Allemagne: ouverture de la chasse aux utilisateurs d’eDonkey

Régulations

La police a lancé une vaste opération visant à debusquer les plus gros utilisateurs du logiciel de P2P. 130 perquisitions ont eu lieu

Alors que la France a quasiment adopté un “régime de sanctions graduées” contre les internautes qui téléchargent et partagent des fichiers pirates sur les plates-formes de peer-to-peer, l’Allemagne de son côté ne prend pas de gants contre les adeptes d’eMule ou d’eDonkey.

En effet, la police du pays a lancé une vaste opération visant à débusquer les utilisateurs les plus généreux, à savoir ceux qui proposent en partage plus de 500 fichiers illégaux. Après deux mois d’enquête et l’analyse de 40.000 adresses IP, 3.500 internautes situés dans la région de Cologne ont été visés par cette opération. 130 perquisitions ont été réalisées, elles se sont traduites par la saisie d’une centaine d’ordinateurs. Ces adeptes allemands du P2P risquent en théorie jusqu’à un an de prison pour des copies à des fins privées, et jusqu’à trois ans de prison si la copie a un objectif commercial. C’est grâce à un logiciel dédié de surveillance que les autorités de Cologne et Bergheim ont espionné pendant deux mois le trafic vers un serveur de Donkey hébergé en Allemagne. Evidemment, la Fédération internationale de l’industrie s’est félicitée de ce coup de filet. “Au nom de l’industrie du disque, l’IFPI remercie la police pour un grand travail d’équipe et un très beau succès de l’enquête”. “La plupart des gens savent clairement que le partage de fichiers sans permission est illégal, malheureusement il faut des actions juridiques comme celle-ci pour créer un véritable impact sur le comportement”, affirme John Kennedy, le président de l’IFPI. La répression directe contre l’utilisateur semble donc revenir à l’ordre du jour. Il faut dire qu’une précédente action contre un des plus importants serveurs de eDonkey n’a pas vraiment eu l’effet escompté. En février dernier, la police belge a saisi un des plus gros serveurs eDonkey/eMule de la planète: Razorback, utilisé par un million de personnes sur la planète… Les serveurs ne font que mettre en relation les utilisateurs de eDonkey ou d’eMule. Aucun contenu n’y transite. Pour autant, le serveur comprend un méga-index de millions de fichiers, échangés/échangeables, dont une grande partie sont illicites. Mais les utilisateurs de ces réseaux disposent depuis déjà plusieurs mois d’une alternative décentralisée nommée Kad. L’arrêt de ce serveur n’a donc pas changé grand-chose en terme de trafic. Selon le cabinet d’études spécialisé dans l’analyse du trafic P2P CacheLogic, cité par eCommerceTimes: “Nous n’avons vu aucun effet sur les niveaux de trafic eDonkey. Au niveau technique ça n’est pas particulièrement surprenant, le serveur Razorback est simplement un serveur d’index eDonkey. Il ne contient en réalité aucun contenu illégal en soit, mais uniquement les détails sur qui partage quel contenu”. En France, la loi prévoit donc des sanctions graduées contre les internautes téléchargeurs (qui évitent ainsi dans la plupart des cas la justice). Mais le texte, s’il est définitivement adopté, prévoit également la pénalisation des éditeurs de logiciels P2P. “Est puni de trois ans d’emprisonnement et de 300.000 euros d’amende le fait de mettre sciemment à la disposition du public ou de communiquer au public, sous quelque forme que ce soit, un logiciel manifestement destiné à la mise à disposition du public, non autorisée, d’oeuvres ou d’objets protégés.” Une mesure qui confond l’outil et l’usage.


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