Après Safari, c’est au tour d’Internet Explorer d’être sous la coupe de Google

Régulations

L’affaire prend de l’ampleur. Soupçonné de tracer illégalement les utilisateurs de Safari, Google aurait fait de même pour les utilisateurs d’Internet Explorer.

L’affaire est sérieuse, au point que la FTC (Federal Trade Commission), la commission américaine de la concurrence, pourrait mener son enquête : Google aurait délibérément outrepassé les contrôles anti-tracking de Safari, le navigateur web d’Apple, afin de collecter des informations sur les internautes qui utilisent son moteur de recherche et ses publicités.

Et l’affaire rebondit, puisque c’est désormais Microsoft qui affirme que Google a outrepassé les règles de confidentialité de son navigateur Internet Explorer, en précisant que cela aurait été rendu possible par l’usage d’une identification P3P (Platform for Privacy Preferences) incorrecte.

Les cookies publicitaires en question

À l’origine de l’affaire figurent des cookies (marqueurs) publicitaires que Google aurait placés dans Safari – donc sur les Mac, MacBook, iPhone et iPad, toute la gamme des appareils Apple qui embarquent le navigateur – qui permettraient au moteur de recherche de disposer d’informations pour mieux identifier l’internaute qui se connecte. Mais sans que celui-ci en ait été informé. Et cela en contournant les modules anti-tracking présents dans Safari qui théoriquement protègent les internautes de ce type d’intrusion.

Google ne le nie pas, mais affirme que cela n’a pas été fait intentionnellement. Rachel Whetstone, vice-présidente senior de Google communications and public policy, affirme même que certaines fonctionnalités de Safari permettent aux cookies publicitaires de s’y installer. Elle indique également que ces cookies ne collectent pas d’informations personnelles.

Dans l’œil des organisations de consommateurs

Un groupe de consommateurs, Consumer Watchdog, a saisi la FTC qui pourrait diligenter une enquête. Surtout que l’affaire rebondit doublement. D’abord avec un article du généralement bien renseigné Wall Street Journal, qui affirme que des millions d’iPhone auraient embarqué du code ou des cookies de Google pour tracker les usages des utilisateurs du smartphone. Le code incriminé aurait été découvert par un chercheur de l’université de Stanford, Jonathan Mayer, et serait même installé sur les publicités de 23 des 100 premiers sites fréquentés par les Américains. Google ne serait d’ailleurs par seul, puisque, toujours selon le WSJ, cette pratique concernerait d’autres sites de médias.

Elle rebondit également via Microsoft, qui affirme aujourd’hui que Google aurait contourné le protocole P3P, qui date de 2002, ce qui placerait Internet Explorer dans la même situation que Safari. Les équipes de Microsoft, interpellées par l’affaire Safari, auraient testé IE et constaté les faits. Le code P3P, sur plusieurs caractères, définit succinctement la politique de confidentialité de l’internaute. Si ce code n’est pas reconnu, Internet Explorer accepte le site visité et donne un accès total au site qui pose la requête, donc la possibilité de placer des cookies. La démarche aurait largement été documentée ces dernières années.

Rachel Whetstone a également réagi à l’information communiquée par Microsoft, soulignant que P3P date de 2002 et est loin d’être à la page des pratiques du web. « Il est connu, même par Microsoft, qu’il est impossible de pratiquer avec la requête de Microsoft pour apporter des fonctionnalités web modernes », a-t-elle affirmé, comme pour se dédouaner de l’attaque (peut-on la nommer autrement ?) de la firme de Redmond. L’information sonne en effet comme si l’éditeur jetait de l’huile sur le feu.

Et si les politiques s’en mêlaient ?

L’issue de cette affaire semble bien incertaine. D’abord parce qu’elle est trop récente pour que nous disposions du recul et de toute l’information nécessaire pour porter un jugement. Mais également parce qu’en période électorale aux États-Unis, elle pourrait bien prendre une tournure politique et subir des tentatives de récupération par de nombreuses organisations américaines qui militent pour la reconnaissance des droits privés et pour la limitation de certaines libertés que s’octroient les acteurs du web et des médias. Une révolution dans ce pays.

Elle nous concerne également, en France et en Europe, mais qui va s’en préoccuper ?


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