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5G : Paris, étape capitale d’un déploiement chaotique en France

La 5G à Paris, c’est parti. Bouygues Telecom, Free Mobile, Orange et SFR ont tous officiellement ouvert leur réseau au public ce vendredi 19 mars.

À l’exception du dernier, qui affirme pouvoir couvrir 80 % de la population intra-muros dès l’allumage, les opérateurs ne s’attardent pas sur le maillage de leurs antennes. Ou tout du moins, ils l’évoquent en termes prospectifs. Ainsi Bouygues Telecom parle-t-il de « déploiement progressif ». Quand Free Mobile avance « près de 200 sites pour lesquels les autorisations sont attendues dans les prochaines semaines ».

Aucun d’entre eux ne rappelle, par ailleurs, que l’autorisation de commercialiser la 5G leur avait été donnée voilà quatre mois. S’il s’est écoulé autant de temps, c’est notamment parce qu’il a fallu négocier une nouvelle charte de téléphonie mobile avec la Ville de Paris.

Les travaux avaient démarré à l’automne 2020. Le département et ses trois voisins de la petite couronne (Hauts-de-Seine, Seine-Saint-Denis, Val-de-Marne) avaient organisé une conférence citoyenne sur les enjeux de la 5G. Il en avait émergé une vingtaine de recommandations, présentées en décembre au Conseil de Paris. L’exposition aux champs électromagnétiques est apparue comme le principal point de friction. Le débat a aussi touché, entre autres, à l’implantation des antennes-relais sur le patrimoine public et privé, ainsi que leur intégration dans l’environnement.

Débat public à Nantes…

En toile de fond à ce débat, une demande de moratoire effectuée en septembre, à l’approche des enchères pour l’attribution des fréquences. Une soixantaine d’élus, essentiellement écologistes et de gauche, en étaient à l’origine. Parmi eux, les maires EELV de Bordeaux (Pierre Hurmic), Lyon (Grégory Doucet), Marseille (Michèle Rubirola, qui a démissionné depuis lors) et Strasbourg (Jeanne Barseghian).

Johanna Rolland, maire PS de Nantes, n’était pas des signataires. Pour autant, sur place, aucun opérateur n’a encore ouvert les vannes de la 5G. La raison ? Un débat local dont la conclusion pourrait ne pas intervenir avant fin juin. La démarche en est actuellement dans sa phase « pratique ». Des ateliers-débats se tiennent ce mois-ci dans les communes de Nantes Métropole. Les administrés ont jusqu’au 27 mars pour déposer leurs contributions.

(cliquer sur l’image pour l’agrandir)

Dans l’absolu, les opérateurs pourraient passer en force. En matière de déploiement des réseaux mobiles, ce sont les ministères, l’Arcep et l’ANFR qui décident. Le Conseil d’État avait tranché ainsi en 2011.

Le Conseil d’État reconnaît une compétence exclusive aux autorités de l’État pour réglementer l’implantation des antennes-relais sur le territoire. Un maire ne saurait […] réglementer par arrêté l’implantation des antennes-relais sur le territoire de sa commune, sur le fondement de son pouvoir de police générale.

… et moratoire à Lille

Pas de 5G non plus à Lille. Le 9 octobre dernier, le conseil municipal a décidé d’un moratoire local. La Ville a sursis à toute autorisation d’implantation ou d’allumage d’antennes, au moins jusqu’à la publication – attendue ce mois-ci – d’un rapport de l’Anses sur le volet sanitaire.
Des communes limitrophes comme Lambersart, Loos et Mons-en-Barœul ont quant à elles ouvert la porte aux opérateurs. Idem pour d’autres villes de la région dont Béthune, Douai, Lens et Valenciennes.

À Strasbourg, seul Orange a lancé la 5G. C’était le 15 décembre 2020. L’opérateur historique n’a pas attendu la fin de la conférence citoyenne qui s’est tenue jusqu’à fin janvier sous l’impulsion de l’Eurométropole.

Du côté de Lyon, tous les opérateurs sont passés en phase commerciale. On aura noté qu’Orange admet une couverture non encore active dans les 4e, 5e et 9e arrondissements. Tous avaient voté, entre le 15 et le 17 septembre 2020, un vœu en faveur d’un moratoire (ici pour le 4e, pour le 5e et pour le 9e).

Des villes plus « ouvertes »

Nice, au contraire, s’est montrée très avenante. À tel point qu’elle fut la première à accueillir un réseau 5G commercial : celui de SFR. C’était le 20 novembre 2020. Une initiative que le maire LR Christian Estrosi avait saluée au nom du « désenclavement » ou encore des « économies d’énergie ». Orange et Bouygues Telecom ont rejoint la boucle depuis. Pas Free Mobile, d’après les données Ariase*.

À Bordeaux, où la « bande des quatre » s’est lancée, on est plutôt sur une stratégie de contrôle a posteriori. Fin 2020, la Ville s’est engagée à mettre en place un observatoire. Comme Marseille, Nantes et Paris, elle s’est équipée de capteurs destinés à mesurer l’évolution de l’exposition aux ondes. Une extension aux communes de la métropole se fait sur la base du volontariat.

À Toulouse, on a trace de vœux – non adoptés – de plusieurs groupes du Conseil de la Métropole en faveur d’un moratoire. En l’état, seul Orange est passé en phase commerciale.

La 5G est aussi disponible chez les quatre opérateurs à Marseille et à Montpellier. Deuxième et septième villes de France en population municipale (Insee).

* La dernière mise à jour de la carte 5G de Free Mobile remonte à la mi-janvier. L’opérateur n’y distingue pas les zones que son réseau couvre et celles où il est réellement ouvert au public.
Orange affiche pour sa part des pastilles noires sur les villes où il commercialise la 5G et des blanches sur celles qui sont sur sa feuille de route à court terme.
SFR utilise un logo 5G blanc doublé d’un filtre « Villes ouvertes en 5G/4G+ ».
Bouygues Telecom ne fait pas non plus la différence entre couverture technique et commerciale. Il propose toutefois un formulaire pour déterminer les villes où son réseau est accessible au public.

Illustration principale © Jag_cz – Fotolia

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