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Assises du très haut débit : « Sur le THD, on manque de visibilité »

« Aujourd’hui, après les élections, nous sommes à la croisée des chemins », a lancé Sébastien Soriano en introduction de son intervention aux 11e Assises du très haut débit (THD) ce matin à la Maison de la Chimie à Paris et dont le thème s’intitulait : « Un nouvel élan pour le THD ? ». « Face aux enjeux d’infrastructures nationales et territoriaux, il normal que le politique s’approprie cet enjeu pour le remettre dans la bonne direction », a poursuivi le président de l’Arcep. Il évoquait évidemment le discours, hier, du Premier ministre lors de sa déclaration de politique générale promettant le THD « partout en France » pour 2022 dans le cadre du plan France très haut débit (THD) lancé en 2011 par le gouvernement précédent. Une question que devrait, selon Les Echos, aborder vendredi prochain le ministre de la Cohésion des territoires Jacques Mézard avec les opérateurs.

Sébastien Soriano, président de l’Arcep

Mais comment accélérer le THD ? Par les investissements. C’est la direction que l’Arcep a prise depuis deux ans en émulant le marché. « Je pense qu’un réveil de l’investissement est en cours », avance Sébastien Soriano. En témoigne les chiffres des investissements des opérateurs passés de 7 milliard d’euros en moyenne avant 2015 à 9 milliards en 2016. « Un niveau historique », même si les opérateurs se concentrent sur les zones rentables « ce qui est normal ». Mais pas forcément souhaitable. Et le régulateur y travaille. Notamment sous l’angle de l’accès aux infrastructures FTTH.

Faire monter à bord du FTTH tous les opérateurs

Dans quelques jours, l’Arcep dévoilera ses conclusions suite à la consultation publique ouverte en début d’année sur l’accès à la fibre d’Orange. « Nous ferrons monter à bord du THD tous les opérateurs », promet Sébastien Soriano sans pour autant dévoiler les futurs axes de régulation. Le président de l’Arcep en a profité pour s’exprimer sur le cas du partage des territoires des zones moyennement denses (AMII). « Le partage des tâches est souhaitable, la mutualisation est là pour relancer le défit de l’investissement. Mais aujourd’hui, elle est créatrice de frustration. » Une manière d’évoquer la volonté de SFR de revoir l’accord signé en 2011 qui lui réserve 20% des zones AMII contre 80% d’un marché de plus de 10 millions de foyers pour Orange. Face au refus de ce dernier, SFR a porté l’affaire en justice. Pour le régulateur, « il est dommage d’empêcher un opérateur prêt à investir plus » dans la fibre aujourd’hui.

Quant aux zones peu denses aujourd’hui couvertes par les collectivités territoriales dans le cadre de réseaux d’initiative publique (RIP), « il faut encourager les acteurs à investir en bonne intelligence ». Quitte à avoir recours à des technologies alternatives à la fibre. Comme la 4G fixe, ou la THD Radio (ou encore la RTTH) comme préfère la nommer Sébastien Soriano, et qui a le soutien du Président de la République pour amener le THD dans les zones qui n’auront pas la fibre en 2022. Après avoir dégagé, « contre l’avis de grands opérateurs », 40 MHz dans la bande des 3,5 GHz (voire 50 MHz dans certains territoires), le porte-parole de l’Arcep confirme sa volonté d’ouvrir un guichet dès septembre pour accorder « au fil de l’eau » des autorisations d’exploitation aux collectivités avant la fin de l’année. Parallèlement, des discussions sont cours au gouvernement pour « intensifier la 4G mobile pour apporter du fixe », souligne Sébastien Soriano. Qui ajoute que « accélérer, c’est possible, tout remettre en cause, ce n’est pas la meilleure façon de le faire ».

Un manque de visibilité

Même son de cloche du côté de l’Agence du Numérique en charge du plan France THD. A 10 jours de la Conférence nationale du territoire, l’Agence a « imaginé un nouvel élan pour le plan », déclare Antoine Darodes. Qui, sans dévoiler le nouveau programme du plan chargé d’apporter le THD sur le territoire, s’empresse d’en rappeler les avancées. « 1 million de prises FTTH ont été déployées en 2015, 2 millions en 2016, plus le seront en 2017, défend le directeur de l’agence. La dynamique est là mais il y a un manque de visibilité sur ce qui arrive. » Autrement dit, le manque d’information adressée aux citoyens et entreprises sur le calendrier de l’arrivée de la fibre dans leur zone génère des frustrations et polémiques. Un point sur lequel l’Agence du Numérique va probablement faire des propositions.

Antoine Darodes, directeur de l’Agence du Numérique

Antoine Darodes a également rappelé que dans le cas des RIP, les projets mettent 3 à 4 ans pour aboutir. « Avec l’ouverture des réseaux dans l’Oise, ou l’Auvergne, on a aujourd’hui les premiers résultats du plan France THD. Et ça va s’accélérer. » En attendant, il convient que les solutions hertziennes peuvent constituer une alternative pour les 15% des zones rurales qui resteront durablement exclues de la fibre (soit 2,5 millions de prises). S’il se dit « réservé » sur le coût réel de la THD Radio et souligne la saturation du satellite (Eutelsat prévoyant un prochain satellite pour 2020), il voit dans la 4G mobile un palliatif. « Ce n’est pas la panacée et il y a plein de limites mais c’est une solution rapide pour apporter le haut débit [dans les zones concernées]. » Comme à l’Arcep, des discussions sont en cours avec les opérateurs.

5 ans c’est trop long

« On s’auto congratule un peu », s’est agacée Laure de la Raudière qui, pour son dernier mandat en tant que députée d’Eure-et-Loire, a décidé « de se lâcher ». Elle ne s’est pas privée de la tribune que lui offrait la table ronde sur l’amélioration du modèle français pour se faire entendre. « Oui, plein de choses avancent, mais 2022, c’est dans 5 ans. » Une attente « insupportable pour les familles » à ses yeux. Et de poursuivre : « L’avenir ce n’est pas la montée en débits. Il faut du THD sur tout le territoire. Ce n’est pas qu’une question d’emplois mais aussi d’éducation, de santé… Il en va de l’avenir des territoires et de la France. » Comment assurer cette couverture intégrale et égale pour tous ? Laure de la Raudière ne le précise pas. Mais elle estime que les élus de terrain ne sont pas assez écoutés depuis 10 ans. Et s’interroge sur la position du gouvernement face à Orange. « Il n’est pas saint que le gouvernement soit juge et partie sur Orange. On a préservé les intérêts d’un opérateur en matière d’obligations par rapport à la participation que l’Etat a dans son capital. » Un clin d’œil à la privatisation totale de l’opérateur historique que le gouvernement Macron pourrait envisager ? Dans tous les cas, « la grande ambition de ce mandat sera d’apporter la connectivité THD à tous pour accéder aux services numériques ». Tout le monde sera d’accord sur le principe. Sauf Orange ?


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