4G de Free : mais de quoi se mêle le gouvernement ?

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L’arrivée de Free dans la 4G reste en travers de la gorge des services de Bercy qui craignent une nouvelle guerre des prix et l’affaiblissement du secteur… Le gouvernement demande donc aux consommateurs de considérer avec circonspection l’offre de Free. Au risque de sortir de son rôle ?

Les opérateurs ne sont pas les seuls à s’inquiéter de l’offre 4G de Free à prix cassés (20 euros pour 20 Go de données). Le gouvernement aussi.

A peine Iliad avait-il publié son offre dans une relative discrétion, hier mardi 3 décembre, que Bercy montait au créneau. Benoît Hamon, en charge de la consommation, et Fleur Pellerin, au Numérique, invitaient par voie de communiqué les consommateurs à « consulter les cartes de couverture des opérateurs avant de faire leur choix ». Surtout en cette période de fin d’année où les Français sont « fortement sollicités pour renouveler leurs forfaits de téléphonie mobile ».

Une manière de rappeler, sans le citer, que le réseau de Free ne comporte « que » 700 antennes 4G sur le territoire quand les concurrents en alignent entre un millier (chez SFR) et plus de 5 000 (chez Bouygues Telecom). Et que, si le nouvel entrant annonce couvrir un millier de villes, il se garde de préciser lesquelles et le taux de population couverte. Faut-il rappeler que, à titre de comparaison, au 1er mai 2013, le réseau de SFR, lancé en novembre 2012, comptait 198 antennes actives et celui d’Orange, ouvert début avril 2013, en alignait 600 (selon les chiffres de l’ANFR) ?

Le gouvernement se prend pour l’UFC-Que choisir

Mais, aux yeux des ministres de Bercy, il s’agit « d’offrir aux consommateurs la possibilité d’effectuer un choix éclairé entre les différentes offres proposées sur le marché, en leur permettant de comparer les niveaux de couverture effective et les débits réellement disponibles ». Même si Free ne brille pas par sa transparence, est-ce bien le rôle du gouvernement de se transformer en conseiller clientèle au risque de voler la vedette à l’UFC-Que choisir ?

Il faut croire que oui. Les services de Bercy viennent de surenchérir. Dans un communiqué du 4 décembre, c’est Arnaud Montebourg, au Redressement productif qui, toujours soutenu par Fleur Pellerin, s’interroge « sur la qualité de l’offre pour le consommateur et ses conséquences économiques en France ».

Des doutes sur la qualité des services

Cette fois, Bercy y va s’en détour et pointe directement la filiale d’Iliad du doigt. « Après le lancement de l’offre de Free sur la téléphonie mobile de quatrième génération, le ministre du Redressement productif et la ministre déléguée en charge des télécommunications [qui semble au passage gagner de nouvelles fonctions, NDLR] appellent à veiller à la qualité du service qui sera effectivement fourni sur l’ensemble du territoire ».

Sous-entendu : Free ne s’est pas donné les moyens d’investir suffisamment dans son infrastructure 4G pour être en mesure d’offrir un service digne de ce nom. Une stratégie qui lui permet donc de casser les prix et de tirer le tapis sous les pieds de ses concurrents.

C’est préjuger de la qualité des services du nouvel opérateur sans même les avoir testés contrairement aux plus de 7 millions de clients mobiles 3G de Free qui ne semblent pas s’en plaindre outre mesure. Là encore, on peut se demander si le gouvernement ne sort pas de son rôle dans la mesure où il est rare d’entendre les services d’un Etat s’exprimer, dans un régime démocratique, sur la valeur d’usage de produits de telle ou telle entreprise, quel que soit le secteur concerné.

Une nouvelle guerre des prix

Mais plus que de qualité, c’est bien un risque de recul du chiffre d’affaires de l’industrie des télécoms en France que craint le gouvernement qui, n’oublions pas, reste actionnaire d’Orange à hauteur de plus de 27%. « A moyen terme, une nouvelle guerre des prix affaiblirait la capacité des opérateurs à maintenir des niveaux d’investissements importants dans les infrastructures de télécommunication », indique le communiqué. Autrement dit, la stratégie visant à favoriser le consommateur, notamment soutenue par la Commission européenne selon le principe de libre concurrence et de contrôle des coûts des communications sur les terminaisons d’appel, atteindrait ses limites.

Il n’en reste pas moins que l’intervention du gouvernement sonne comme un aveu d’impuissance de ses services à contenir un loup qu’il a, certes sous une autre présidence, contribué à introduire dans la bergerie. Et c’est faire bien peu confiance au discernement des consommateurs ou encore à la capacité des concurrents à s’adapter.

crédit photo © luckyraccoon – shutterstock


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