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5G : pourquoi l’ANSES n’entrevoit pas de séisme sanitaire

Est-il trop tôt pour juger des effets sanitaires de la 5G ? L’Anses n’est pas si directe, mais c’est tout le sens d’un rapport qu’elle vient de publier.

Dans les grandes lignes, l’agence conclut à l’inexistence de « risques nouveaux ». Moins par preuve scientifique que par manque de données. Les indicateurs dont on dispose pour la France se fondent essentiellement sur des simulations numériques, admet-elle. Et ils n’ont, de manière générale, pas fait l’objet d’une mise à l’épreuve sur le terrain, faute de déploiement significatif de la 5G.

Les données « de terrain » ne sont pas les seules à faire défaut, reconnaît l’Anses. La littérature scientifique n’est pas non plus abondante. En particulier sur les nouvelles bandes de fréquences que vient couvrir la 5G : celles des 3,5 GHz (3,4-3,8) et des 26 GHz (24,25-27,5).

La mise en œuvre de la 5G se fait aussi à 700 MHz et 2,1 GHz. Mais ces bandes posent moins de problèmes. Et pour cause : de précédentes générations de réseaux mobiles les exploitent. En conséquence, elles sont « largement couvertes par des expertises antérieures ». Sur cette base, l’Anses considère qu’il n’existe, en l’état, « pas de preuve d’effet sanitaire […] correspondant aux usages numériques courants ». Plus globalement, on aurait « des niveaux d’exposition dans l’environnement comparables avec les précédentes technologies de téléphonie mobile sur ces bandes ».

Un corpus scientifique lacunaire

Qu’en est-il à 3,5 GHz ? Il est, nous affirme-t-on, « peu probable » que de nouveaux risques se présentent. Même si « l’exposition aux champs magnétiques n’est aujourd’hui pas représentative de ce qu’elle sera dans le futur ». En ligne de mire, des usages comme l’IoT, le véhicule autonome et la réalité augmentée. « Ces applications peuvent mener à une augmentation de la taille des fichiers à transmettre, explique l’Anses. Et donc de l’exposition pour le grand public et la population professionnelle ».

Sur cette bande des 3,5 GHz, les données scientifiques se font rares. Les études que mentionne l’Anses se comptent sur les doigts d’une main. Leur objet :

  • La reproduction chez le rat
  • Les effets thermiques chez l’humain (via des antennes intégrées à des lunettes connectées)
  • Le développement du poisson-zèbre (étude in vivo)
  • Les effets sur des cellules humaines de la cornée et de la peau (in vitro)

Il ne semble, en outre, pas pertinent d’extrapoler les résultats disponibles pour d’autres bandes, même proches. Les effets biologiques, physiologiques ou sanitaires ne devraient cependant pas différer grandement. L’Anses en veut pour preuve quelques résultats issus du terrain, dans des pays où la 5G est opérationnelle depuis longtemps qu’en France. Elle laisse toutefois en suspens la question de l’intermittence des signaux des technologies sans fil…

Hautes fréquences : wait & see

Le manque de données est encore plus criant à 26 GHz. À tel point que l’Anses ne s’estime pas en capacité de se prononcer sur l’existence d’effets sanitaires. L’agence table notamment sur les mesures que l’ANFR doit réaliser au niveau des 14 sites expérimentaux qu’a autorisés l’Arcep. Les premiers résultats doivent tomber d’ici à 2022.

L’ANFR a déjà engagé des démarches, mais sur les fréquences basses et moyennes. En particulier au travers de capteurs installés à Bordeaux, Marseille, Nantes et Paris. Leur rôle : mesurer, une dizaine de fois par jour, le niveau de champ électrique entre 80 MHz et 6 GHz.

Ces démarches se sont assorties de relevés lors des déploiements pilotes, dans les mêmes villes ainsi qu’à Douai, Lille, Lyon, Marseille, Pau, Rouen, Saint-Ouen et Toulouse. Avec, pour l’occasion, quelques estimations en milieux dits confinés (hall industriel, tramway).
Sur l’exposition aux sources lointaines (stations de base), les niveaux constatés restent largement inférieurs au seuil limite réglementaire de 61 V/m (volts par mètre). Ils se trouvent dans la fourchette de 6 à 9 V/m dans le « pire cas ». C’est-à-dire celui où toute la puissance disponible serait concentrée en un seul faisceau le plus étroit possible.

Le seuil des 61 V/m provient d’une recommandation européenne de 1999, elle-même basée sur les lignes directrices de l’Icnirp (Commission internationale de protection contre les rayonnements non ionisants). Certains pays de l’UE ont opté pour des limites plus basses. C’est le cas de la Belgique, de la Bulgarie, de la Croatie, de la Grèce, de l’Italie, de la Lituanie, du Luxembourg, de la Pologne et de la Slovénie.

5G : une sociologie « pas comme les autres » ?

Dans l’Union européenne, l’un des derniers rapports sanitaires spécifiques à la 5G provient des Pays-Bas. Sur place, l’homologue de l’Anses a attiré l’attention sur des effets « possibles ». Essentiellement sur le sommeil, la grossesse, la neurodégénération et la composition du sang.

Au niveau de la Commission européenne, on déclarait, fin 2018 : « Les preuves scientifiques actuelles n’ont pas permis d’associer l’exposition aux champs magnétiques (CEM) en dessous des limites recommandées […] avec des effets néfastes sur la santé ». L’OMS rendait une conclusion similaire début 2020 : « À ce jour, […] aucun effet néfaste sur la santé n’a été lié de manière causale à l’exposition aux technologies sans fil ».

Le premier quart du rapport de l’Anses remet en contexte cette « controverse sociotechnique pas comme les autres ». Il en illustre, en particulier, la relative fulgurance. « Sur l’année 2019, on ne compte en tout qu’une cinquantaine de tweets sur la question des enjeux sanitaires de la 5G », fait remarquer l’agence dans une note de bas de page.
C’est en 2019 qu’on avait vu apparaître les premières formes de mobilisation contre la 5G en France. L’acte « fondateur » fut un sitting à Nantes au mois de juin. À la baguette, le collectif 44 contre Linky et la 5G. Dans son collimateur, les expérimentations d’Orange et de SFR. À quelques jours d’intervalle, le mouvement avait essaimé à Albi, sous la houlette de l’association Exit 5G.

Le rapport de l’Anses appelle à d’autres réflexions. Par exemple sur « les conséquences délétères de l’usage des outils de l’information et de la communication ». Le voilà soumis, jusqu’au 1er juin 2021, à une consultation publique dont on trouvera ici les modalités.

Illustration principale © JeepersMedia / CC BY 2.0

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