgré ces contraintes, Zayo n’a pas envisagé de déménager hors de Paris : « Nos clients sont des entreprises du quartier qui cherchent de la proximité. Pas du tout la clientèle des grands datacenters situés en banlieue parisienne. »

Comme le reconnaît Florian du Boys, la mise en œuvre de ces travaux nécessite de recueillir des autorisations de la ville, du bailleur et des autres locataires de l’immeuble. « Nous en avons déjà recueilli une partie. Nous devons encore produire quelques éléments complémentaires pour obtenir l’autorisation définitive de la ville de Paris », assure le dirigeant. Qui affirme que Zayo a par ailleurs déjà passé commande des blocs froids auprès des fournisseurs.

L’affaire qui frappe l’opérateur américain rappelle les déboires d’Interxion, avec son datacenter Par7 ouvert à La Courneuve (Seine Saint-Denis) en 2012. Une installation qui s’est heurtée à la plainte d’un collectif de riverains, agacés des nuisances sonores du site. Mi-octobre, le tribunal administratif de Montreuil avait annulé l’autorisation préfectorale d’exploitation du site accordée le 13 décembre 2013, mettant en cause la qualité de l’étude d’impact réalisée par Interxion. Quelques jours plus tard, le 29 octobre, l’hébergeur obtenait une autorisation temporaire d’exploitation de ses installations, assortie d’une obligation de régulariser son dossier (lire ci-dessous).

Mise à jour le 11/04 à 18h55

Suite à nos questions, Interxion précise que l’arrêté préfectoral que la société a obtenu le 29 octobre dernier « a confirmé la continuité d’exploitation du datacenter Par7 sous réserve du dépôt du dossier de régularisation de l’autorisation d’exploitation. Celui-ci fut déposé dans les délais autorisés le 2 mars dernier et est en cours d’instruction. L’autorisation temporaire dure jusqu’à obtention de la nouvelle autorisation. »

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